« Chaque lecture est un acte de résistance  » Daniel Pennac

Le Geôlier, de Florian Quittard : un conte funèbre et magnétique

Quatrième de couverture : Saul Geôlier est gardien de prison dans une lande désertée par les hommes. Quand un détenu à perpétuité disparaît en pleine nuit, ce mastodonte au grand cœur doit trahir sa loyauté pour mener l’enquête. Le disparu s’est-il évadé ? A-t-il été enlevé ? Une piste emmène le maton loin de chez lui, sur une île au nord du monde, havre de peur sous le joug d’un savant… Fou ? Qui ne l’est pas sur cette terre hantée où Saul se fait gardien d’une nouvelle prison aux airs de cimetière ? Il s’y découvre un don et, par là même, un but : sauver les vivants et les morts de cette contrée maudite où rôde un monstre voleur de corps.

Mon avis

Né le 3 juin 1981, Florian Quittard écrit depuis le lycée. Passionné d’imaginaire sous toutes ses formes, il débute dans le cinéma puis se tourne vers la littérature. Formé au cinéma à la Sorbonne (2000–2003), il y fonde l’association de courts-métrages Veni Vidi Filmi et initie le concept Super 8 de « Neomuet » en hommage aux origines du 7e art. Réalisateur de plusieurs contes animés ou en prise de vues réelles, il signe en 2011 « La Larme du fantôme », avec Rufus dans le rôle principal. Parallèlement à la réalisation, Florian développe une oeuvre littéraire variée : une bande dessinée avec Anaïs Bernabé, « La Pluie des corps » (2017), et un recueil de nouvelles, « Comédinhumaine » (2018) dont Philippe Foerster conçoit la couverture. En 2019, il crée avec Jean-Pierre Putters le groupe Facebook « Un oeil dans le rétro » autour des années 1972-2001 de la revue Mad Movies. Aujourd’hui, Florian explore les possibilités narratives du roman pour approfondir son univers personnel, entre réalisme poétique et onirisme visuel.

Le Geôlier est paru en janvier 2025 dans la collection Les mots noirs aux éditions Rouge Profond. Ce roman fantastique/horrifique met en scène Saul Geôlier, un gardien de prison au grand coeur, vivant une existence simple, presque ascétique. Mais lorsqu’un détenu disparaît sans laisser de trace, son quotidien bascule. Une enquête s’amorce, étrange et solitaire, jusqu’à une île perdue du Nord, théâtre d’un huis clos à ciel ouvert, peuplée de créatures, de voix éteintes et d’un savant aux desseins troubles.

Un éclair fend la nuit. Il irradie, électrisant les cordes de pluie et flashant la prison invisible dans l’obscurité. La masse de béton révèle un instant ses dimensions outrancières ornées de miradors, puis elle retourne au néant. Nul ne la voit. Nul ne l’entend malgré le claquement des gerbes que le ciel crache sur son toit plat comme la lande autour. C’est un déluge ce soir. Et le tonnerre est au silence des hommes ce que l’éclair est à la nuit. Une balafre. La prison est tailladée par l’orage. Ses murs cloquent, gorgés d’eau et fouettés par la tempête. Il flotte dur et dru, à l’horizontale, par le bas même, sens dessus dessous. Et au milieu de ces heures diluviennes se tient le seul être au monde indifférent au temps.

Dans une ambiance lourde de silence, Florian Quittard joue admirablement avec les codes du roman gothique sans jamais tomber dans le pastiche. Saul Geôlier, dont le nom semble prédestiner la profession, est un protagoniste ambivalent qui fait incontestablement penser à un autre personnage de la littérature fantastique, John Coffey, du roman La ligne verte de Stephen King, de par son imposante carrure, son lien avec le monde carcéral et surtout, ce don qu’il détient. A l’inverse que notre Geôlier se trouve de l’autre côté des barreaux.

Plus qu’une simple intrigue, le Geôlier explore la solitude, la culpabilité, la mémoire et la frontière ténue entre la vie et la mort. le monstre qui rôde ne se limite pas à la chair : il hante les souvenirs, les remords, les silences. Saul, personnage digne d’un roman d’Edgar Allan Poe, porte son nom comme un fardeau et un destin. Aptonyme ou nom prédestiné ? Peut-être un peu des deux. Ce gardien devient passeur, protecteur des âmes perdues, et son évolution dans le récit touche autant qu’elle trouble.

De petite vie mais grand de corps. De faible beauté mais grand de coeur. Peu aimé, il aime beaucoup. Et plus que tout, il aime la prison devant lui. Ses yeux comme ses oreilles la devinent. Cellules cachottières, douches d’égoutantes, cantine d’abats à vomir ses tripes, il n’y a rien à sauver dans cette prison, îlot rocheux croupissant dans la fange. Oui, la longue et large silhouette voûtée qui s’en approche la connaît sur le bout des doigts.

La plume visuelle et incarnée de Florian Quittard se lit comme on regarde un film : plans larges sur les landes désertes, gros plans sur des gestes minuscules, ellipses qui laissent parler le silence. le texte se veut presque comme un story-board hanté, tant chaque image semble s’imprimer durablement dans l’esprit. Les dialogues sont rares mais choisis, les descriptions sculptées avec une sobriété élégante. L’auteur laisse au lecteur le soin de combler les vides, d’interpréter les non-dits, un pari exigeant, mais réussi.

Le Geôlier est un roman à part, qui se lit d’un souffle et résonne longtemps après la dernière page. Une oeuvre sombre, poétique et puissamment évocatrice, à découvrir absolument pour les amateurs de récits fantastiques et mélancoliques.

Fiche technique

  • Auteur : Florian Quittard
  • ME : Rouge profond
  • Pages : 226
  • Parution : 10 janvier 2025
  • Prix :
    • Grand format : 18 euros
  • ISBN : 979-10-97309-74-9

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