Que se passe-t-il si on enferme 1500 personnes sans moyen de contraception et qu’on revient les chercher 25 ans plus tard ? C’est ce qu’à souhaité savoir le CERGAFD, centre ethnographique de recherche sur les groupes à forte densité, en faisant construire un gigantesque bâtiment expérimental en Inde en 1975, dans le but d’étudier le comportement d’humains soumis à un confinement extrême (tout ceci fait partie de la fiction, rien n’est réel je vous rassure).
Une humanité mutante
La structure se transforme rapidement en cité verticale abritant 75.000 personnes semblant avoir oublié l’existence même d’un monde extérieur. C’est un véritable microcosme humain que l’auteur construit avec cette expérimentation vertigineuse La Tour devient un organisme à part entière, façonnant comportements, hiérarchies, croyances et relations sociales. Les habitants, coupés du reste de l’humanité, s’adaptent à leur environnement au point d’en oublier la liberté, créant une société étrange et autonome, parfois inquiétante.
Nous savons aussi que, dans le fond de vous-mêmes, vous souhaitez nous voir échouer et mourir. Vous attendez que nous nous effondrions, afin de voir ce qui se passera alors. Vous n’éprouvez aucune bienveillance à notre égard. Seules la peur, la curiosité et la haine vous animent. Mais nous saurons tenir bon. Nous sommes en train d’édifier une nouvelle sorte de monde, nous sommes en train de devenir forts.
Le protagoniste, Thomas Dixit, observe et tente de comprendre l’intérêt d’une telle expérimentation dans un monde où le contexte a complètement changé : les naissances sont régulées, l’alimentation synthétique a réglé les problèmes de famine. Vingt-cinq ans après son lancement, la Tour est désormais obsolète et particulièrement inhumaine. Thomas est donc envoyé à l’intérieur pour mener une ultime expérimentation qui permettra de déterminer si le test doit ou non se poursuivre. Ce que Thomas va découvrir à l’intérieur va bien au-delà de ce qu’il aurait pu imaginer. En effet, en deux décennies, l’humanité a muté et son développement s’est totalement métamorphosé.
Un avant goût du futur
L’auteur développe dans ce texte une atmosphère oppressante, à la frontière de la claustrophobie. L’intensité conceptuelle croissante marque l’esprit et questionne sur les limites de la science et le prix de l’utopie. Brian Wilson Aldiss joue avec les notions de confinement et de surpopulation, mais aussi avec la perte de la mémoire collective. le texte, bien que publié en 1968 pour la première fois, résonne étrangement avec nos villes-mégapoles modernes et les questions contemporaines sur l’isolement et l’habitat vertical.
Dites-leur, dites à tous ceux qui passent leur temps à nous espionner et à se mêler de nos affaires, que nous sommes les maîtres de notre destin. Nous savons ce que l’avenir nous réserve et quels sont les problèmes qui résulteront de l’accroissement du nombre de jeunes. Mais nous faisons confiance à notre prochaine génération. Nous savons qu’ils possèderont de nouveaux talents que nous n’avons pas, de même que nous possédons des talents que nos pères ne connaissaient pas.
La Tour des damnés agit comme une fable philosophique et sociale qui interroge sur les notions de liberté, d’espace et de pouvoir. le récit offre une plongée troublante au coeur d’une utopie qui se révèle un piège dont l’être humain se retrouve à la fois maître et prisonnier. Ce texte prouve que la science-fiction peut être bien plus qu’une simple extrapolation technologique : elle se fait aussi miroir de l’humanité, de ses failles, de ses angoisses. Une lecture fascinante qui résonne bien au-delà de son époque.
Fiche technique
- Auteur : Brian Wilson Aldiss
- ME : Le passager clandestin
- Pages : 112
- Prix : 8 euros
- Parution : octobre 2019
- ISBN : 978-2-36935-230-3









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