Amélie Géal fait une entrée remarquée dans le monde de l’imaginaire francophone avec sa novella Le nouvel équilibre, paru aux éditions Robert Laffont dans sa collection Ailleurs & Demain consacrée aux récits de science-fiction. Sur le papier, le texte m’intéressait beaucoup. En réalité, il m’a déçue, sur bien des aspects. Je me sens un peu à contre-courant de tous les avis très positifs postés précédemment, aussi, je vais expliquer ce qui m’a autant déplu dans ce récit.
Nous avons d’autant plus besoin d’artistes, de fiction et d’imagination que les nouvelles du monde extérieur son de plus en plus sombres.
Le résumé avait tout pour me plaire. Un court récit de SF qui s’attaque à des sujets comme l’écologie, notre rapport aux animaux, le bien-être en société, l’art face à l’intelligence artificielle. Des thèmes que j’apprécie beaucoup lorsqu’ils sont traités dans un contexte futuriste sans vraiment trop s’éloigner de notre réalité. En effet, Le nouvel équilibre se déroule en 2085, sur Terre, dans un monde qui a muté en profondeur depuis l’incroyable découverte faite par Élise Marceau, la grand-mère de la protagoniste Alia.
Discrète mais déterminée, Élise Marceau a durablement marqué notre époque. Figure incontournable du Nouvel Équilibre, elle laisse un héritage immense. Sa découverte révolutionnaire demeure une pierre angulaire de notre compréhension du monde.
Alia découvre la vie et l’œuvre de son aïeule par petits morceaux dans son journal intime, nous dévoilant par la même occasion les travaux réalisés soixante ans auparavant qui ont amené la société à adopter Le Nouvel Équilibre. Depuis ces découvertes qui ont révolutionné la façon de vivre de toute la planète a été mis en place l’Association Planétaire du Vivant qui sélectionne chaque année un représentant dans chaque pays. Alia apprend en début de récit qu’elle fait partie des favorites pour la Belgique. C’est ainsi que l’on replonge dans le passé pour comprendre ce qu’implique l’APV et comment la société en est arrivée à cet état d’harmonie quasi parfaite.
Comme il me l’a expliqué, l’intelligence artificielle se nourrit du matériel préexistant qu’on lui donne à manger. Elle ne crée pas, elle compile. Une fois les artistes tués, la machine tourne en rond. Sans nouveauté, sans réalisation originale, ses productions se standardisent, elles deviennent inéluctablement insipides.
Ce qui me gêne dans le récit, c’est le foisonnement d’informations qui donne le sentiment de partir dans tous les sens, sans jamais aboutir. C’est un bouillonnement d’idées, des pistes d’intrigues intéressantes qui auraient mérité d’être plus approfondies et qui sont survolées bien trop rapidement pour pouvoir être correctement exploitées. Et c’est dommage car toutes ces idées sont bonnes. L’invention d’un protocole pour entendre la pensée des animaux, le mystérieux grand-père marin d’Alia résidant à l’autre bout du monde, L Association planétaire du vivant qui rappelle la Conférence Pour le Climat, la transformation profonde de la société, la vie trépidante d’Élise Marceau… Énormément de ramifications qui qui retombent aussi rapidement qu’elles sont arrivées, pour une conclusion brutale et sans grande surprise, et le sentiment désagréable d’emmagasiner un maximum d’informations en cent pages seulement. A mon sens, il aurait fallu recentrer quelque peu le récit pour ne pas donner cette impression de partir dans tous les sens sans jamais arriver nulle part.
Une société qui tend vers l’utopie ne peut s’appuyer sur des dogmes figés. Si elle emprunte ce chemin, elle est condamné au totalitarisme et à la catastrophe. Les utopies ont vocation à être débattues, enrichies, ouvertes et multiples. A se croire parfaites, elles se révèlent bien trop souvent n’être que des dystopies mal déguisées. Elles ont besoin de conflit et de mouvement pour subsister. L’idéal n’existe pas.
Malgré cela, les idées d’Amélie Géal ne sont pas à jeter, au contraire. Tout ce qu’elle propose dans ce texte lumineux le relie indéniablement au hopepunk (un genre d’utopie), une déclinaison à l’opposé du cyberpunk qui offre une vision d’espoir au futur quand le cyberpunk propose une version noire et désespérée. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que Le Nouvel Équilibre a reçu le prix “Ailleurs et Demain” du futur optimiste 2025 (Éditions Robert Laffont et magazine Usbek & Rica). En tout cas, je serai au rdv si Amélie Géal décide de poursuivre son exploration du genre pour nous proposer des textes plus conséquents et plus aboutis, car je sens qu’elle risque de vite devenir une voix montante de l’imaginaire francophone. Affaire à suivre !
Fiche Technique
- Autrice : Amélie Géal
- ME : Robert Laffont
- Parution : septembre 2025
- Pages : 112
- Prix : 12€ le grand format, 7.99€ l’ebook
- ISBN : 9782221280652









Laisser un commentaire