« Chaque lecture est un acte de résistance  » Daniel Pennac

Recueil papier, livre audio et pièce de théâtre numérique : une trilogie de SF signée Manon Daguet

Révélations, la trilogie est un recueil qui offre une expérience de lecture en trois dimensions. Cinq nouvelles de science-fiction composent l’ouvrage Fragments d’Apocalypse, ainsi qu’un récit audio, Promenade en jaune, et une pièce de théâtre numérique, Colloque sur la fin du monde, qui viennent compléter l’opuscule. L’intégration de contenus supplémentaires via QR code est une idée qui, dans ce contexte, fait particulièrement sens. La fin du monde se propage au-delà du papier, elle franchit les supports. Cela donne au livre une modernité certaine et une dimension expérimentale bienvenue.

Voici donc qui explique ce mystérieux titre, avec le terme de « Trilogie » : papier, audio et numérique, pour s’immerger à 100% dans l’univers apocalyptique de Manon Daguet, jeune autrice française originaire de la Meuse. Mais aussi le « Révélations », qui vient renforcer l’idée d’apocalypse, puisque le mot vient du grec « apokálupsis » et signifie « action de révéler ». La boucle est donc bouclée.

Penchons-nous tout d’abord sur Fragments d’apocalypse, le recueil en lui-même. La première nouvelle, nommée Mulsa Mulsa, donne le ton dans lequel on va évoluer. Au coeur d’un monde où la forêt pousse à une vitesse surprenante, Pyrros endosse l’uniforme des Remparts de la section 48 comme son père et son grand-père avant lui. Chargé de protéger l’humanité contre cette nature débordante et galopante, Pyrros lutte contre la mulsa mulsa, sorte de mousse-lichen fluorescente qui se répand à grande vitesse et qui engloutit des villes entières.

La deuxième nouvelle, Comme une oraison blanche, est celle qui m’a le plus plu. Un enregistrement est retrouvé sur le corps sans vie d’un homme gisant aux côtés du cadavre d’une araignée géante. La transcription révèle qu’une nouvelle ère glaciaire s’est abattue sur Terre et que d’énormes araignées arpentent les terres désormais glacées de ce qu’était la planète bleue. La narration se fait à la deuxième personne du pluriel, un choix qui se comprend rapidement à la lecture du texte et qui confère un ton singulier au récit.

La troisième histoire de ce recueil, Adalam-Pomry, met en scène deux archéologues, Erwin et Kandara, qui découvrent les restes de ce qu’était la civilisation humaine il y a plusieurs siècles, sur une planète Terre recouverte d’une fleur bleue endémique hautement nocive. Les deux scientifiques sont décontenancés en découvrant les ruines d’une église et les vestiges du culte qui était rendu à un être suprême entre les murs du bâtiment.

[…] Autrefois, on croyait beaucoup en une sorte d’être suprême qui aurait tout créé et qui aurait veillé sur l’être humain. On venait l’adorer et lui parler dans ces lieux dédiés, pour guérir, se confier, pour pardonner et être pardonné.

Kandara eu un rire sarcastique.

— Putain, ça leur a bien servi ! Quand on voit comment la Première Ère a fini… C’était sûrement une façon de se rassurer. Croire renforce le sentiment d’existence. Se sentir protégé, soutenu… aimé.

De profundis clamavi, le quatrième texte du recueil, m’a beaucoup fait penser à une autre nouvelle que j’ai lu récemment dans la collection dyschronique des éditions le passager clandestin, Destination fin du monde de Robert Silverberg. Néanmoins, le récit qui se trouve dans Fragments d’apocalypse diffère en ce sens que le protagoniste visite les pires événements de l’humanité : guerres, camps de concentration, catastrophes nucléaires, Lawrence Grisandøle se délecte de voyages dans le passé pour collectionner des selfies qu’il colle ensuite sur son frigo. Mais un jour, alors qu’il se trouve en 1945 juste après le bombardement d’Hiroshima, le voyage ne se déroule pas comme prévu.

Enfin, la cinquième et dernière nouvelle qui compose le recueil, Catharsis, est aussi la plus longue. On se retrouve sur une lointaine planète nommée Shattuckite sur laquelle tout est bleu (cette couleur revient décidément très souvent) et que les habitants peuvent entendre chanter. Oui, oui, la planète chante. Les êtres humains ont migré sur cette planète il y a de cela bien longtemps, après avoir fuit la Terre trop polluée. Les descendants des humains, appelés Zomas, ont développé un nouvel organe, la glande A, qui permet de filtrer les particules irrespirables de l’air pollué de la Terre. Cette glande disparaissant à l’âge adulte, les enfants sont collectés dès leur plus jeune âge pour un séjour sur Terre afin de dépolluer celle-ci et la rendre vivable à nouveau.

[…] Je suis né sur Shattuckite. On l’appelle Bleue. Parce qu’elle est bleue, oui, logique jusqu’ici […] Tout est bleu : l’eau, bien sûr, mais aussi les pierres, les arbres, et même certains animaux. Ceux qui viennent d’ailleurs disent que, nous-mêmes, on a tendance à bleuir. Je ne sais pas si c’est vrai, je n’arrive pas bien à me rendre compte.

Passons désormais au récit audio, Promenade en jaune, qui m’a fait penser également à une autre nouvelle de la collection dyschroniques, cette fois Continent perdu, de Norman Spinrad. Un endroit sur Terre où a eu lieu une terrible catastrophe nucléaire. Tout est abandonné, pollué, vicié, contaminé pour des siècles et des siècles. Dans cet environnement pestilentiel, un guide conduit un petit groupe en excursion à travers les ruines de cet ancien monde, tous prêts à se repaître du désastre.

Enfin, le texte numérique Colloque sur la fin du monde est en réalité une pièce de théâtre truculente qui compte parmi ses personnages H.P. Lovecraft, Cthulhu, Clark Ashton Smith ou encore un chat nommé Niggerman. L’écrivain se questionne sur les raisons de la fin de l’humanité et discute aux côtés d’entités cosmiques, un café à la main.

Ce petit livre frappe plus fort qu’il n’y paraît. Manon Daguet y propose une apocalypse intime et hors des sentiers battus.
On ressort de Révélations, La Trilogie avec le sentiment d’avoir traversé un ensemble de visions, comme si l’autrice nous avait pris par la main pour nous montrer, en douceur, le sort qui nous attend. Une œuvre brève mais étonnamment marquante !

Je suis ravie d’avoir gagné cet ouvrage grâce à Babelio lors de la dernière Masse Critique mauvais genre.

Écouter un extrait du livre audio :

Fiche technique

  • Autrice : Manon Daguet
  • ME : éditions des Tourments
  • Parution : 15/09/2025
  • Pages : 88
  • Prix : 15€ (le recueil papier + les deux textes audio et numérique)
  • ISBN : 9782372243575

One response to “Recueil papier, livre audio et pièce de théâtre numérique : une trilogie de SF signée Manon Daguet”

  1. […] que j’ai lu en novembre sont détaillés dans mes chroniques sur le blog. Il s’agit de Révélations, La Trilogie, de Manon Daguet, aux éditions des Tourments, que j’ai reçu lors de la Masse Critique […]

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Moi, C’est Anne-Charlotte

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