« Chaque lecture est un acte de résistance  » Daniel Pennac

Pigeon, Canard et Patinette : un post-apo sur l’empathie et la solidarité

Pour cette nouvelle incursion dans la collection Dyschroniques des éditions du Passager clandestin, j’ai choisi le hors-série Pigeon, canard et patinette, un titre énigmatique paru en 2016 après un appel à textes lancé par la maison d’édition pour lequel les participants avaient pour consigne de s’inspirer du récit de Jean-Pierre Andrevon, Les Retombées, paru dans la même collection en 2015. C’est la nouvelle de Fred Guichen, primo-auteur, qui a retenu l’attention du jury, composé de Jean-Pierre Andrevon, Nicolas Bayart, Dominique Bellec et Frédérique Giacomoni des éditions Le Passager Clandestin, Philippe Lécuyer, directeur de la collection Dyschroniques (à l’époque, c’est aujourd’hui Dominique Bellec qui dirige la colelction), Étienne Angot, libraire spécialisé science-fiction à la librairie Le merle moqueur à Paris, Mathias Échenay, directeur des éditions La Volte, et Hubert Prolongeau, journaliste et écrivain. Voilà pour le contexte de la nouvelle. Maintenant, son contenu.

On se trouve sur les côtes Bretonne, 103 ans après la Catastrophe, un terrible accident nucléaire survenu en 1970. Des murs gigantesques ont été dressés tout autour du site contaminé, piégeant les habitants qui n’ont pas voulu quitter leur lieu de vie. Seule une trentaine de personnes vivent encore dans quelques hameaux, dont Pigeon, Canard et Patinette, atteints de maladies et difformités liées au taux de radioactivité élevé. Cancers, tumeurs, progéria, handicaps physiques, autant d’affections qui touchent les personnages sans que cela ne ternissent leur solidarité et leur joie de vivre. Chargés par l’État d’entretenir le réacteur 2 ayant causé la catastrophe, leur unique contact avec le monde extérieur se fait via le Contremaître, employé pour surveiller cette cour des miracles mutante. Cependant, il se pourrait bien que tout cela prenne fin car une guerre serait en préparation, et l’entretien coûte désormais trop cher à l’État.

Dans ce royaume de mutants, il se sentait aussi déplacé qu’un monstre ordinaire. Tout ce qu’il avait obtenu des radiations, c’était un retard mental et une maladie mortelle héréditaire, sans la compensations des talents que possédaient la quasi-totalité des habitants du Secteur.

Pigeon, Canard et Patinette, mais aussi Hermeline, Blob, Globule, Jacotte, Moignons, La Bouquin, des surnoms affectueux souvent liés au physique de leur porteur et qui font partie intégrante de leur personnalité. C’est une galerie de personnages attachants et joyeux, en contraste avec l’environnement dévasté dans lequel ils évoluent. Encerclés par des murs de vingt mètres de haut, leur optimisme force le respect. Rien n’entache la forte solidarité qui uni les membres de cette communauté monstrueuse, pas même le sentiment que le gouvernement les laisserait pour compte. L’espoir se traduit dans leur quotidien, dans leurs échanges bienveillants, dans le regard qu’ils portent les uns sur les autres, dans l’épanouissement de leur situation qu’ils vivent au jour le jour, sans vraiment penser au lendemain. Ils sont unis par un lien quasi mystique, psychique, comme s’ils ne faisaient qu’un. Car s’ils ne prennent pas soin les uns des autres, qui le fera à leur place ? Probablement pas le reste de la population en dehors des murs, qui ne semble pas sensible au sort de cette petite communauté. Alors qui sont les véritables monstres ? Ceux que l’on enferme et livre à leur sort, ou ceux qui se contentent de murs de béton pour se protéger des radiations ?

En raccourcissant la durée de son existence, l’homme allait gagner en profondeur et concentrer ses vertus au lieu de les gaspiller en vain.

A travers ce texte court, Fred Guichen propose une science-fiction post-apo douce-amère portée par une plume sûre et limpide, qui cherche l’essentiel dans son ton et la proximité avec son lectorat plutôt que de se perdre dans une emphase inutile. Le style de l’auteur est direct, clair, il y a comme une candeur naïve dans l’écriture qui se rapproche de la crédulité et de l’innocence de ses personnages, mais aussi une légère touche d’humour. Fred Guichen se sert de ce texte pour donner une belle leçon d’empathie et d’ironie, sans tomber dans le pathos. Je dois cependant avouer que la fin m’a un peu frustrée, j’aurais aimé poursuivre la lecture auprès de cette bande d’éclopés claudicants, mais c’est parfois le problème avec les nouvelles. Elles sont trop courtes et laissent un goût d’inachevé. Malgré tout, Fred Guichen aura réussi à nous entraîner dans un texte doux et poétique malgré l’horreur de la situation vécue par les personnages. Une vie de souffrance, mais une vie quand même, qui vaut la peine d’être vécue.

Note : 3.5 sur 5.

Fiche Technique

  • Auteur : Fred Guichen
  • ME : Le passager clandestin
  • Photo de couverture : Sarah Valsetti
  • Collection : Dyschoniques
  • Parution : janvier 2016
  • Pages : 70
  • Prix : 7€
  • ISBN : 978-2-36935-047-7

2 responses to “Pigeon, Canard et Patinette : un post-apo sur l’empathie et la solidarité”

  1. Avatar de Le Nocher des livres

    Couverture glaçante. Mais texte qui peut m’intéresser, car même s’il peut être frustrant (ce qui semble être le cas ici), j’aime beaucoup ce format de novella. Surtout quand Andrevon est de la partie. Merci pour cette découverte.

    1. Avatar de Anne-Charlotte

      C’est vrai que la couverture a un petit côté flippant avec cette poupée sans yeux ^^ Mais représente bien l’abandon, tout ce qui reste après qu’on a fuit le danger nucléaire. D’ailleurs il faut que j’ajoute le nom de la photographe qui a illustré la couverture !

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