Hope Future, c’est un petit ouvrage qui est né d’un projet partagé entre les membres du collectif offense fin 2019. A l’origine du texte, Clém et Jenny, qui questionnent des personnes souhaitant s’embarquer pour la mission MarsOne, un projet de colonie martienne pour 2024. De là naît la pièce Hope future — anatomie d’un départ dans l’espace, dans laquelle deux astronautes s’envolent en mission pour ne jamais revenir. le projet sera documenté au maximum, rencontre avec des scientifiques, lectures de textes bibliques et de science-fiction, des faits historiques. L’idée est de « rêver le futur » en réussissant à « se sauver par l’imaginaire ». Et pour mettre ces idées en forme, pour en réaliser une vraie fiction, le collectif fait appel à Sabrina Calvo, qui leur paraît être la plus à même de raconter cette histoire sous forme de nouvelle.
On a du mal à rêver le futur alors peut-être qu’on peut au moins réussir à se sauver par l’imaginaire (rien que ça).
Le 07 novembre 2024, la pièce est jouée pour la première fois au théâtre Jules Julien lors du festival Supernova, à Toulouse, après des semaines de travail intense pour le groupe. Un an plus tard, les éditions Blast publient la pièce ainsi que la nouvelle de Sabrina Calvo dans ce petit recueil, Hope future, que j’ai découvert sur les étagères de la librairie Ombres Blanches de Toulouse. Je ne connaissais rien de cette histoire, et j’ai été impressionnée voire conquise par le travail du collectif offense qui nous offre une belle mise en lumière de son projet dans l’ouvrage.
De quoi ça parle ? Hope future, c’est l’histoire de notre planète, peut-être demain, peut-être dans quelques décennies — en tout cas, pas en 2024, puisque le projet MarsOne n’a jamais vu le jour. Une pluie de cendres s’abat mystérieusement sur Terre, et elle a réduit la vie à peu de choses. Plus de récoltes, plus de champs fleuris, plus de sorties, plus d’air. Alors, quelqu’un a été désigné pour partir dans l’espace découvrir ce qui s’y trame. Un aller sans retour. Pourquoi avoir accepté ? Parce que malgré le désespoir, il reste une petite lumière, un petit éclat de vie qui fait dire « et si on y arrivait ? », parce que tout espoir n’est pas mort. Il reste des gens pour y croire, en dépit de la peur. Parce que si on ne croit plus, si on ne se bat plus, c’est la cendre qui gagne.
Le texte de Sabrina Calvo qui ouvre le recueil est un long monologue de cette personne volontaire qui va embarquer pour sauver l’humanité et qui répond aux petites voix dans sa tête qui lui instillent le doute « si on ne faisait rien d’autre là qu’un injuste sacrifice ? Si c’était ça notre dernier geste ? ». On la connaît bien cette petite voix dans nos têtes qui nous fait douter, qui remet tout en question sans arrêt. Sabrina Calvo la rend omniprésente sous forme de courtes phrases italiques qui s’immiscent insidieusement dans l’esprit de la protagoniste. Un échange constant se fait entre cette petite voix et les pensées de l’héroïne. Ce qui frappe, malgré la situation qui semble désespérée, c’est la luminosité du texte. L’espoir de naît de cette petite chance, une opportunité infinitésimale, un lien infime que l’humanité choisi de risquer. Sabrina Calvo retranscrit cela avec une plume simple, brillante et introspective. C’est un court texte étincelant qui redonne confiance dans le futur.
On a besoin de trouver, par la fiction, des questions ou des réponses au sujet du monde qu’on habite et de la catastrophe qui vient.
La pièce quant à elle, créée par le collectif offense, met en scène l’envoyé.e, dernière personne a avoir été choisie pour percer le secret de la cendre qui tombe sur le monde. Elle aussi entend ces voix, celles des précédentes avant elle, celles que l’on a envoyé sans perspective de retour. Il y a Celle-qui-fait-waf (en référence à la chienne Laïka), Celle-qui-est-tombée-dans-le-tas et puis Celle-qui-est-restée-coincée. Des personnages à part entière dont les voix se mêlent à celle de l’envoyé.e et qui l’aient, la guident dans son voyage vers l’origine de la cendre. le texte est à la fois poétique et chantant, on lit la pièce comme si on entonnait une douce chanson d’espérance. L’envoyé.e veut sauver l’humanité, mais en fin de compte, c’est elle-même qu’elle sauve, ainsi que celles qui sont venues avant elle, c’est Celle-qui-prend-tout, puisque finalement, elle n’est que poussière, elle n’est que cendres.
Est-ce que la conquête spatiale sauvera l’humanité ? Est-ce que la solution c’est de créer des colonies sur mars ? C’est ce qu’interroge cet ouvrage aux travers de ces deux textes complémentaires, qui mettent en lumière l’aberration humaine qui s’exile dans l’espace au lieu de stopper la destruction de son unique planète. J’ai été émue par ces deux récits qui, en dehors de leur sujet grave, réussissent à faire naître un peu d’espoir au coeur de ténèbres. J’aurais adoré pouvoir assister à la représentation du collectif en 2024 au théâtre Jules Julien ! Un petit ouvrage au pouvoir éminemment puissant.
Écriture collective, d’après une nouvelle de Sabrina Calvo • Adaptation collective & jeu Clémence Da Silva, Maxime Grimardias, Mag Lévêque, Noé Reboul • Scénographie & régie plateau Rudy Andrea Gardet • Aide à la conception technique Kazy de Bourran • Création lumière et régie Adèle Willemin • Création musicale Jenny Victoire • Charreton regards extérieurs Théo Perrache et Maëva Meunier • Chargée de production Clémentine Lévêque.









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