« Chaque lecture est un acte de résistance  » Daniel Pennac

Les itinérants, plaidoyer pour une science-fiction optimiste et solidaire

Résumé : Un solar punk brillant par une voix majeure de la SF italienne. À l’aube de l’effondrement de la civilisation occidentale, un groupe connu sous le nom des Pulldogs voit son existence bouleversée par une avancée révolutionnaire : les nanites, des nanorobots capables d’assembler des molécules pour créer de la matière. Ces technologies transforment leur rapport à l’alimentation et donnent naissance à une culture nouvelle, à la fois empreinte des traditions nomades et ancrée dans l’innovation. Délivrés des contraintes alimentaires, capables d’imprimer des objets en 3D et de puiser dans les vastes ressources du cloud computing, les Pulldogs choisissent une voie qui semble à la fois utopique et archaïque : un retour à l’essentiel, une quête de renouveau.
Mais cette nouvelle vie, aussi séduisante qu’elle puisse paraître, est-elle véritablement une Arcadie, ou cache-t-elle des défis insoupçonnés ? Les Itinérants est un roman Solar Punk où l’effondrement ouvre les portes d’une réinvention radicale, entre espoir et questionnements. Un roman qui se distingue par son engagement envers une science-fiction réfléchie, écologique et humaniste. C’est un texte qui propose des solutions autant qu’il interroge les conséquences du progrès, offrant ainsi une lecture enrichissante et inspirante.

Mon avis

Francesco Verso est un écrivain et poète italien. Il débute en 1996 avec Antidoti umani, finaliste du prix Urania Mondadori en 2004. Il remporte ce prix en 2009 avec Il fabbricante di sorrisi (e-Doll). En 2012, son roman Livido gagne le prix Odissea, puis le prix Cassiopea et le Premio Italia en 2014. De 2011 à 2013, il codirige la collection Avatar et fonde en 2014 Future Fiction, spécialisée en science-fiction. En 2015, il remporte une nouvelle fois le prix Urania Mondadori pour Bloodbusters. En 2018, il est élu meilleur éditeur aux prix Italia, et en 2019, il reçoit le prix Dragon d’or et l’ESFS Award pour son travail avec Future Fiction.

De siècle en siècle, l’humanité a cherché dans les entrailles de la Terre la lumière du soleil, piégée pendant des millions d’années sous forme d’immenses quantités de charbon, de pétrole et de gaz naturel. Ces ressources, apparemment illimitées, ont alimenté en premier lieu les machines à vapeur, et par la suite les dynamos et les moteurs à explosion de manière à donner un élan à ce que l’on nomme le « progrès technique ».
En revanche, afin que l’on continue à profiter de ces sources d’énergie, des millions d’êtres humains ont été contraints de quitter leurs logements et leurs terres, leurrés par l’illusion d’un meilleur travail, pour finir dans des usines mal éclairées et des bureaux angoissants, éloignés du passage des saisons et des anciennes coutumes des civilisations agraires.

Avec Les Itinérants (trad. Stephan Lambadaris), Francesco Verso offre un texte de solarpunk aux frontières de l’anticipation technologique et d’un transhumanisme communautaire. Dans une Rome post-fossile, traversée de contrastes socio-techniques et de mutations anthropologiques, Verso imagine un monde où l’utopie n’est plus une abstraction naïve, mais un engagement collectif et incarné dans la mobilité, la solidarité et une redéfinition radicale du travail.

Nous sommes devenus des êtres humains immobiles, statiques, au mieux assis et en tout cas toujours aidés par une série de prothèses. Notre corps — avant les nanites — était un vestige génétique, une ruine anatomique de la vie moderne : davantage de vitesse, d’endurance, d’efficacité. Foutaises : les prothèses démontrent précisément notre insuffisance biologique, les limites génétiques imposées par la nature.

Rome, loin d’être un simple décor, est un véritable personnage, réinventé dans ses rues, ses ponts, ses périphéries, comme un terrain de transformation sociale. La ville sert de toile de fond à une humanité en dérive mais toujours en mouvement, littéralement : les « Pulldogs », pousse-pousse humains, incarnent une nouvelle forme de transport urbain décarboné, mais aussi un mode de vie résistant à la normalisation technocapitaliste. Verso dresse un monde où les nanotechnologies, les exosquelettes, les imprimantes alimentaires 3D et les coopératives autogérées dessinent un avenir ni dystopique ni utopique, mais profondément plausible. La bascule du « sense of wonder » vers le « sense of wander » évoquée dans la préface d’Ugo Bellagamba résume bien cette SF itinérante, multiculturelle, pragmatique et enracinée.

Nous, sur le viaduc, nous sommes dans la nature et nous vivons l’utopie, nous la faisons avancer à force de jambes et de bras.

L’un des points forts du roman est sans doute son regard critique sur les dérives du capitalisme logistique et technologique, à travers notamment la figure glaçante de Globalzon, reflet à peine voilé des géants du e-commerce (Amazon). Francesco Verso imagine un futur où la décroissance, la mobilité douce, les communautés rurales autogérées et l’autonomie alimentaire forment les bases d’une alternative crédible à notre présent anxiogène. La Rome du futur devient ici un laboratoire d’expérimentations sociales et urbaines, captée avec une belle justesse sensorielle. Le récit regorge de détails techniques et d’idées prospectives bien documentées, parfois même trop, au point d’éclipser la force dramatique des situations.

Malgré des profils intéressants sur le papier – Miriam, mère dévouée confrontée à la chute physique et sociale de son fils Alan, ou Silvia, pousse-pousse farouchement indépendante – l’émotion ne prend pas vraiment. Les dialogues sonnent souvent justes, mais les personnages semblent davantage servir le propos idéologique du roman qu’exister pour eux-mêmes. On observe leur parcours, on comprend leurs motivations, mais on peine à vibrer avec eux. Cette distance émotionnelle est renforcée par une narration assez descriptive, qui favorise l’explication au détriment de l’immersion psychologique. On est plus dans l’essai romancé que dans le roman véritablement incarné.

L’ADN n’est pas immuable, au contraire, il évolue constamment dans le temps. C’est l’idée d’une intervention humaine sur un aspect aussi intime de la personne qui dérange beaucoup de bien-pensants, ceux-là mêmes qui ne veulent pas accepter que notre existence quotidienne modifie la conformation de l’ADN. L’entraînement du corps et l’éducation de l’esprit sont des activités liées à la structure du code génétique, mais personne n’a jamais eu l’idée de dire qu’elles corrompaient la nature humaine, bien au contraire.

Les Itinérants est un livre intelligent, engagé, qui bouscule les codes d’une science-fiction trop souvent dystopique pour proposer une voie lumineuse, même si difficile. La démarche est précieuse, surtout dans un genre encore dominé par le pessimisme. Mais ce roman qui donne beaucoup à penser ne donne pas toujours envie de ressentir. Sa beauté est surtout conceptuelle, et si l’on sort impressionné par sa construction et son message, on reste un peu sur sa faim sur le plan émotionnel.

Fiche technique

  • Auteur : Francesco Verso
  • ME : Mnémos
  • Pages : 300
  • Parution : 04 juin 2025
  • Prix : grand format à rabats 22.50 euros
  • ISBN : 978-2-38267-202-0

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