« Chaque lecture est un acte de résistance  » Daniel Pennac

Vermis, le guide vidéoludique d’un jeu qui n’existe pas

Je ne suis pas certaine de parvenir à expliquer cette oeuvre aussi bien que l’a fait ALT236 dans sa dernière vidéo YouTube, mais je vais tout de même tenter l’exercice.

Plastiboo est un artiste numérique espagnol spécialisé dans la dark fantasy et le médiéval fantastique. Ses oeuvres sont souvent présentées comme des fragments de jeux vidéos imaginaires composés de donjons, de forêts interdites, de monstruosités, d’objets magiques et de personnages sombres. Son esthétique rétro dark fantasy est fortement inspiré des RPG old-school et de jeux plus récents comme la série Dark Souls.


Vermis est un livret illustré qui se présente comme un manuel de jeu vidéo appartenant à un RPG imaginaire. Pourtant, lorsqu’on tient l’objet dans les mains, on a la vague sensation d’avoir déjà rencontré la jaquette de ce jeu quelque part, comme un rêve flou dont les derniers contours s’échappent au réveil.

En latin, Vermis signifie « ver ». C’est un symbole fort qui représente à la fois cette chose qui rampe sous la peau du monde mais aussi le principe de décomposition qui permet au monde de renaître. C’est le mouvement qui fait vivre et pourrir tout ce qui existe. Vermis, c’est aussi le nom de la partie médiane du cervelet, qui relie les deux hémisphères. Symboliquement, on peut y voir une dichotomie entre le joueur/lecteur qui est le pont entre le jeu et le monde réel, la mémoire et l’oubli, l’être et le non-être. Il agit comme une métaphore du passage entre deux mondes.

Vermis n’est donc pas un récit linéaire mais la cartographie partielle d’un univers vidéoludique adoptant les codes d’un manuel de jeu vidéo 16-bit. Comme dans tout bon RPG qui se respecte, la première étape consiste à choisir son personnage. Plastiboo met à notre disposition des images qui imitent les écrans de sélection de personnages dont chacun d’entre eux dispose d’un background et d’un équipement. Ces premières pages offrent une immersion totale dans le monde virtuel de l’artiste.

Plus on progresse dans Vermis, plus on s’enfonce dans un univers cryptique dont l’histoire se découvre au travers des objets, PNJ et fragments de dialogues. L’on y découvre des lieux clos et étouffants comme des étendues ouvertes et désolées où l’ambiance sombre et désespérée semble se refermer petit à petit sur notre personnage. A mesure que le lore se révèle, l’étau se resserre.

J’ai à peine évoqué les graphismes du livre qui participent pleinement à l’ambiance occulte et rappellent les jeux 8 ou 16-bit des années 1980. Les tons sont très ternes, voire sombres, on distingue parfois à peine certains détails. L’esthétique des jeux vidéos est totalement intégrée au propos avec des barres de vie, des statistiques, des icônes, certains éléments sont fragmentaires ou partiels, renforçant l’idée d’un manuel de jeu vidéo perdu. Le style graphique induit une sensation de malaise, de perte de repères, les textures et les formes hybrides créent une atmosphère viscérale qui fait ressentir la dégradation et la putréfaction du monde.


On sent dans l’œuvre de Plastiboo de nombreuses inspirations. Tout d’abord au peintre polonais Beksiński pour ses paysages macabres dont l’immensité fait passer l’humain pour un insecte insignifiant. Ensuite, la saga des Dark Souls d’Hidetaka Miyazaki, pour l’atmosphère, le bestiaire, la narration cryptique et la philosophie du cycle mort/renaissance. Enfin, et plus globalement, l’art médiéval religieux avec ses créatures, son symbolisme et ses gravures.

Vermis ne se présente donc ni un simple livre ni comme un vulgaire artbook. C’est un artefact fictionnel dans lequel le lecteur devient l’archéologue d’un jeu perdu. Plastiboo y fusionne la dark fantasy, l’horreur organique et la nostalgie des RPG d’antan pour créer une expérience immersive unique. Vermis est un univers interactif, un monde de brume où le lecteur-joueur devient témoin et participant d’une mythologie en suspens, oscillant entre malaise et émerveillement. C’est une œuvre dans laquelle le ver physique et le ver cérébelleux se rejoignent pour offrir une expérience de lecture aboutie et inoubliable.

Fiche technique

  • Auteur : Plastiboo
  • ME : Huber éditions
  • Parution : 15/05/25 pour la VF
  • Prix : 18 euros
  • Pages : 128
  • ISBN : 9782492042249

One response to “Vermis, le guide vidéoludique d’un jeu qui n’existe pas”

  1. […] Dessinateur et scénariste espagnol, Plastiboo est un artiste numérique mystérieux dont les oeuvres le sont tout autant. Vermis est l’une de celles-ci. C’est un livret illustré qui se présente comme un manuel de jeu vidéo appartenant à un RPG imaginaire. Vermis est un univers interactif, un monde de brume où le lecteur-joueur devient témoin et participant d’une mythologie en suspens. J’avais adoré ce voyage singulier et je t’en avais parlé sur le blog. […]

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