Quatrième de couverture : Un jour lointain des tréfonds du Crétacé qu’un Tyrannosaurus rex s’agace d’un morceau de viande coincé entre ses énormes dents, une colonie de fourmis voisine prend le risque d’entrer dans sa gueule pour en faire son festin.
À partir de cet humble début va se développer au fil des siècles et des millénaires une civilisation symbiotique qui réalisera des progrès étonnants, atteindra des sommets vertigineux dans d’innombrables domaines scientifiques et sociaux, mais qui devra aussi affronter des dangers et savoir exploiter des opportunités à chaque tournant. Dans ce récit captivant, Liu Cixin, à son meilleur, parvient à décrire un monde qui aurait pu être.
Mon avis
Né en 1963 à Yangquan, Liu Cixin est ingénieur en informatique et écrivain à succès. Sa fameuse trilogie le problème à trois corps, parue initialement en épisodes dans le magazine « Science Fiction World » en 2006, lui valu de remporter le Prix Hugo du meilleur roman en 2015, faisant de Liu Cixin le premier auteur chinois à rafler cette récompense.
Dans sa novella Des dinosaures et des fourmis (traduction de Gwennaël Gaffric) il délaisse les vastes espaces cosmiques pour un récit plus introspectif et allégorique. Ce texte se situe à l’intersection de la science-fiction et de la fable, avec une réflexion sur l’évolution, la survie et la manière dont les individus ou les sociétés s’adaptent aux défis de leur environnement.
Si l’on condensait toute l’histoire de la Terre en une journée, une heure équivaudrait à deux cents millions d’années, une minute à trois millions trois cent mille ans et une seconde à cinquante-cinq mille.
La vie serait apparue à huit ou neuf heures du matin, quant à la civilisation humaine, elle n’aurait émergé qu’au dernier dixième de la dernière seconde de cette journée.
Ne vous attendez pas ici à découvrir un récit d’exploration des espèces préhistoriques. Des dinosaures et des fourmis imagine une collaboration fantaisiste entre sauriens et insectes grâce à laquelle les deux espèces auraient formidablement évolué jusqu’au point de mettre en place une véritable coopération pour assurer leur survie. À travers la personnification de ses personnages et un anthropomorphisme exacerbé, Liu Cixin nous pousse à réfléchir sur la dynamique de nos propres société humaines. En opposant ces deux espèces, l’auteur nous invite à considérer la place de l’individu et du collectif dans la société.
En ce jour, sur chaque continent, toutes les formes de vie étaient occupées à assurer leur survie. Dans ce monde encore obscur, elle ignoraient d’où elle venaient et ne se préoccupaient guère de savoir où elles allaient […] tout ce qui les occupait, c’était de savoir où trouver leur repas de la journée.
En transposant des problématiques humaines à celles de ses personnages, Liu Cixin met en exergue l’absurdité dont font preuve les sociétés humaines face aux crises environnementales, économiques ou même sociales. Peut-être que, tout comme les dinosaures, nous avons tendance à ignorer les signes de danger imminent, convaincus de notre puissance, tandis que les « fourmis », plus pragmatiques et solidaires, trouvent des solutions plus durables. Liu Cixin semble poser des questions sur l’évolution des civilisations : qu’est-ce qui nous permet de durer face aux épreuves ? Est-ce la taille, la force, l’intellect ou l’adaptabilité ? Et finalement, notre façon de vivre collectivement nous protège-t-elle ou nous condamne-t-elle ? C’est une réflexion que nous pouvons appliquer à notre monde et c’est ce qui rend ce texte si intéressant malgré son côté un peu déstabilisant.
Nous autres dinosaures pourrions écraser sans effort toutes les villes de fourmis de la planète en un jour ou deux. Dans ces conditions les fourmis n’oseront pas se livrer à des actes de sabotage du monde des dinosaures : ce sont des créatures parfaitement rationnelles, qui agissent selon un esprit mécanique, sans se laisser aller à la moindre émotion. Leur esprit ne leur permet pas de prendre des risques inconsidérés qui leur apporteraient plus de problèmes que d’avantages.
Le récit ne parvient pas toujours à être vraiment intéressant. La profondeur intellectuelle et les concepts scientifiques caractéristiques du style de l’auteur sont présents, mais parfois au détriment de l’immersion dans l’histoire elle-même. La narration est simple et malgré le côté symbolique original, elle semble distante et froide. Les idées que le livre propose sont intéressantes, mais la manière dont elles sont présentées peut déstabiliser, notamment en raison du manque de développement sur les personnages ou de situations narrativement engageantes. de plus, le style de Liu Cixin peut apparaître comme un peu trop hermétique par moments. L’écriture se prête davantage à une réflexion théorique qu’à une exploration immersive de l’univers ce qui rend la lecture quelque peu aride.
En fin de compte, Des dinosaures et des fourmis est une oeuvre qui, malgré ses aspects parfois déroutants et son rythme inégal, pousse à une réflexion sur l’évolution, la survie et les dynamiques de pouvoir. Toutefois, sa lecture n’est pas sans défauts : un style parfois trop froid, une narration distante et un manque de rebondissements qui n’est pas parvenu à me séduire. C’est une lecture qui saura plaire aux amateurs de science-fiction métaphorique, mais qui, pour ma part, m’a laissée sur ma faim.
Fiche technique
- Autreur : Liu Cixin
- Maison d’édition : Actes Sud
- Pages : 192
- Parution : 08/01/2025
- Prix éditeur : 21 euros
- ISBN : 978-2-330-20020-6









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