Quatrième de couverture : Treize centimètres de long. Des yeux globuleux. Une lèvre plus épaisse que l’autre… Le lompe venimeux est loin d’être le poisson le plus sexy de la planète. Autrement dit, la bestiole est moche à crever. Et pour arranger le tout, sa morsure est extrêmement douloureuse. L’anéantissement probable de cette espèce lors d’un accident minier quelque part en mer Baltique n’est donc pas un drame pour l’Humanité. Deux personnes, pourtant, ne l’entendent pas de cette oreille, pour des raisons diamétralement opposées. Karin Resaint, convaincue que le lompe venimeux pourrait jouer un rôle capital dans ses recherches sur l’intelligence animale. Mark Halyard, cadre sup’ de la compagnie minière, risquerait quant à lui très gros si le poisson avait vraiment disparu. Contraints de faire équipe, Karin et Mark vont traverser les paysages étranges d’une Europe du nord qui va droit dans le mur, sur les traces de l’insaisissable poisson.
Mon avis
Ned Beauman est un auteur britannique connu pour ses romans satiriques et teintés d’humour noir. Il a été salué pour son style unique à de nombreuses reprises. Parmi ses oeuvres notables, on peut citer L’accident de téléportation, sélectionné pour le Booker Prize en 2015. C’est une oeuvre typiquement beaumanienne : innovante, drôle et saturée d’humour noir, dans lequel la science-fiction et la comédie entrent en collision pour créer un récit à l’humour pinçant. Poisson poison, qui a reçu le prix Arthur C. Clarke en 2023, est décrit comme « le roman de science-fiction de l’année » par The Sunday Times et « brutalement satirique et sinistrement hilarant » par le Daily Mail. Un récit plein de promesses donc !
Dans un futur proche, la possible extinction du lompe venimeux suite à un accident minier en mer Baltique devient le point de départ d’une aventure impliquant Karin Resaint, une chercheuse en intelligence animale, et Mark Halyard, un cadre supérieur de la compagnie minière concernée. Ensemble, ils parcourent une Europe du Nord en déclin, à la recherche de ce poisson insaisissable.
On ne distinguait plus les pommes de terre, carottes, betteraves et pommes que par leur couleur, non par leur goût. Les aubergines étaient spongieuses, le chou frisé amer, le miel d’une légèreté et d’une insipidité de blanc d’oeuf. On aurait dit que du jour au lendemain, la féconde Dame Nature s’était vue remplacer par l’une de ces entreprises de restauration qui opéraient principalement dans les camps d’internement.
Sous couvert d’un humour mordant, ce récit est une critique acerbe de ce que nous vivons aujourd’hui avec tous les enjeux liés à la protection de la biodiversité et de l’hypocrisie sous-jacente des entreprises qui déglinguent la planète en minimisant les faits. Dans Poisson poison, des compagnies peuvent acheter des crédits d’extinction qui leur permettent de réduire à néant n’importe quelle espèce animale sur la planète si elle n’est pas considérée comme « intelligente ». Pour éteindre une espèce considérée comme telle, il leur faut débourser treize crédit. Sauf que les prix de ces crédits sont dérisoires pour des compagnies qui dégagent des millions voire des milliards de bénéfices.
L’originalité du récit et la trame scénaristique avaient tout pour me plaire. Une intrigue riche qui s’inspire du réel pour dessiner un futur où rien n’aura changé malgré les alertes des scientifiques, où tout a même empiré, offre de la vraisemblance au texte. le récit est globalement cohérent et consistant. Les événements improbables qui surviennent dès les premiers chapitres permettent de donner beaucoup de dynamisme et d’insuffler un rythme intense au début de la lecture. Également, le style de Ned Beauman est très appréciable. Il joue avec les genres et mêle humour et satire à des moments de tension dramatique.
Aujourd’hui, une entreprise comme Brahmasamudram Mining qui se proposait d’éliminer une espèce de la surface de la Terre n’avait en gros qu’à remettre un bon. Un bon qu’on appelait crédit d’extinction. Il permettait le droit d’éradiquer n’importe quelle espèce sur terre… sauf si elle était certifiée « intelligente » par des experts en conception animale comme cette Suisse à bord du Varuna.
Cependant, mon enthousiasme a été tempéré par des personnages auxquels j’ai eu du mal à m’attacher. Trop souvent, ils manquent de nuances ou tombent dans des clichés, rendant difficile toute véritable empathie. de plus, les chapitres, parfois interminables, ont beaucoup alourdi le rythme et m’ont donné l’impression que certaines sections auraient gagné à être divisées. Malgré ces défauts, le fil narratif principal reste suffisamment solide pour que l’expérience de lecture soit globalement positive.
Elle avait cru que l’intelligence artificielle parlait d’esprits informatiques progressant vers le statut de personne, alors qu’il s’agissait plutôt d’esprits humains qui perdaient ce statut.
Poisson poison est un récit à la croisée de la satire sociale et la science-fiction dystopique, parfaitement dans la veine de ce qu’offre Ned Beauman dans ses romans. Mais derrière l’humour et la légèreté apparente se cachent une profondeur qui pousse à réfléchir sur les échecs et les absurdités humaines.
Je remercie éditions Albin Michel Imaginaire pour l’envoi de ce roman en service presse non rémunéré.
Tu peux retrouver ma chronique sur Babelio et Instagram.
Fiche technique :
- Auteur : Ned Beauman
- Maison d’édition : Albin Michel Imaginaire
- Pages : 384
- Parution : 15/01/2025
- Prix éditeur : 22.90 euros
- ISBN : 9782226493613









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