J’avais de belles attentes concernant Au creux des étoiles, roman d’Emmanuel Brière le Moan, qui fait son entrée au catalogue de Mnémos. Si le texte foisonne de bonnes idées, le roman présente selon moi bien trop de défauts pour me convaincre totalement et m’a laissé un goût d’amertume une fois refermé. L’ouvrage très court, moins de 200 pages, part dans tous les sens et aurait mérité d’être recentré pour exploiter correctement les idées proposées par l’auteur. D’autant plus que le résumé divulgâche un des points les plus importants du roman, alors que l’effet de surprise aurait probablement mieux fonctionné si cet élément ne nous était pas dévoilé en amont. Je vais essayer d’expliquer au mieux ce qui m’a déplu dans cet ouvrage.
Tout d’abord, un peu de contexte. Au creux des étoiles débute par un recrutement, celui d’une centaine de personnes, par l’armée des États-Unis, pour une mission de la plus haute importance : sauver l’humanité. Je lève déjà les yeux au ciel. Encore l’armée américaine qui sauve la Terre. On peut tout écrire en imaginaire, mais les clichés perdurent. Bref. On suit l’enrôlement de Julius Harrison, un jeune homme plutôt banal si ce n’est qu’il excelle dans la pratique des jeux vidéos. Le rapport avec le fait de sauver la planète, me demanderez-vous ? Lui ainsi que les quatorze autres personnes retenues après une stricte sélection devront subir un entraînement intense dans des mondes virtuels plus vrais que nature, après s’être fait implanter une sorte de port électronique dans la nuque pour se lier directement aux interfaces. Durant toute cette première partie nous est donc présentée cette équipe mixte entraînée pour nous sauver d’une menace dont on peine pour le moment à saisir les contours. Il y a Julius, bien évidemment, et puis Maiko, Nour, Gabriel, ou encore Joe. Recrutés dans les quatre coins du monde. Je n’ai toujours pas compris l’intérêt pour l’armée d’enrôler des gamers pour mener à bien la mission. D’accord, ils sont à l’aise avec les simulations. Mais les pilotes de chasse ou de sous-marin aussi, non ? Pourquoi engager des civils pour une mission aussi importante ? Ce début m’a semblé un peu trop bancal pour être crédible, d’autant plus que les personnages ne sont pas vraiment attachants, les dialogues très convenus et leurs aventures virtuelles toutes plus incompréhensibles les unes que les autres. Du roi Arthur en pleine seconde guerre mondiale à Mary Shelley combattant des zombies ailés, je n’ai absolument rien compris à l’intérêt pour faire avancer l’intrigue, et surtout, à ce stade, on ne sait toujours pas quelle menace pèse sur la Terre.
La deuxième partie démarre après que les consciences des quatorze membres de l’escouade ont été transférées dans des neurovaisseaux par une entité extra-terrestre qui les charge de découvrir leurs origines communes. C’est là que le résumé divulgâche le récit selon moi, car il s’agit d’un twist totalement inattendu dans l’histoire. C’est plutôt malvenu de la part d’un éditeur de dévoiler de la sorte un élément aussi important de l’intrigue en quatrième de couverture. Toujours est-il que le récit prend un virage totalement surprenant en transformant les personnages en objets inanimés incapables de ressentir des émotions. Et on apprend enfin quelle menace pesait sur l’humanité, et de quelle façon elle a péri. Là encore, je n’ai pas réussi à faire le lien entre les éléments. Comment l’armée américaine était-elle au courant de cette menace, et surtout, pourquoi avoir choisi de lutter de cette façon ? Pourquoi des civils inexpérimentés pour s’entraîner dans des simulations sans queue ni tête ?
En tout cas, les neurovaisseaux, lancés dans l’infiniment grand, vont naviguer de planète en planète, parfois distantes de plusieurs centaines d’années lumières les unes des autres, à la recherche de l’origine de l’humanité. Tout simplement. Avec comme commanditaire un Cervidien, un être issu d’une civilisation extrêmement ancienne, qui les guide dans leurs missions en récitant les caractéristiques de chaque planète et chaque civilisation à la manière d’un Jerry qui envoie les Totally spies en mission. Un peu trop rigide à mon goût, l’auteur laisse trop peu de place à la spontanéité et cela se ressent fortement dans le récit. En revanche, toute la partie exploration est vraiment plaisante. On découvre des planètes aux biomes totalement différents de la Terre, des planètes abritant des formes de vie rudimentaires mais intelligentes, des extra-terrestres et des civilisations extraordinaires. Pourtant, il me manquait ce petit côté « sense of wonder » que j’aime retrouver dans les romans d’exploration spatiale. Cela m’a fait penser à l’excellent La nuit du faune, de Romain Lucazeau, mais on ne peut pas dire qu’Au creux des étoiles en soit à la hauteur.
Peu à peu, le neurovaisseau Julius se retrouve seul, dernier représentant de l’humanité, après avoir perdu ses compagnons un à un. Je dois dire que leur disparition n’a provoqué en moi aucune réaction, tant l’attachement que j’ai eu pour ces personnages était inexistant. Le voyage de Julius approchant de la fin, on sent que tout est précipité. Face à l’ultime créature, à l’origine de la vie sur Terre, je n’ai pu m’empêcher de faire le parallèle avec la grande race de Yith des écrits de Lovecraft. Là aussi, l’incompréhension règne. Pour la faire courte, cet être très ancien explique que sa race a disséminé de l’ADN dans l’univers dans l’espoir de pouvoir converser et échanger une fois que les créatures auraient atteint un stade de développement intellectuel suffisamment élevé. En gros, ils voulaient des copains avec qui parler. Sauf qu’ils préfèrent vivre reclus dans le cosmos et donc personne n’est au courant de leur existence. C’est assez paradoxal. Pour conclure rapidement avec le dénouement, il a encore moins de sens que tout le reste et se termine de façon très brutale, sans que quoi que ce soit ne soit expliqué ou résolu.
Emmanuel Brière le Moan a voulu faire un roman d’envergure, mais selon moi, ses ambitions dépassaient largement sa capacité à nous embarquer dans une intrigue grandiose de science-fiction qui coupe le souffle. Le style est très décousu, on peine à suivre le fil narratif, si tant est qu’il y en ait un, le récit foisonne d’idées mais l’exécution n’est pas à la hauteur. Il aurait été plus intéressant de prendre l’intrigue dans l’autre sens : des neurovaisseaux qui ne savent plus qui ils sont, et qui, petit à petit, redécouvrent qu’ils étaient humains et qu’ils proviennent de la planète Terre. Je ressors de cette lecture profondément déçue, car j’affectionne les histoires de SF monumentales, celles qui émerveillent et qui font ressentir le vertige du « sense of wonder », tout comme celles un peu plus expérimentales et loufoques mais qui restent compréhensibles. Tout ce que je n’ai pas eu avec Au creux des étoiles. Dommage.
Ouvrage reçu dans le cadre d’un partenariat non rémunéré avec les éditions Mnémos.
D’autres avis dans la blogosphère : Le nocher des livres, Just a word, L’épaule d’Orion

Fiche technique
- Auteur : Emmanuel Brière le Moan
- ME : Mnémos
- Couverture : Vincent Laïk
- Parution : 18 mars 2026
- Pages : 208
- Prix : 19 euros -format broché avec rabats et vernis sélectif
- ISBN : 978-2-38267-249-5
Résumé éditeur : Pour Julius Harrison, un gamer criblé de dettes, les simulations semblent une échappatoire idéale. Mais la vérité est terrifiante : la Terre est tombée, anéantie. Son cerveau, comme ceux de quatorze autres recrues d’élite, a été brutalement extrait et inséré dans un neurovaisseau par des êtres que l’on nomme les Cervidiens. Leur mission ? Débusquer l’origine de l’intelligence dans la galaxie. Au fil de ce voyage vertigineux, ils affrontent des dangers insoupçonnés, rencontrent des civilisations aux logiques étrangères,
et voient leur propre identité se dissoudre dans l’immensité cosmique. Entre amnésies temporaires et transformations radicales, leur quête les mène aux confins de l’univers, là où le sens même de l’existence se redéfinit.
Roman de science-fiction foisonnant, véritable
épopée cosmique, Au Creux des étoiles interroge
notre rapport au corps, à la conscience et aux
origines de l’espèce humaine.








Laisser un commentaire