Quatrième de couverture : Par une froide nuit d’hiver, dans un village de Pennsylvanie appelé Jericho, des filles d’une communauté religieuse découvrent dans une grange un buste féminin métallique ; un robot fabriqué par Profane Industries, une gigantesque entreprise locale qui, d’après la rumeur, élève des moutons comme des légumes.Pourtant, loin d’être effrayées, Lyddie et ses amies adoptent le buste féminin comme l’une des leurs. Elles la réparent et lui donnent un nom : Hard Mary. Sous leur aile bienveillante, l’étrange robot se comporte de plus en plus comme un humain. Toutefois, même dans une communauté repliée sur elle-même, les secrets ne restent jamais longtemps des secrets…
Mon avis
Sofia Samatar est une autrice américano-somalienne renommée notamment pour son roman Un étranger en Olondre (« A Stranger in Olondria »), qui a reçu le prix British Fantasy Award. Hard Mary (traduit par Patrick Dechesne) marque son retour dans le catalogue d’Argyll, dans la collection RéciFs dédiée aux courts récits écrits par des autrices du monde entier.
L’histoire de Hard Mary débute lors d’une froide nuit d’hiver dans le village de Jericho, en Pennsylvanie, où des jeunes filles d’une communauté religieuse semblable aux Amish découvrent un buste féminin mystérieux dans une grange.
La veille du Vieux Noël, une étrange nuit où les animaux prennent la parole et où les jeunes filles du village cherchent leur futur époux, un objet de métal va bouleverser le quotidien tranquille de la communauté. Alors que le village semble figé dans un autre temps, l’arrivée de cette machine créée par Profane Industries ébranle les certitudes de ses habitantes. Celles-ci, en particulier Lyddie et Mim, vont décider de prendre cette étrange entité sous leur aile, de lui donner des jambes et surtout de lui offrir une forme de liberté. Dans ce monde où le destin des femmes semble tracé dès la naissance, l’introduction de Hard Mary remet en question l’ordre établi, à la fois à travers les relations humaines et la nature même de la création.
Sofia Samatar fait bien plus que raconter une histoire qui tourne autour d’un robot. Elle interroge le formatage, qu’il soit technologique, social ou même personnel. Le robot, incarnation de l’humanité en métal, devient le miroir de ce que les femmes de Jéricho vivent : une existence dont la liberté est une illusion. C’est par le biais de la machine que l’autrice fait naître la possibilité de s’extraire du carcan de la société patriarcale et cette quête de liberté, à la fois intime et sociale, se fait au cœur d’un texte riche de poésie et de profondeur.
La mémoire, c’est ressentir à nouveau. C’est une question de chiffres. La chambre chaude et profonde. L’odeur de la bière. Les ficelles noires de ton bonnet sur ta gorge pâle. La mémoire, c’est sentir que quelque chose n’est pas là pour la première fois.
Les personnages de Lyddie, la narratrice, et Mim, la bricoleuse, sont superbement construits. Leur évolution au fil de l’année passée aux côtés de Hard Mary est saisissante, illustrant la manière dont on peut modifier sa trajectoire, même dans un cadre restreint. Les ellipses narratives renforcent ce sentiment d’intemporalité, comme si Jéricho était suspendu dans un autre espace-temps. Cette distorsion entre le temps et l’espace sert parfaitement la réflexion de l’autrice sur le destin et la liberté individuelle.
Ce récit court mais dense se termine sur une note ouverte qui, bien qu’elle puisse laisser un goût d’inachevé, vient en réalité renforcer le message sous-jacent de l’œuvre : il n’y a pas de fin écrite, seulement des possibilités, des choix à faire. Une réflexion sur la création, sur ce que cela signifie être libre, sur la question de l’identité et du destin.
Avec Hard Mary, Sofia Samatar offre une novella subtile et puissante, un texte qui interroge le monde d’aujourd’hui tout en étant résolument intemporel. Un petit bijou de réflexion sur l’humanité, la liberté et la transformation. Une lecture qui fait naître autant de questions qu’elle n’apporte de réponses, mais qui, par sa poésie et son intelligence, marque l’esprit longtemps après la dernière page.
Fiche technique
- Autrice : Sofia Samatar
- ME : Argyll
- Pages : 112
- Parution : 11/04/2025
- Prix éditeur : 9.90 euros
- ISBN : 978-2-494665-69-9









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