Quatrième de couverture :
Au sommet d’une montagne vit une petite fille nommée Astrée, avec pour seule compagnie de vieilles machines silencieuses. Un après-midi, elle est dérangée par l’apparition inopinée d’un faune, en quête de gloire et de savoir. Mais sous son apparence d’enfant, Astrée est en réalité une très ancienne créature, dernière représentante d’un peuple disparu, aux pouvoirs considérables.
Le faune veut appréhender le destin qui attend sa race primitive. Astrée, pour sa part, est consumée d’un mortel ennui, face à un cosmos que sa science a privé de toute profondeur et de toute poésie.
A la nuit tombée, tous deux entreprennent un voyage intersidéral, du système solaire jusqu’au trou noir central de la Voie Lactée, et plus loin encore, à la rencontre de civilisations et de formes de vies inimaginables.
Conte spéculatif, La Nuit du Faune convoque avec poésie les théories cosmologiques les plus échevelées, et renoue avec la tradition du Micromegas de Voltaire ou des Voyages de Cyrano. Un classique instantané.
Mon avis
Lors de sa sortie en 2021, La Nuit du Faune a reçu une pluie de critiques élogieuses, non seulement de la part des blogueurs littéraires mais aussi de la presse qui allait jusqu’à comparer la prose de Romain Lucazeau à celle De Voltaire. L’auteur est agrégé de philosophie, le voyage s’annonce donc intense.
Et intense c’est le mot. Dans ce petit roman de 300 pages, c’est un condensé d’une formidable épopée à travers le temps et l’espace, à la rencontre de peuples évolués vivant dans des galaxies lointaines, si bien que cet ouvrage pourrait être rangé sur les étagères de hard SF. C’est aussi un abrégé complexe de science et de physique, qui vaut parfois la peine d’aller regarder dans un dictionnaire le sens des mots, de l’infiniment petit à l’infiniment grand. Peu familière avec l’intrication quantique, la matière non baryonique et autres leptons, neutralinos et fermions, j’ai bien souvent fait appel à internet pour m’aider à saisir les contours de ces termes. J’insiste bien sur les contours oui, puisque je ne saurais toujours pas expliquer ce qu’est l’intrication quantique si on me posait la question. Ça me fascine, mais je n’y comprends pas grand chose. Bref.
La Nuit du Faune, c’est la rencontre d’une petite fille et d’un faune. Astrée et Polémas. Voici de quelle manière commence ce roman aux accents de conte philosophique. Cette rencontre ne doit rien au hasard : Polémas, le faune, a été envoyé par son peuple dans le but d’acquérir le savoir et la connaissance, et donc le pouvoir, pour changer le destin des siens. Il a fait un long voyage et escaladé la montagne sur laquelle vit Astrée pour lui soumettre sa requête. Face à lui, la fillette, qui n’en est pas vraiment une puisqu’elle est âgée de plus de deux cents millions d’années, s’étonne de sa demande : selon elle, il n’est pas bon de tout savoir, car « celui qui sait ne fait surtout rien », face à la futilité et l’inanité de leurs existences.
La vérité du monde demeure cachée à la plupart, car elle est insupportable à la vie
Si je dispose de la connaissance de toutes choses, alors je connais l’avenir. Si je connais l’avenir, alors ma puissance est infinie, et je puis tordre le monde à ma guise.
Astrée consent tout d’abord à offrir à Polémas un premier voyage, celui de la circularité de toutes choses, de l’éternel retour, de la création de la Terre elle-même. L’épopée vertigineuse commence pour le faune qui va assister aux débuts de la vie sur Terre, de la création primitive émergent du chaos, à l’apparition des premières molécules puis à leur complexification, à la diversification de la faune et la flore, au cycle éternel du carbone, l’élément fondamental. La plume de Romain Lucazeau nous fait traverser les échelles géologiques avec tant de simplicité et de dépouillement que j’ai traversé les âges aux côtés du faune, du bouillonnement primordial jusqu’à l’exil des humains vers d’autres mondes. J’en ai presque le tournis quand je réalise que j’ai déroulé une frise chronologique longue de plusieurs milliards d’années en quelques pages. Comme si ma propre vie venait de défiler sous mes yeux. Je me suis laissée emporter par la prose envoûtante de Lucazeau. Mais le voyage était loin d’être terminé.
Conscient désormais de l’immensité temporelle qui les séparait, Polémas peine à contenir le vertige qui l’accable, mais sa détermination n’en reste pas inflexible. Il a besoin de sauver son peuple et de l’élever au rang supérieur de l’évolution. Mais pour continuer leur voyage, impossible de s’envoler de la sorte avec leurs corps physiques, que l’accélération à travers l’espace détruirait littéralement. A l’aide d’une extraordinaire machinerie oeuvrant sous la montagne, Astrée parvient à créer deux copies de leurs personnalités qui flotteront dans une sorte de substrat afin de faciliter leurs déplacements dans le vide intersidéral. Un corps mais d’une autre matière. le vrai voyage peut alors commencer.
Voici, murmura Astrée, le premier voyage que je vous offre : l’éternel retour, la circularité de toutes choses. Avant de partir dans les étoiles, je vais vous montrer le temps, le passé comme l’avenir.
Le récit qui se tenait jusqu’alors dans son carcan explose pour devenir pure science-fiction. Astrée pérégrine au gré des étoiles, emportant Polémas dans son sillage. Les descriptions sont fabuleusement poétiques et imagées, les peuplades extraterrestres rencontrées par Astrée et Polémas mériteraient des développements dans des romans entiers à elles seules tant le récit est dense et riche. Parfois, tout s’enchaîne si vite que j’ai la sensation d’être restée en apnée de ne pas avoir pu profiter pleinement de ce que j’avais sous les yeux. Je n’ai pas pris assez le temps d’observer et de comprendre, il fallait vite reprendre le chemin vers le bout de l’Univers, alors que j’avais juste envie de tout savoir sur les Jupitériens, les Ixiens, les méta-civilisations robotiques, tous ces habitants de mondes lointains.
Sur leur chemin, Astrée et Polémas vont croiser la route d’Alexis, un être qui n’a plus grand chose de biologique mais qui accueille chaleureusement les deux voyageurs. Il partagera leur épopée jusqu’au confins de l’Univers, là où l’infiniment grand est si difficilement concevable pour nous, pauvres mortels rivés sur notre éternel caillou, que des figures comme Galatée ou le Prophète prennent péniblement vie dans nos esprits étriqués. Viennent avec eux tout un tas de questionnements philosophiques pointus et son lot de concepts scientifiques difficiles à appréhender pour le commun des mortels (dont je fais partie), comme l’entropie, la fin de toute chose.
L’Observateur ne connaissait pas la linéarité du temps. Le passé et l’avenir existaient, à tout jamais solidaires, pour lui. Cela ne voulait pas dire que les événements suivaient, à ses yeux, une voie toute tracée. L’incertitude qui, pour les êtres formés de matière ordinaire, ne concernait que le futur, lui l’éprouvait dans les deux directions, dont l’écheveau formait système. La victoire ou la défaite ne se jouaient pas en un instant lointain, quand bien même des milliards d’années les séparaient encore de l’invasion que commettrait l’Ennemi, mais à chaque moment d’une chronologie, qui fluctuait sans cesse, sauf dans une étroite bande d’événements récents, comme des objets proches demeurent bien nets à celui qui les regarde, tandis que le lointain se trouve enseveli sous les brumes, dérobé à toute certitude.
Il reste une chose que je n’ai pas encore abordé dans ma chronique. Un sujet fâcheux, qui m’a beaucoup perdue dans ma lecture et m’a souvent fait décrocher. le style employé par l’auteur, non seulement des phrases parfois à rallonge, avec un champ lexical complexe, mais aussi des constructions narratives alambiquées, en particulier dans les dialogues. Je ne sais pas s’il s’agit d’une figure de style employée dans d’autres ouvrages, mais cela m’a beaucoup ennuyée dans ma lecture. Quelques exemples piochés par-ci par-là : « J’ai puni, rétorqua Astrée, cette méchante créature », « Je désire, enchaîna-t-elle, m’être trompée au sujet du destin des faunes » ou encore « Ce n’est pas, réfléchit Astrée, de la matière ordinaire »… Et ainsi de suite. Vous voyez le problème ?
Pour résumer, La Nuit du Faune est un ouvrage bien plus complexe qu’il n’y paraît à première vue. Romain Lucazeau réussi l’exploit de condenser un récit science-fictif ardu et pas à la porté du tout venant dans un texte qui reste malgré tout très poétique et enchanteur, quasi merveilleux. La complexité et les ambages de la structure narrative peuvent rebuter, mais l’histoire est si fabuleuse qu’elle mérite une lecture approfondie. Une aventure que je ne regrette pas d’avoir vécue.
Ma note









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