Quatrième de couverture : L’intrigue qui se noue entre les leaders d’extrême droite et une population relève de l’emprise. S’il est nécessaire de pouvoir repérer les autocrates et d’insister sur les garde-fous comme sur les dispositions morales permettant de préserver la démocratie, la spécificité de l’emprise oblige à réfléchir à ce qui rend les personnes perméables au fascisme. Ce dernier encourage les sujets à évacuer leur sentiment d’impuissance en déchargeant leur agressivité sur certains groupes et conduit à un délire à plusieurs. Mais c’est dans ces périodes troublées que la puissance du féminin, qui s’oppose à la force et à l’obsession du contrôle et naît de la gratitude pour le donné, prend toute son importance. Nourrie par le féminisme, la puissance du féminin témoigne de l’amour d’un monde rendant possible l’accueil d’êtres nouveaux et diffuse un esprit de convivialité sans lequel un projet humaniste et écologiste ne peut s’imposer.
Mon avis
Philosophe et autrice française, Corine Pelluchon est reconnue pour ses travaux sur la philosophie politique, la bioéthique, l’écologie, le féminisme et les questions de justice sociale. Elle est une figure importante dans la réflexion contemporaine sur l’éthique et la politique, notamment en ce qui concerne la place de l’humain dans le monde et la manière dont nos sociétés organisent les rapports de pouvoir et de domination. Elle est professeure de philosophie à l’Université de Paris-Est Créteil (UPEC) et a publié plusieurs ouvrages de réflexion philosophique qui abordent des thématiques sociales et politiques actuelles. Son parcours académique est marqué par une spécialisation en éthique, en philosophie politique, et en bioéthique, avec une attention particulière aux droits des animaux et à la justice écologique.
Dans son ouvrage La démocratie sans emprise ou la puissance du féminin, Corine Pelluchon explore la notion d’emprise qui caractérise les relations entre les leaders d’extrême droite et une partie de la population. Elle analyse comment le fascisme incite les individus à évacuer leur sentiment d’impuissance en déchargeant leur agressivité sur certains groupes, menant ainsi à un « délire à plusieurs ». Face à cela, Pelluchon met en avant la « puissance du féminin », opposée à la force et à l’obsession du contrôle, et nourrie par la gratitude envers le donné. Cette puissance, enrichie par le féminisme, témoigne de l’amour d’un monde accueillant la diversité et promeut un esprit de convivialité essentiel à tout projet humaniste et écologiste.
L’angoisse de n’être rien et le besoin désespéré de se sentir importants conduisent également les individus, riches ou pauvres, à suivre des leaders nationalistes qui arrivent à les convaincre qu’ils sont supérieurs au reste de l’humanité.
Pelluchon explore comment l’emprise fonctionne dans le contexte politique, notamment dans les mouvements autoritaires et d’extrême droite.
Elle explique que certains leaders créent une forme de délire collectif, où des populations fragilisées déchargent leur agressivité sur des boucs émissaires, ce qui renforce l’adhésion à des idéologies extrémistes. Elle s’inspire notamment de la psychanalyse et de la philosophie politique pour montrer comment ces dynamiques se mettent en place et s’appuie notamment sur les travaux d’Emmanuel Kant, Hannah Arendt ou encore Simone Weil.
L’extrême droite ne peut exister, s’épanouir et asseoir sa domination que par la haine de l’autre.
L’autrice défend une approche où l’on accepte la vulnérabilité humaine au lieu de chercher à la nier par des formes de domination et d’agression. Elle met en avant la politique de la considération, qui valorise l’attention aux autres et aux plus fragiles, plutôt qu’une logique d’écrasement des différences. Contrairement à l’idée de force souvent associée à la domination et au contrôle, la puissance du féminin est une forme de pouvoir ancrée dans la gratitude, l’ouverture et la préservation du vivant. Mais Pelluchon ne réduit pas cette puissance à un rôle genré. Elle y voit plutôt une approche qui peut être adoptée par tous, indépendamment du genre. Elle s’appuie sur les pensées féministes et écologistes pour proposer une vision politique plus humaniste.
En encourageant la victimisation qui conduit les citoyens à penser qu’ils sont exclus du bien-être et privés de leur part du gâteau dont les « privilégiés », au contraire, profitent, ils suscitent I’envie, la haine et la paranoïa. L’agitateur d’extrême droite rappelle constamment à la population les frustrations dont elle souffre et lui promet que « cela changera », que, bientôt, ceux qui lui volent sa place soleil auront des comptes à rendre : ils paieront et le mal fait aux petites gens et aux véritables enfants de la nation sera réparé !
Avec La démocratie sans emprise ou la puissance du féminin, Corine Pelluchon signe un essai stimulant qui apporte un regard neuf sur la crise démocratique et propose des pistes d’émancipation porteuses d’espoir. Malgré quelques passages parfois abstraits, son analyse reste précieuse et nécessaire dans un contexte où la montée des extrêmes met en péril les valeurs démocratiques. Un ouvrage à lire pour quiconque s’intéresse à la philosophie politique, au féminisme et à l’écologie.
Fiche technique
- Autrice : Corine Pelluchon
- ME : Payot et Rivages
- Pages : 208
- Parution : 05/03/2025
- Prix éditeur : 18 euros
- ISBN : 978-2-7436-6620-0









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