Quatrième de couverture : « Depuis la nuit des temps, des créatures immortelles appelées « Muses » vivent dans des univers contenus dans des peintures et se livrent à une lutte d’influence sur le monde.
Dans le monde réel, rien ne distingue une muse d’un être humain banal. Une Muse peut mourir, mais lorsqu’elle pénètre dans ses propres tableaux, elle rejoint son « royaume », un univers infini dans lequel la Muse est immortelle et impose sa propre esthétique.
Plus une époque est dominée par le courant artistique d’une Muse, et plus celle-ci gagne en puissance. À l’inverse, un courant démodé est vécu comme un drame par une Muse qui perd l’essentiel de son pouvoir et peut même mourir.
Parfois, un mortel est fasciné par la peinture, au point d’avoir l’impression d’entrer dans le royaume d’une muse, il découvre alors son propre potentiel : c’est le syndrome de Stendhal.
Mon avis
Les royaumes De Stendhal fait référence au fameux « syndrome De Stendhal, » un phénomène psychologique où une personne peut être submergée par une forte émotion, voire une forme de vertige ou de malaise, en se trouvant face à une oeuvre d’art d’une grande beauté ou d’une intensité saisissante. Ce syndrome porte le nom de l’écrivain Stendhal, qui avait lui-même décrit une expérience similaire lors de sa visite de la basilique Santa Croce à Florence, où il fut profondément ému par l’art qu’il contemplait.
Dans le contexte de ce recueil de nouvelles, l’évocation du syndrome De Stendhal souligne l’effet puissant que l’art et la beauté peuvent avoir sur l’esprit et les émotions. C’est ainsi que se développe le concept de la Muse dans les écrits des autrices et auteurs qui composent ce recueil. C’est un concept profondément ancré dans la tradition littéraire et artistique, il évoque l’idée d’une source d’inspiration qui stimule la créativité des artistes. Dans la mythologie grecque, les Muses sont neuf déesses qui représentent différentes formes d’art et de savoir. Elles sont souvent considérées comme les filles de Zeus et Mnémosyne (la déesse de la mémoire) et sont associées à des domaines spécifiques : Calliope pour la poésie épique, Clio pour l’histoire, Erato pour la poésie lyrique et érotique, Euterpe pour la musique, Melpomène pour la tragédie et le chant, Polymnie pour la rhétorique et l’éloquence, Terpsichore pour la danse, Thalie pour la comédie et Uranie pour l’astronomie.
Le tableau, dont les couleurs claires et lumineuses se détachaient sur le lambris sombre de l’élégante maison londonienne, avait la douceur onirique et vaguement irréelle des préraphaélites. Au premier plan, sur ce qui évoquait une terrasse de château ancien, une jeune femme alanguie attirait le regard sans effort les regards. Sa robe, ample et fluide, d’un vert légèrement plus vif que le céladon ou le jade, mettait en valeur la pâleur délicate de sa peau, le rose presque translucide de ses joues. Ses longs cheveux ondulés et mousseux, d’un blond vénitien aux riches nuances vermeilles, avivaient en écho les reflets d’ambre de ses yeux. Son expression indéchiffrable se présentait au regard comme une énigme. Un défi.
Les textes des seize auteurices rassemblés ici n’abordent malheureusement pas autant d’aspects artistiques car la majorité des nouvelles concernent la peinture, quelques unes l’écriture. Cela n’enlève rien cependant à la qualité des textes proposés ici, que l’on peut dans l’ordre que l’on souhaite sans perdre le fil. Pour ma part j’ai commencé par le récit d’Estelle Faye puis de Fabien Cerutti, deux auteurices que j’apprécie particulièrement. Je ferai pas un résumé de chacune des nouvelles, mais je me contenterai de lister les trois récits que j’ai préférés.
La nouvelle qui ouvre la voie de ces territoires éthérés, Au royaume de Doré, était une parfaite entrée en matière pour ce recueil. Augustin Begom nous y fait vivre une expérience singulière à l’intérieur même d’une toile dans laquelle la protagoniste se retrouvé plongée, avant l’ouverture d’une exposition consacrée à l’artiste Gustave Doré. Une aventure fantastique et fantasmagorique digne d’un George MacDonald que j’ai beaucoup apprécié.
Le texte proposé par Estelle Faye m’a singulièrement plu car l’autrice y dépeint une époque régie par des normes sociales étriquées. L’atmosphère y est sombre, lugubre, énigmatique, alors que le personnage principal tente de retrouver la femme rousse qui figure sur un tableau hérité de son grand oncle. Une quête insensée au final surprenant qui explore les thèmes de l’obsession à la manière d’un Oscar Wilde dans le Portrait de Dorian Grey.
Enfin, le texte de Silène Edgar, Jeune femme à la fenêtre, malgré sa brièveté, est d’une simplicité poétique et mélancolique, au travers d’une protagoniste qui reçoit d’étranges visites chaque nuit. Un récit sobre qui aborde la thématique du temps qui passe avec une sincérité désarmante. Une autrice que je découvre grâce à cette nouvelle et dont je vais m’empresser de lire d’autres de ses écrits !
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Fiche technique :
- Auteurices : Augustin Begom, Félix Traakki, Fabien Cerutti, Alex Mauri, Sydney Eight, Estelle Faye, Christophe Sambre, Anne Kauffmann, Célia Flaux, Carwyn Tomas, Jean-Sébastien Guillermou, Anne-Lorraine Wagner, Jean-Laurent Del Socorro, Audrey Errard, Nathan Luc et Silène Edgar
- Maison d’édition : Livr’S
- Pages : 238
- Parution : 16/09/2023
- Prix éditeur : 18 euros
- ISBN : 978-2-37910-137-3









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