J’ai profité de la sortie en audio sur Nextory du premier opus de la saga La voie de l’Oré pour me plonger dans l’univers steampunk de Marie Fabre, jeune autrice française qui signe avec ce tome 1 son premier roman publié aux éditions Naos, branche young adult de l’éditeur Mnémos. Paru en janvier 2025, La voie de l’Oré, tome 1 : Le maître de l’anarchie nous emporte dans un récit d’enquête en plein cœur d’une révolution industrielle semblable à celle de Londres à la fin du XIXème siècle. Sauf qu’à la place de charbon et de machines à vapeur, un tout nouveau matériau est exploité pour ses formidable vertus : l’Oré.
Bienvenue à Bohème, cité fascinante aux accents steampunk, tiraillée entre progrès industriel et profondes inégalités sociales. On y suit Hatcher, jeune reporter ambitieux pour Le Mot Liber, au passé qu’il préfère taire. Un personnage qui, je ne vais pas le cacher, ne m’a immédiatement séduite. Il a ce mélange de cynisme et d’idéalisme un peu cabossé, cette volonté de réussir coûte que coûte tout en étant constamment rattrapé par ses origines. Coincé entre deux mondes, celui de l’élite qu’il côtoie et celui des bas-fonds d’où il vient, il offre un point de vue particulièrement intéressant sur les fractures sociales qui traversent le récit.
Sans l’Oré, l’humanité en serait encore à ses prémisses en matière d’industrie et d’innovation. La découverte de ses capacités treize ans plus tôt avait révolutionné le monde et continuait de le faire. Extrait de l’Orélie, minerai qu’on puisait dans des mines en amont du Daisy, le fleuve séparant chaque rive de Bohème, l’Oré permettait des prouesses. Par l’émission continue de rayons, il générait une énergie condensée qui, une fois placée dans un mécanisme adapté à sa captation et son exploitation, comme des générateurs, était convertie pour tout type de production. Le chauffage d’intérieur, la téléphonie, l’éclairage dans les maisons et dans les rues, les moteurs des voitures les plus récentes et même les centrales alimentant tout Bohème en électricité fonctionnaient sur ce principe. Et l’Oré n’avait pas fini de se révéler.
Côté intrigue, le récit est tissée de plusieurs fils. Une biographie à écrire, une mystérieuse maladie qui gangrène les quartiers pauvres, et une série de meurtres à résoudre. Dit comme ça, ça peut sembler beaucoup, et ça l’est un peu. Mais tout finit par se rejoindre de manière assez logique. Même si, je l’avoue, j’ai parfois trouvé le rythme un peu inégal, notamment dans la dernière partie où certaines longueurs se font sentir, et où certaines révélations étaient assez prévisibles.
Mais là où le roman fonctionne vraiment bien, c’est dans ses personnages et leurs relations. J’ai particulièrement apprécié Willem, figure à part dans cette haute société codifiée, et les échanges qu’il partage avec Hatcher, souvent plus riches que l’intrigue elle-même. À l’inverse, la relation avec Agnès m’a laissée un goût plus mitigé. Intéressante sur le papier, mais parfois un peu en retrait ou trop lisse à mon goût.
Il faut toujours que le pire arrive pour que les puissants de ce monde décident de s’acheter une conscience, mais ça ne change rien au fait qu’à l’origine, ils n’en ont pas.
La plume de Marie Fabre se distingue un style plutôt soutenu et travaillé, qui colle bien à l’univers d’inspiration fin 19ème et révolution industrielle. Le vocabulaire est étudié, parfois un peu exigeant, au service de l’immersion dans cette société en plein essor industriel. On sent une volonté de donner de la densité au texte, autant dans la forme que dans le fond. Il y a aussi un côté très descriptif que l’autrice prend le temps d’installer. Elle y pose son décor, ses ambiances, ses dynamiques sociales. Sa plume est loin d’être minimaliste. Résultat, on visualise très bien la ville, ses différents quartiers, ses contrastes.
La version audio du roman, que j’ai écoutée sur Nextory, apporte une touche d’immersion supplémentaire. Le roman est interprété par Loïc Richard, un narrateur unique pour l’ensemble du texte. Ce choix de narration en voix seule donne une certaine homogénéité à l’écoute, ce qui fonctionne bien pour un récit centré sur un personnage principal comme Hatcher et une atmosphère bien construite.
Un mot finalement sur le travail apporté à l’ouvrage avec une couverture signée Brooke Pan, artiste qui a illustré les trois tomes de la saga ainsi que d’autres ouvrages des éditions Naos, comme La dernière archive, de Camille Sirieix, ou Les silences de Mona, de Nora Lake. Je trouve que l’illustratrice a fait un formidable travail et que l’ambiance de cette couverture colle parfaitement à celle du récit, la dualité entre les quartiers pauvres et la haute société, les couleurs froides et ternes qui rappellent l’industrialisation, cette silhouette de dos à moitié cachée dans les nuages… Je trouve l’ensemble très réussi, et encore plus lorsque l’on met les trois tomes côte à côte. il y a une progression de la lumière et de la couleur que je trouve très intéressante, j’y vois l’avancement de l’enquête vers la vérité, plus on s’en approche, plus la lumière se fait sur les événements. Le ciel au départ sombre et nuageux se découvre pour laisser filtrer la lumière du soleil. Les prestigieux bâtiments sont peu à peu réduits à des ruines, les ruines d’un ancien monde que la vérité est venue ébranler. Une belle façon de faire résonner le récit dans les couvertures.



Pour conclure, La voie de l’Oré n’est pas un roman parfait. Il y a quelques facilités, quelques longueurs, et un léger excès de dramatisation sur la fin. Mais il y a aussi une vraie maîtrise dans la construction de l’univers, une écriture soignée, et surtout cette capacité à maintenir une tension palpable qui donne envie de continuer. Et même si ce premier tome pourrait presque se suffire à lui-même, difficile de ne pas être curieuse de voir où tout cela va mener.

Fiche technique
- Autrice : Marie Fabre
- ME : Naos
- Illustration : Brooke Pan
- Parution : 22 janvier 2025
- Pages : 352
- Prix : 22 euros
- ISBN : 978-2-38267-174-0
- Version audio : VOolume
- Narrateur : Loïc Richard
- Durée : 12 h et 49 min








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