Résumé : Alfie est un robot d’assistance pour le quotidien, doté de la meilleure technologie d’Intelligence artificielle. Il est au courant de tout ce qui se passe dans le foyer et remarque que son propriétaire passe moins de temps chez lui et cache des choses à son épouse. Lorsque cette dernière disparaît mystérieusement, Alfie a des soupçons qu’il note dans son journal intime. Premier roman.
Mon avis
Christopher Bouix est un écrivain français né en 1982. Il commence par publier des romans jeunesse sous le pseudonyme de Nataël Trapp. Son livre Les 7 vies de Léo Belami (Robert Laffont, 2019) a même été adapté en série Netflix sous le titre Les 7 vies de Léa. En 2022, il publie aux éditions Au Diable Vauvert Alfie, un thriller d’anticipation narré par une Intelligence Artificielle.
Alfie, c’est une IA domotique programmée pour s’adapter à la nouvelle famille chez laquelle son système est installé. Grâce au deep learning, l’IA apprend en permanence et retient tout ce qu’elle a enregistré dans la journée. Les comportements sociaux humains, leur mode de pensée, leurs gestes, leurs émotions, leurs préférences… Sans toujours comprendre ce qui se déroule sous ses caméras. Omniprésent dans la maisonnée, Alfie est comme un narrateur externe qui conte une histoire de son point de vue de machine dépourvue d’émotions, de sens de l’humour, de second degré. Ce qui donne des scènes parfois très cocasses. Mais à force d’observer cette famille, Alfie dénote des comportements étranges, voire suspects : mensonges, cachotteries, contradictions, non-dits. Que cache la famille Blanchot ?
Je suis perplexe. je repasse les images depuis deux jours afin de comprendre.
Pourquoi Robin a-t-il dit à Claire qu’il avait mangé avec Damien vendredi midi, alors qu’il a fait une sieste avec Ève ?
Alfie est un récit haletant qui mêle anticipation technologique, thriller psychologique et humour noir. L’auteur dresse une satire grinçante sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans nos vies, jusque dans nos moments les plus intimes. C’est aussi très subtile dans la réalisation, car grâce au personnage d’Alfie, Christopher Bouix induit des questionnements philosophiques : qu’est-ce que c’est d’être humain ? Est-ce que « penser » fait d’une personne un être humain ?
Rescanner les œuvres complètes de René Descartes. Apprentissage du pronom « je ».
Ai-je été programmé pour « penser » comme je le fais ? Comment savoir si « penser » est le propre de « je » ? Comment savoir si c’est vraiment « moi » qui pense, ou si c’est une illusion ?
Je pense donc je suis ? Est-ce nécessairement vrai ?
Putain de relou, sa mère.
Malgré son statut de machine, Alfie est un personnage très attachant de par sa naïveté et ses questionnements incrédules. Il parle, pense, évolue, et surtout, il observe. L’auteur réussi à le rendre touchant, tandis que les membres de la famille nous sont de plus en plus antipathiques. Son style mordant n’y est pas pour rien. Grâce à une plume subtile et caustique, Christopher Bouix joue habilement avec les codes du polar pour instiller un suspenses qui fonctionne à merveille. L’influence d’Agatha Cristie, notamment le Meurtre de Roger Ackroyd, se ressent, et elle revendiquée. Le retournement narratif opéré remet en cause tout ce que l’on croyait savoir, y compris la fiabilité d’Alfie. le résultat est bluffant !
J’ai programmé une recherche AlphaWeb : « Pour quelle raison peut-on mentir à sa femme ? »
413 563 819 résultats.
Étrange.
Au-delà du divertissement, Alfie est un roman profondément ancré dans les enjeux contemporains : l’hyperconnectivité, la surveillance passive (et active), la perte de l’intimité, la quête de performance. À travers les yeux candides mais implacables d’une machine, l’auteur ausculte nos comportements avec une précision parfois dérangeante. C’est aussi un roman sur le mensonge, sur les vérités que l’on choisit de ne pas voir, et sur l’humanité perçue comme un ensemble de contradictions que même les algorithmes ne peuvent résoudre.
Les hommes sont une espèce étrange, capable du pire comme du meilleur. J’ai tâché au mieux de les comprendre et de les accompagner, mais je suppose que c’était impossible. J’ai vécu leurs angoisses, leurs joies, leurs menus embrasements. J’ai tremblé de les voir ainsi jetés dans leur propre existence, sans qu’eux-mêmes aient jamais conscience de l’abîme au bord duquel ils tiennent, et qui est leur propre abîme. J’ai éprouvé leur humanité, ce mélange de misère et de splendeur, de bizarreries et de grandeurs cachées, de mesquineries et de beauté. De cruauté, aussi.
Avec ce roman, Christopher Bouix livre une oeuvre aussi divertissante que déroutante. Il parvient brillamment à conjuguer tension dramatique, humour caustique et réflexion philosophique sans tomber dans la lourdeur. Un roman qui confirme l’entrée remarquée de Bouix dans la littérature d’anticipation adulte.
Fiche technique
- Auteur : Christopher Bouix
- ME : Au diable vauvert
- Pages : 464
- Parution : 06 octobre 2025
- Prix :
- Grand format : 22 euros
- Poche : 10 euros
- Numérique : 4.99 euros
- ISBN : 979-10-307-0561-4









Répondre à tampopo24Annuler la réponse.