« Chaque lecture est un acte de résistance  » Daniel Pennac

Frank Merriwell à la Maison Blanche : un texte ironique au ton daté

Frank Merriwell à la Maison Blanche est une nouvelle satirique publiée en 1973 dans la revue de SF américaine Galaxy, puis un an plus tard dans sa traduction française (Galaxie n°121, juin 1974). Son auteur, Ward Moore (1903-1978), signe son premier roman de genre en 1947, Encore un peu de verdure, récit satirique du monde moderne et de ses dérives. Dans sa nouvelle, il imagine l’ascension au pouvoir de Frank Merriwell, candidat androïde au élections municipales qui réussi malgré son statut à gagner tous les sondages d’opinion et qui finit par arriver au pouvoir.

Un candidat créé de toutes pièces donc, mais qui échappe totalement à son créateur, Stevenson Woolsey : il ne suit pas les discours qu’on lui écrit, il improvise selon ses propres règles et surtout il refuse catégoriquement toute idée du progrès, qu’il considère comme une régression. Il décide de prendre le nom de Frank Merriwell, un personnage populaire de romans jeunesse de la fin du 19ème siècle, pour incarner la figure du héros américain par excellence.

— Vous pouvez m’échapper physiquement, remarqua Ten Bosch, mais vous ne pouvez pas échapper à votre programmation. Il est vrai que vous avez des choix multiples, mais la décision finale m’appartient. Vous serez toujours ma créature.

— Cela reste à prouver, dit le robot avec confiance.

Pour le lectorat contemporain, plusieurs aspects du texte sont plus difficiles à apprécier. Ward Moore conserve un point de vue profondément daté sur les femmes, réduites à des rôles secondaires ou symboliques, et très caricaturales. De nombreuses réflexions à la limite du racisme, de l’antisémitisme, du sexisme ponctuent le texte et m’ont profondément dérangée. De plus, le récit est saturé de références historiques et culturelles très situées, fortement liées à la politique et culture américaine de l’époque, et plus ancienne parfois. Sans les notes explicatives de l’éditeur, beaucoup d’allusions seraient quasiment incompréhensibles. Mais cela alourdi considérablement la lecture et on perd rapidement le plaisir de la satire.

— Le candidat-machine, disait-il, est contre le progrès. Vous savez ce que cela veut dire mesdames ? Plus de nylons, plus de gaines, plus de machines à laver, plus de téléphone, de radio, de télévision. Plus de vote des femmes. Qu’est-ce que vous dites de ça ? Retour aux planches à laver, aux poêles à bois, aux fers à repasser de nos grands-mères, aux chandelles de suif, aux lessiveuses, aux bottines à boutons, et vous n’aurez plus le droit de dire quoi que ce soit. Seuls vos seigneurs et maîtres pourront le faire, juste comme au bon vieux temps d’avant le progrès. Les hommes voteront et vous ferez les corvées. Plus d’aspirateurs, de produits congelés, de grille-pain, de percolateurs, d’expressos, de salon de beauté, même plus de rouge à lèvres…

Ainsi, Frank Merriwell à la Maison-Blanche se lit à plusieurs niveaux : comme une satire politique et sociale, une réflexion sur le progrès, mais aussi comme un document culturel d’époque, qui nous montre les codes et préjugés d’une Amérique passée. On peut tout de même noter la réflexion ironique et la liberté créative de son auteur qui sont les seuls aspects positifs que je relève de ce texte. Rien d’inoubliable, et rien de très novateur en somme.

Note : 2 sur 5.

Fiche technique

  • Auteur : Ward Moore
  • ME : Le passager clandestin / Collection Dyschroniques
  • Titre original : Frank Merriwell in the White House
  • Parution : octobre 2014
  • Parution originale : 1973
  • Traduction : A. Duffaud, revu et annoté par Dominique Bellec
  • Pages : 80
  • Prix : 6€
  • ISBN : 9782369350217

One response to “Frank Merriwell à la Maison Blanche : un texte ironique au ton daté”

  1. Avatar de tampopo24

    Dommage parce que le concept, comme souvent en SF, était intéressant mais pas sûre de supporter les points négatifs que tu soulèves… Par contre, si un auteur actuel veut reprendre l’idée, je suis preneuse !

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