La vieille anglaise et le continent est une novella de moins de 100 pages écrite par la romancière et nouvelliste française Jeanne-A Debats, publiée initialement en 2008 aux éditions Griffes d’encre. Quatre prix lui ont été décernés pour ce texte : le prix Julia Verlanger, le prix Rosny aîné, le Grand Prix de l’Imaginaire et le prix du Lundi (ou grand prix de la SF). Autrement dit, une véritable consécration pour ce court récit de science-fiction, qui a même eu droit à sa version bande-dessinée en 2023 chez Drakoo, par Stefano Martino (dessin et couleur) et Valérie Mangin (scénario).

Cette fois-ci, ce sont les éditions ActuSF qui rééditent ce récit dans leur nouvelle collection Nagori, dédiée aux textes courts de l’imaginaire. Pour ma part, je n’ai lu l’autrice qu’à travers des anthologies et donc des nouvelles de quelques dizaines de pages (les anthologies des Utopiales et Par-delà l’horizon notamment). Je sais pourtant qu’elle est très prolifique et qu’elle a publié de nombreux ouvrages, comme Métaphysique du vampire en 2022, Eschatologie du vampire en 2017 ou plus récemment, Le rêve sous le pavillon noir, en 2025.
La vieille anglaise et le continent nous plonge (littéralement) dans un futur technologique assez proche. Ann Kelvin, militante écologique de longue date réputée pour son caractère grincheux, se trouve sur son lit de mort. Mais avant de rendre son dernier souffle, des scientifiques lui proposent de tester une toute récente technologie qui permettrait de transférer sa conscience dans un cétacé. Rien que ça ! Évidemment Ann Kelvin accepte, car le but est avant tout de protéger les mammifères marins de la chasse et de mieux comprendre leur fonctionnement. Ce procédé m’a quelque peu rappelé la nouvelle de Ray Nayler, Défense d’extinction, dans laquelle l’esprit d’une scientifique est transféré non pas dans un cachalot, mais dans un mammouth. L’aspect clairement militant et écologique du propos m’a d’emblée emballée, quand on sait que les baleines sont aujourd’hui menacées d’extinction à cause de la surpêche.
Au XIXe siècle, les populations de grands cétacés se comptaient en centaines de milliers d’individus.
En 2005, 71 000 cachalots, 50 000 rorquals communs, 11 000 grands rorquals bleus, 5 000 baleines à bosses, 3 000 baleines franches croisaient encore dans nos eaux. Certaines sous-espèces ne comptaient déjà plus que quelques centaines d’individus, ce qui ne constitue pas un réservoir génétique suffisant et viable.
Comment vous dire donc que l’histoire portée par la plume de Jeanne-A Debats m’a conquise. D’un côté, l’aspect scientifique est assez convaincant, même si 80 pages est un format assez court pour développer toutes ses idées. De l’autre, la fiction, pertinente et critique, qui met en scène les pensées de la vieille femme alors qu’elle se trouve dans le corps d’un cachalot. Le style de l’autrice est splendide, son récit coule de source sous sa plume satinée, qui n’oublie jamais le but premier de son récit, à savoir la destruction des écosystèmes marins, la surpêche et le mur dans lequel fonce l’humanité. J’ai adoré me retrouver du point de vue de cette baleine et de découvrir tous les prodiges dont sont capables ces merveilleux animaux, de leur mode de communication à leur façon de se nourrir. Quelques frayeurs aussi, je ne le cache pas, moi qui suis un peu thalassophobe sur les bords, lors de scènes dans les fonds océaniques à la recherche de calamars géants.
La narration est alternée entre les scènes contées du point de vue d’Ann-baleine, puis des scènes qui nous détaillent de quelle façon cette prouesse technologique a été mise en place, avec toute la réflexion entamée par l’équipe scientifique et les démarches réalisées pour transférer la conscience de la vieille femme dans le cétacé. Les premiers pas d’Ann dans la peau d’un de ces animaux est absolument magique. On se met vite à sa place également, imaginant les sensations fabuleuses que la protagoniste peut ressentir, elle qui était au seuil de la mort. La vieille anglaise et le continent est décidément un récit touchant et sensible, qui éveille au sort de ces mammifères marins en danger. Et plus de 20 ans après la première publication de ce récit, le combat est toujours d’actualité.
La fin de l’histoire, que je ne vous divulgâche pas, est tout aussi belle. C’est un récit que l’on aimerait voir durer encore un peu plus, car il reste relativement court. Mais je comprends mieux maintenant pourquoi il a gagné autant de prix à l’époque de sa publication. C’est tout simplement un petit bijou. Un grand merci aux éditions ActuSF d’avoir réédité ce texte pour nous permettre de le (re)découvrir !
Ouvrage reçu dans le cadre d’un partenariat non rémunéré avec ActuSF.
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Fiche technique
- Autrice : Jeanne-A Debats
- ME : ActuSF
- Collection Nagori
- Parution initiale : juin 2008
- Réédition : mai 2026
- Pages : 112
- Prix : 10.90 euros
- ISBN : 978-2-37686-736-4
Résumé éditeur : Certaines propositions ne se refusent pas.
Même lorsque vous êtes une très vieille eco-warrior acariâtre à l’agonie.
Même si l’offre va à l’encontre de tous les idéaux que vous avez défendus pendant des années.
Votre esprit va être transféré dans le corps d’un grand cachalot, un des derniers de son espèce.








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