Résumé : D’ici un siècle, peut-être davantage.
Au fin fond de la taïga russe, des milliers d’années après leur disparition, les mammouths foulent à nouveau la Terre… et meurent. Mais si le clonage d’ADN exhumé du permafrost dont ils sont issus garantit l’inné, il n’assure en rien l’acquis. Désarmés, sans le savoir et l’expérience des matriarches d’une génération antérieure inexistante, les géants dépérissent. Or, il existe peut-être une solution : Damira Khismatullina, éthologue de renommée mondiale, spécialiste des pachydermes qui a dédié sa vie à la défense des éléphants du continent africain — en vain. À cette nuance près que Damira a été assassinée par des braconniers il y a bien longtemps. Qu’à cela ne tienne : les scientifiques russes disposent d’un atout. Effrayant, terrible, résolument contre-nature…
Mon avis
Ray Nayler confirme son talent avec cette novella Défense d’Extinction, intégrant pour la première fois la prestigieuse collection Une Heure-Lumière du Bélial’. Ce court texte mêle science-fiction écologique, réflexion sur la conscience animale et une intrigue tendue autour d’une technologie audacieuse : la désextinction des mammouths (pas facile à prononcer, je vous l’accorde).
Le récit s’ouvre sur la figure tragique de Damira Khismatullina, éthologue passionnée, défenseuse des éléphants jusqu’à son assassinat par des braconniers sans scrupules. Sa conscience est alors transférée dans un corps de mammouth dans un futur où ces pachydermes ressuscités évoluent dans la taïga russe pour tenter de freiner la catastrophe climatique. Cette idée singulière et parfois déstabilisante est le moteur d’une narration qui alterne entre points de vue humains et non humains, créant un contraste puissant entre ces deux mondes qui entrent en collision.
Vous êtes le seul esprit qui existe, sous quelque forme, à connaître la culture des éléphants. L’ultime individu en liberté a disparu voilà plus d’un demi-siècle. Nos mères porteuses vivent en captivité, comme tous les pachydermes qu’elles côtoient. La culture propre à l’éléphant sauvage est morte ici-bas, sauf en un lieu : votre mémoire.
L’univers mis en place demande un petit effort d’adaptation, notamment en raison des sauts temporels et des multiples focalisations qui peuvent déconcerter au début. Mais une fois immergé, on est happé par la complexité des enjeux : l’éthique de la désextinction, la survie d’espèces menacées, la violence du braconnage et la fragilité des écosystèmes.
Le nombre de pachydermes tués est incommensurable – des animaux massacrés par dizaines de milliers, pourchassés par les chasseurs d’ivoire jusqu’à ce qu’il n’en subsiste plus, ou presque, à l’état sauvage. Chaque nouvel abattage rappelle l’ampleur de la boucherie, qui est à l’image de ses victimes : gigantesque. Un acte sans mesure de la cruauté humaine.
Le style de Ray Nayler, clair et précis, soutient bien ce propos engagé, même si le texte, dense et court, peine parfois à approfondir certains aspects narratifs et personnages secondaires. La novella navigue donc entre science spéculative et réflexion écologique, sans toutefois sacrifier une émotion palpable qui fait enrager face aux dégâts causés par l’humanité.
On détruisait un animal pour en faire une représentation inanimée, taillée dans ce qui avait été un morceau de son corps, une dent, un outil. Un bout de sa vie.
En résumé, Défense d’Extinction est une lecture stimulante qui pousse à réfléchir sur notre rapport aux autres formes de vie et à notre responsabilité face à la planète. Elle ne révolutionne pas le genre mais elle marque les esprits par son audace et sa sensibilité. Un incontournable pour les amateurs de SF éthique, même si le dépaysement initial peut freiner certains lecteurs.
Fiche technique
- Auteur : Ray Nayler
- ME : Le Bélial’
- Pages : 160
- Parution : 22 mai 2025
- Prix :
- Livre broché avec rabats : 12.90 euros
- Numérique : 6.90 euros
- ISBN : 978-2-38163-177-6









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