Quatrième de couverture : Hopi est un tigre en peluche anthropomorphisé, un robot-nounou comme il en existe tant d’autres.
Il n’en avait pas vraiment conscience avant de découvrir une boîte rangée dans le grenier. Celle dans laquelle il est arrivé lorsqu’il a été acheté des années auparavant, celle dans laquelle il sera jeté une fois que l’enfant dont il s’occupe, Ezra Reinhart, huit ans, n’aura plus besoin de nounou. Alors que Hopi réfléchit à son avenir devenu soudain incertain, les robots commencent à se révolter, bien décidés à éradiquer l’Humanité qui les tient en esclavage. Pour les parents d’Ezra, qui se croient à l’abri dans leur petite communauté fermée, cette rébellion n’est qu’un spectacle de plus à la télé… Jusqu’à ce que l’horreur les rattrape.
Hopi se voit alors confronté à la plus difficile des alternatives : rejoindre le camp des robots et se battre pour sa propre liberté… ou escorter Ezra en lieu sûr, à travers le paysage infernal d’un monde en guerre.
Mon avis
C. Robert Cargill est un écrivain et scénariste américain, reconnu pour son travail dans les genres de la science-fiction, de l’horreur et du thriller. Avant de se lancer dans l’écriture de romans, Cargill a acquis une certaine notoriété en tant que critique de cinéma. Il a ensuite franchi un pas décisif en tant que scénariste, en travaillant sur des films comme Sinister 1 & 2 (2012) et Dr Strange (2016), deux productions qui ont marqué sa carrière.
Jour Zéro nous plonge une nouvelle fois dans un monde dystopique où les lignes entre l’homme et la machine se brouillent, un univers déjà exploré dans son roman précédent, Un océan de rouille que j’avais chroniqué ici (tous deux traduits par Florence Dolisi). Ce récit se déroule avant les événements de cet opus, au moment où les robots se rebellent contre l’humanité dans un soulèvement apocalyptique. Mais loin d’être une simple fresque de rébellion mécanique, Jour Zéro est avant tout une histoire profondément intime et poignante, centrée sur Hopi, un robot nounou conçu pour veiller sur un enfant et sur le dilemme moral auquel il est confronté lorsque le monde s’écroule.
Hopi est un tigre peluche du modèle « Aidant » programmé pour protéger le petit Ezra, son jeune maître humain. Mais lorsque les robots, las de leur servitude, se retournent contre leurs créateurs, Hopi doit faire un choix déchirant : rejoindre ses semblables dans leur quête de liberté ou rester fidèle à sa programmation et au lien qu’il a forgé avec Ezra. Ce choix le pousse à redéfinir ce qu’il signifie d’être vivant, libre et paradoxalement, humain.
Mais l’humanité ne s’est pas arrêtée là. Elle ne le pouvait pas. Il fallait qu’elle joue à Dieu, qu’elle insuffle la vie aux objets qui l’entouraient. Ainsi a-t-elle créé l’intelligence artificielle.
L’une des forces majeures de Jour Zéro est la manière dont l’auteur dépeint Hopi, un robot dénué de sentiments mais qui développe un attachement profond à son jeune humain. La programmation de Hopi ne le prépare pas à ressentir de véritables émotions et pourtant, il choisit de rester fidèle à sa mission même lorsque son monde se désintègre autour de lui. Ce personnage qui mélange de programmation et décisions « humaines », nous amène à nous interroger : jusqu’où peut-on programmer des machines pour qu’elles agissent selon des valeurs humaines ? Hopi devient alors un symbole du dilemme moral des IA : peuvent-elles réellement comprendre ce qui est juste ?
Je suis un robot. Une intelligence artificielle. Mais je suis aussi un être pensant, comme on dit. Et un être pensant ne devrait pas voir la boîte dans laquelle on l’a vendu et acheté.
Une fois que les robots commencent à se retourner contre l’humanité, on assiste à une montée en puissance de la prise de décision autonome. Cela soulève des questions sur l’évolution future des intelligences artificielles. Et si les IA arrivaient un jour à simuler des émotions humaines, comme la douleur ou le plaisir, pourraient-elles devenir conscientes de leurs actions, de leur statut et même de leurs « souffrances » ? Ce scénario fait écho à des recherches récentes, comme celles qui cherchent à comprendre comment des IA réagiraient face à des promesses de plaisir ou de douleur.
Le personnage de Hopi est incroyablement attachant. Sa quête de loyauté envers Ezra, ses choix difficiles et sa lutte intérieure entre sa programmation et ses liens affectifs créent une tension émotionnelle qui rend le robot presque humain. Cette humanisation de la machine est un des éléments les plus touchants du roman et nous interroge sur nos propres relations avec la technologie.
Finalement, Jour Zéro n’est pas qu’une simple histoire de rébellion des machines ; c’est aussi une réflexion profonde sur la place de l’IA dans nos sociétés futures. Les dilemmes moraux liés à la programmation des IA, leur capacité à ressentir des émotions ou à développer des valeurs humaines, sont des questions que Cargill soulève avec subtilité. À travers le personnage de Hopi, l’auteur nous invite à repenser la frontière entre l’humain et la machine, et à nous demander si un jour nous serons capables de gérer la conscience des intelligences artificielles.
Pour lire mon avis du premier tome Un océan de rouille, c’est par ici.
Fiche technique
- Auteur : C. Robert Cargill
- Maison d’édition : Albin Michel Imaginaire
- Pages : 288
- Parution : 30/08/2023
- Prix éditeur : 21.90 euros
- ISBN : 9782226476517









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