« Chaque lecture est un acte de résistance  » Daniel Pennac

Un soupçon d’humanité, entre intelligence artificielle et transhumanisme

Quatrième de couverture : Dans les pays qui ont accepté de faire confiance aux intelligences artificielles, une utopie est née : les indicateurs sont au beau fixe, et le niveau de bonheur n’a jamais été aussi élevé. Jusqu’à ce début de soirée, où Just Saveninge, haut cadre de l’une des plus grosses entreprises mondiales de sécurité, est abattu par un drone de sa propre société. Un inspecteur désabusé assiste l’I.A. de la police dans une enquête qui le mènera sur les pas d’une joueuse de go rebelle, d’un prêtre jésuite féru de technologie, d’une mathématicienne de génie et d’une galerie de personnages en lisière de cette société idéale. Avec Un Soupçon d’humanité, Loïc Henry explore les zones d’ombre de l’I.A., du transhumanisme et plus largement de la technologie dans ce roman d’anticipation passionnant à la question toute dickienne : c’est quoi, finalement, être humain ?

Mon avis

Loïc Henry est un ingénieur diplômé d’HEI Lille (1994) et d’HEC Paris (1995), avec une spécialisation en informatique industrielle et finance internationale. Il a également étudié à l’Université de Leeds dans le cadre d’un échange Erasmus et est coach professionnel certifié depuis 2017.

Auteur de science-fiction, il s’est fait connaître avec son roman Loar (2012), qui a reçu plusieurs distinctions, dont le Prix Imaginales des Lycéens (2014). Il a publié Les océans stellaires (2016), nommé au Prix Rosny aîné en 2017. Il a remporté ce même prix en 2018 pour sa nouvelle Vert Céladon (parue dans la revue Galaxies Science-Fiction n°49) et a été finaliste en 2020 avec Malaria. Il s’essaie également au thriller avec Lame sur les lèvres (2021) et revient à la SF avec Un Soupçon d’humanité, publié en mars 2025.

Dans un futur pas si lointain, où les intelligences artificielles sont devenues les architectes silencieuses de notre quotidien, Un soupçon d’humanité nous projette dans une société ultra-optimisée. Plus de chaos, plus de famine, plus de maladie : l’ordre règne, les IA veillent. Et pourtant, un crime survient. Un drone abat un homme apparemment inoffensif. Pourquoi ? Comment ? Une IA peut-elle se tromper ? Peut-elle mentir ?

IonA a tous les accès : familiaux, professionnels, publics… Elle connaît mes bonheurs d’enfance évaporés, mes douleurs enfouies, mes fantasmes avoués ou honteux. Tout.

À travers ce point de départ intrigant, Loïc Henry nous embarque dans un polar d’anticipation tendu porté par des personnages profondément humains. Santxo, flic désabusé accompagné d’une IA omnisciente, tente de comprendre ce que personne n’arrive à croire : qu’un système parfait puisse faillir. En parallèle, d’autres figures croisent son chemin, une prodige du jeu de go, un prêtre féru de nanotechnologies, une scientifique recluse, chacun.e porteur.se d’un fragment de vérité, chacun miroir d’une facette du monde qu’ils habitent.

Ce qui rend le roman si prenant, c’est ce savant équilibre entre suspense narratif et profondeur philosophique. Sous couvert d’enquête, Un soupçon d’humanité pose des questions brûlantes : que reste-t-il de la liberté dans un monde où tout est décidé pour nous, même notre santé, nos relations, notre sexualité ? L’efficacité technologique vaut-elle la perte du libre arbitre ? Et surtout : où s’arrête l’humain quand la machine le connaît mieux que lui-même ?

Nous avons confié notre vie, individuelle et collective, à des nounous de silicium, qui commencent à jouer avec notre ADN, pour je ne sais quelles raisons.

Sans jamais tomber dans le simplisme ni le catastrophisme, Loïc Henry explore les zones grises de notre avenir probable. Il ne diabolise pas les IA, il les interroge. Il ne glorifie pas l’humanité, il la met face à ses contradictions. Et dans ce monde glacé par la perfection algorithmique, ce sont les failles, les doutes, les émotions imprévues qui font surgir un soupçon d’humanité.

Le rythme est globalement bien tenu grâce à des chapitres courts et dynamiques, mais on reste parfois un peu en surface sur certains aspects du monde présenté. On ressent que l’univers est riche, mais on n’a pas toujours le temps d’en explorer toutes les strates. Le roman tire parfois en longueur. Certaines scènes manquent d’intensité ou de tension et j’ai parfois ressenti un petit flottement, comme si l’intrigue se diluait au profit des idées. Et elles sont nombreuses, ces idées : transhumanisme, sur-connexion, eugénisme, contrôle social… Autant de pistes passionnantes, mais parfois effleurées plutôt qu’explorées en profondeur.

Si les I.A. étaient si douées pour réguler les équilibres humains, économiques et écologiques, ce que les humains n’étaient jamais parvenus à accomplir depuis des millénaires, pourquoi ne pas se résigner à vivre dans un monde meilleur, façonné pour nous par de bienveillants architectes de silicone ?

Cela dit, le roman reste intelligent dans son approche. Il ne tombe pas dans le manichéisme et pousse les lecteurices à réfléchir : que reste-t-il d’humain dans un monde sans erreurs, sans chaos, mais aussi sans réelle liberté ? La réflexion est là, subtile, parfois troublante. En bref : Un soupçon d’humanité est un roman d’anticipation ambitieux, à la croisée du thriller et de la réflexion sociétale. Un peu inégal dans son rythme, mais pertinent dans son propos. Une bonne lecture, qui laisse derrière elle des questionnements intéressants, même si elle aurait gagné à être un peu plus resserrée.

Fiche technique

  • Auteur : Loïc Henry
  • ME : Mnémos
  • Illustration : Kevin Deneufchatel
  • Pages : 368
  • Parution : 19 mars 2025
  • Prix :
    • Grand format à rabats : 23 euros
  • ISBN : 978-2-38267-180-1

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