« Chaque lecture est un acte de résistance  » Daniel Pennac

Ma nouvelle Mémoires Fragmentées est disponible sur Wattpad !

Mémoires Fragmentées est une nouvelle de fantasy qui explore les thèmes de la mémoire, de l’héritage, de la magie et de la destinée. Elle est disponible gratuitement sur l’application Wattpad !

Voici le premier chapitre pour vous donner un aperçu et peut-être vous donner envie de la découvrir dans sa totalité :

Chapitre 1

On dit que les souvenirs qui peuplent notre esprit sont les fragments qui composent notre âme. Sur Memoria, cet adage se révélait d’autant plus vrai que ces bribes qui façonnent les êtres vivants étaient devenues des objets tangibles, consultables et modifiables à souhait. Les souvenirs étaient comme des données qu’on pouvait extraire des esprits grâce à une magie singulière : la mnémotekhnè. Ce don était possédé par les mnémosynes, gardiennes de la mémoire du monde. Elles récoltaient, classaient, rangeaient et archivaient les souvenirs dans de gigantesques bibliothèques dédiées à ces survivances du passé. Myrrha était l’une d’elles. Fille, petite-fille et arrière-petite-fille de mnémosyne, la magie de la mémoire coulait dans ses veines. Fière de son héritage maternel, la jeune femme prenait son rôle très à cœur dans l’espoir de s’attirer les bonnes grâces de la Gardienne, haute dépositaire de la mémoire du royaume. On raconte que la Gardienne originelle aurait découvert les secrets de la mnémotekhnè il y a plusieurs milliers d’années, sans vraiment que l’on sache précisément qui elle était, ni l’ambition qui la guidait à l’époque. Cette mémoire aurait été perdue il y a fort longtemps, lorsque les techniques de stockage mémorielles n’étaient pas assez abouties. Aujourd’hui, les mnémosynes pouvaient s’enorgueillir d’un système perfectionné à l’extrême, grâce auquel aucune erreur n’était possible. Les souvenirs étaient extraits de manière indolore sur des individus venus de leur propre gré pour stocker leur mémoire dans de petites fioles en verre scellées et archivées dans des sortes de coffrets temporels. Le tout était ensuite classé sur les immenses étagères qui composaient la bibliothèque de la mémoire. Les souvenirs ainsi archivés pouvaient être consultés, restitués ou bien même modifiés, mais cela, uniquement par leur propriétaire. 

Myrrha était archiviste de la mémoire depuis quelques mois seulement. Pourtant, dans l’atmosphère solennelle de la bibliothèque, elle portait l’uniforme sombre des mnémosynes avec une dignité qui semblait forgée par des siècles d’héritage. Dans sa famille, le don magique se transmettait de génération en génération, seulement aux femmes. Ce n’était pas un simple talent : c’était une vocation, une tradition sacrée que chaque descendante acceptait avec déférence et un brin d’appréhension.

Le don de la mnémotekhnè se manifestait tôt, parfois dès l’âge de trois ou quatre ans. Chez Myrrha, il était apparu à six ans, un peu tard selon les standards de la famille, mais il avait éclaté avec une intensité impressionnante. Elle se souvenait encore de ce jour où, pour la première fois, elle avait effleuré un de ces précieux flacon de réminiscence — contenant un souvenir appartenant à sa grand-mère Arihan — et ressenti une vague de souvenirs qui n’étaient pas les siens. Des images floues d’un marché animé, des bribes d’une mélodie ancienne fredonnée par une voix douce…

Dès cet instant, sa destinée avait été scellée. Sa grand-mère, qui voyait dans cette manifestation un signe incontestable, l’avait immédiatement prise sous son aile. Arihan était une mnémosyne respectée, connue pour sa rigueur et sa maîtrise impeccable du don. Pour elle, l’enseignement de Myrrha n’était pas seulement une transmission de savoir : c’était une mission, un passage de flambeau. Les journées de la petite fille étaient rythmées par un entraînement exigeant. Arihan lui apprenait à ressentir la texture des souvenirs, à discerner les impressions fragmentées de ceux encore intacts, à les extraire sans altération.

« Un souvenir n’est pas une simple image », disait souvent Arihan en tenant une fiole entre ses doigts fins. « C’est une vie en miniature. Si tu le manipules avec négligence, tu en effaces la lumière. »

À mesure qu’elle grandissait, Myrrha apprit que ce don n’était pas seulement un privilège, mais aussi une lourde responsabilité. Il fallait tout connaître : les techniques d’archivage, les méthodes de classification, les rituels pour apaiser les esprits trop tourmentés par leurs souvenirs. Pendant ses années d’apprentissage, elle passa de longues heures dans la salle de méditation familiale, une pièce circulaire baignée d’une clarté diffuse où des dizaines de flacons gravés de symboles trônaient sur des étagères. Chacune contenait un souvenir précieux de leurs ancêtres, conservé comme un trésor familial.

Le jour de ses vingt ans, Myrrha était prête. L’examen pour devenir mnémosyne n’était pas qu’une épreuve technique : il s’agissait aussi d’une évaluation spirituelle. La Gardienne elle-même supervisait ce rite. Myrrha se souvenait encore de l’immense salle où l’épreuve avait eu lieu. Les murs de pierre, couverts de signes anciens, paraissaient vibrer sous la force de l’énergie qui se dégageait de la pièce. Au centre, sur une table en obsidienne, reposaient plusieurs fioles contenant des souvenirs différents, certains fragmentés, d’autres cachés derrière des voiles d’ombre.

« Montre-moi ce que tu vois », avait dit la Gardienne d’une voix inflexible.

Myrrha n’avait pas tremblé. Elle avait posé ses mains sur l’un des réceptacles mémoriels, laissant la magie s’écouler d’elle comme le flot d’une rivière après la pluie. Peu à peu, le souvenir s’était déployé devant elle. Une scène d’enfance pleine de rires et de couleurs. Mais Myrrha y avait détecté autre chose, une brisure subtile, une ligne de faille que personne d’autre n’avait remarquée. Avec une précision presque instinctive, elle avait restauré le souvenir, rendant sa lumière à ce qui avait été perdu. Quand elle avait relevé les yeux, la Gardienne l’observait de son regard bleu intense, un sourire imperceptible au coin des lèvres.

« Tu as l’âme d’une mnémosyne », avait-elle simplement déclaré.

Ce jour-là, Myrrha avait été reçue haut la main. Sa famille tout entière avait célébré son succès avec une grande fierté. Pour Arihan, c’était la promesse que leur lignée continuerait à prospérer, que la mémoire des générations passées resterait entre des mains sûres et dignes de porter cet héritage. Cependant, pour Myrrha, une ombre persistait. Elle ne savait pas d’où lui venait cet étrange sentiment, mais des mots de la Gardienne avait émané une gravité qu’elle ne parvenait pas à dissiper. Ce don qu’elle avait cultivé toute sa vie… pouvait-il devenir un fardeau ? Elle avait vite chassé ses doutes. Son avenir était tout tracé, disait-on. Cependant, au fond d’elle, une petite voix lui murmurait que son destin serait tout autre.

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Moi, C’est Anne-Charlotte

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