Les ouvrages du Label619 des éditions Rue de Sèvres m’ont rarement déçue. Entre les œuvres de Mathieu Bablet, les Midnight Tales, Mutafukaz et autres DoggyBags, il est difficile de tomber sur un opus décevant. Et pourtant, tout arrive. Je n’avais pas d’attentes particulières au sujet de Le chemin derrière la maison, de Jérémie Gasparutto, si ce n’est de faire une nouvelle chouette découverte dans un label que j’affectionne. A son sujet, j’ai souvent vu revenir le mot « atypique » dans les différents avis que j’ai pu lire. Et en effet, c’est le cas. Atypique dans sa construction narrative, atypique dans son schéma actanciel, atypique dans sa structure graphique. C’est clair qu’on est sur un ouvrage à la marge, assez loin finalement de ce que le Label619 a l’habitude de nous offrir. J’aime habituellement les œuvres qui se distinguent, celles qui ouvrent d’autres voies, qui proposent autre chose. Pourtant, Le chemin derrière la maison n’a pas du tout eu l’effet escompté sur moi. Au contraire, j’ai même été totalement hermétique à son style et au(x) message(s) que Jérémie Gasparutto a voulu faire passer.
Merci au monde de s’être fait si beau et étonnant pour qu’on y vive. Merci aux pierres, aux montagnes, aux forêts, mers, lacs, rivières, ruisseaux et sentiers, à tous les êtres secrets et merveilleux qui les peuplent.
Pour être honnête, je n’avais pas vraiment lu d’avis au sujet de cette œuvre graphique avant qu’on me l’offre. Je l’avais vue passer sur le compte du Label619 et je me suis empressée de l’ajouter à ma liste de souhaits, car je fonce les yeux fermés lorsqu’il s’agit de ce label. D’autant plus qu’il s’agit d’un artiste assez peu connu qui a travaillé sur quelques opus de DoggyBags, et dont c’est la première véritable œuvre graphique en solo. Il faut tout d’abord noté le soin apporté à l’ouvrage de 150 pages qui se présente dans un écrin impeccablement travaillé, avec bordure en tissu violet, un grand format de 25.2x34cm et une couverture inquiétante à mi-chemin entre le fantastique et l’horrifique. Cette excellence éditoriale est habituelle au Label619 et c’est très appréciable de constater que leur travail est toujours à la hauteur.

Lorsqu’on se plonge dans l’œuvre, on se trouve avant tout émerveillé par la qualité des graphismes. L’utilisation de contrastes forts entre les couleurs et le noir, le soin apporté à chaque dessin, la profusion de petits détails dans chaque planche, c’est un régal pour les yeux. Malheureusement, cette délectation visuelle est rapidement éclipsée par la narration cryptique à la laquelle j’ai été totalement hermétique. Le chemin derrière la maison se veut avant tout une œuvre personnelle et expérimentale. L’ouvrage ne nous prend pas par la main pour nous emmener dans son propos, soit on se laisse emporter, soit on reste sur le bord de la route. Et je suis restée de côté tout le long des 150 pages, sans jamais réussir à rattacher les wagons de cet enchevêtrement de scènes qui n’ont eu aucune signification pour moi. Le gros problème c’est que, malgré un travail éditorial impeccable, rien ne prépare le lectorat à un album de cet acabit. Le propos est très décousu, il n’y a aucune histoire à proprement parler. Il s’agit d’un enchaînement de situations qui évoquent l’histoire de l’humanité, le sort de la planète. Mais personnellement, je n’ai absolument pas compris l’intention de l’artiste ni le choix de proposer ce type de narration très subjective et désincarnée. J’ai lu certains avis qui évoquent la poésie, le cycle de la vie, la douceur face à la violence, un hommage au temps qui passe. Pour ma part, j’y ai seulement décelé un trip existentiel sans queue ni tête, assez peu lisible et trop perché pour être véritablement prix au sérieux.



Je suis consciente que c’est le parti pris de Jérémie Gasparutto que de proposer une œuvre en marge à la narration singulière. Mais ce genre de pari, ça passe ou ça casse. Malheureusement pour moi, ça a complètement cassé et j’ai refermé l’album avec un sentiment de déception profond, j’ai eu l’impression d’avoir été trahie. C’est également le sentiment partagé par pas mal de monde parmi les personnes qui l’ont lu. Alors oui, le résumé pouvait laisser penser à une histoire très singulière. Mais de là à offrir si peu, je ne m’y attendais pas. Pourtant, j’ai lu quelques avis très positifs à son sujet, bien que je ne les rejoins absolument pas. En fin de compte, si vous pensez découvrir une histoire fantastique/horrifique avec Le chemin derrière la maison, passez votre chemin, car vous serez forcément déçu.e. Par contre, si vous aimez les expériences de lecture singulière et perchées, alors là foncez car cet ouvrage est fait pour vous.
Des gens qui ont plus aimé que moi -> Les amis de la BD, Chroniques comics, Manitas de platas

Fiche technique
- Titre : Le chemin derrière la maison
- Auteur/illustrateur : Jérémie Gasparutto
- ME : Rue de Sèvres
- Collection : Label 619
- Parution : 21 janvier 2026
- Pages : 152
- Dimensions : 25.2x34cm
- Poids : 1130 g
- Prix : 27.90€
- EAN : 9782810205462








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