Quatrième de couverture :
La guerre de Troie, mythe fondateur de toute la littérature européenne, commence par la banale histoire d’une reine enlevée à son époux par un autre homme. Mais, prisonnière du camp grec, une autre reine observe le destin du monde se jouer sous ses yeux : Briséis, la captive d’Achille, par qui la guerre basculera.
Presque 3 000 ans plus tard, il est temps d’entendre sa voix – et à travers elle, peut-être, celle de toutes les femmes laissées muettes par l’Histoire et la littérature.
Les vaincus sont les oubliés de l’Histoire, et leur version des faits meurt avec eux.
Mon avis
En début d’année 2024, je me suis lancée le défi de me plonger dans les revisites de mythes grecques écrits d’un point de vue féministe. J’ai débuté ce petit challenge avec le Silence des Vaincues, de Pat Barker, autrice dont je n’avais jamais entendu parler.
Le Silence des Vaincues, c’est la guerre de Troie sous le prisme de celles qui l’ont vécue de plein fouet : les femmes. Ou plutôt, une femme : Briséis. Mais qu’elles soient épouses, filles, soeurs, cousines, concubines, aucune d’entre elles n’a été épargnée par ce terrible conflit qui a opposé Troie à Sparte durant dix ans. A l’origine, Hélène, épouse du roi de Sparte Ménélas, s’enfuit avec le troyen Pâris. Déshonoré, Ménélas lève une armée à l’aide de son frère Agamemnon pour prendre la cité et récupérer ce qui lui appartient.
C’est par la voix de Briséis que le roman nous emporte dans ce conflit légendaire de la mythologie grecque. Reine de Lyrnessos, elle est enlevée par Achille, chef des Myrmidons, qui en fera son esclave, son trophée, disposant d’elle comme il l’entend, forcée de partager la couche de celui qui a tué son époux et ses frères. Elle rejoindra un camp de femmes, faites esclaves elles-aussi. Toutes des prises de guerre, des récompenses à se partager entre hommes.
Je fais ce que d’innombrables femmes ont été forcées de faire avant moi. J’écarte les cuisses pour l’homme qui a tué mon mari et mes frères.
La lecture est parfois difficile, bien que les scènes de viols ne soient bien heureusement pas clairement explicites. le parti pris de l’autrice est relativement bien respecté. La première partie du roman donne un autre regard sur la guerre de Troie, celle de ces femmes qui vivent dans la saleté d’un camp où la maladie côtoie l’ennui. On ne sait pas grand chose des combats qui se déroulent sur le champ de bataille, et c’est tant mieux selon moi. le point de vue adopté offre de nouvelles perspectives de donner la voix à celles qui se sont tues. Qu’on a silenciées.
Le silence sied aux femmes.
En revanche, si la première partie se concentre comme prévu sur le point de vue de Briséis, les deux autres parties du roman s’articulent autour d’Achille et Patrocle. D’une première personne au féminin, on passe à une troisième personne très masculine. En perdant le point de vue féminin, on perd de l’essence de l’œuvre, trahissant ainsi la volonté initiale de l’autrice de redonner voix à ces femmes.
La guerre de Troie s’éclaire dans ce roman sous un nouveau jour. Les héros, puissants et vaillants combattants des récits légendaires deviennent ce qu’ils ont toujours été : des hommes violents, brutaux, avides de sang et de vengeance, violeurs, tueurs d’enfants, condamnant des femmes libres à une vie d’esclavage et de souffrances. Achille, le grand combattant, est dépeint ici comme un enfant colérique et boudeur qui s’enfonce dans son mutisme et refuse d’aller combattre lorsque son trophée est offerte à un autre.
Pat Barker ne fait pas dans la demi-mesure. Avec un style impeccable, travaillé et une maîtrise évidente de son sujet, elle est capable de nous offrir une nouvelle vision des récits homériques qui ont traversé les époques. En redonnant leur voix aux femmes, l’autrice fait de ce récit un hymne aux vaincues, à celles qui ne gagnent jamais. Et de leur redonner toute la gloire qu’elles méritent.
Pour résumer, le Silence des Vaincues est un roman résolument féministe qui, malgré quelques incohérences et anachronismes, nous offre un point de vue moderne sur la condition de la femme dans la société au travers la voix d’une héroïne oubliée de la mythologie grecque, Briséis.
Ma note










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