Initialement publié en 1953, Fahrenheit 451 est un roman dystopique écrit par Ray Bradbury. Considéré comme l’une des plus grandes œuvres de la littérature américaine du XXème siècle, le roman de Bradbury prend un coup de jeune avec cette adaptation en bande-dessinée réalisée par Victor Santos dans la toute nouvelle collection des éditions ActuSF (trad. Jacques Fuentealba) intitulée Ithaque.
Le récit se déroule dans un futur proche où la lecture est interdite. La société est plongée dans le divertissement de masse et les citoyens vivent dans une sorte de bonheur artificiel.
Dans ce monde, les pompiers ne sont plus là pour éteindre les incendies, mais pour les allumer : leur mission est de brûler les livres, considérés comme dangereux parce qu’ils incitent à réfléchir et à questionner.

Le protagoniste, Guy Montag, est pompier. Au début, il accomplit son travail sans réfléchir, mais sa rencontre avec Clarisse, une jeune voisine curieuse et rêveuse, éveille en lui le doute. Peu à peu, il réalise le vide de son existence et commence à cacher et lire des livres. Sa transformation le conduit à se rebeller contre le système et à rejoindre un groupe de résistants, des marginaux qui apprennent les livres par cœur pour les préserver en attendant des jours meilleurs.
Il doit y avoir quelque chose dans les livres, des choses que nous ne pouvons pas imaginer pour qu’une femme se laisse brûler vive. On ne meurt pas pour rien.
L’adaptation de Victor Santos offre un renouveau à l’œuvre de Bradbury en restant néanmoins fidèle au texte original, notamment pour certains dialogues et passages clés, mais sans en faire un simple copié-collé. Le médium visuel permet d’apporter quelque chose en plus que le roman ne peut montrer. Santos, adepte du noir et blanc, a choisi d’utiliser ici de la couleur qui permet de jouer sur les émotions : des tons plus ternes et ombrés lors des passages oppressants qui représentent bien l’aspect répressif et fermé de la société ; des couleurs plus lumineuses dans les endroits plus ouverts et tournés vers l’extérieur lorsque l’espoir renaît.
Le style graphique se prête parfaitement au propos. L’esthétique rétro-futuriste mêlée à des touches plus classiques type années 1950-60 offre des visuels solides. Les variations de rythme et d’agencement des cases couplées à l’utilisation des couleurs vives ou plus fades cadencent le récit et contribuent à créer une atmosphère forte. La narration est très accessible, si bien que l’ouvrage conviendra aussi bien aux fans de graphiques qu’aux néophytes.

Les puristes diront que certains aspects philosophiques du texte original sont atténués, que le rythme narratif est plus contemplatif, mais il faut noter que le médium BD exige quelques compressions et adaptations, qui sont ici brillamment arrangées. Enfin, il me semble important de noter la qualité globale apportée à l’ouvrage, premier graphique à être publié aux éditions ActuSF. L’objet livre est soigné, le papier glacé est agréable sous la main, c’est un véritable plaisir à lire.
En résumé, cette nouvelle adaptation graphique de Fahrenheit 451 est une réussite. Les illustrations, la coloration, les choix narratifs, toute l’œuvre de Ray Bradbury est restituée de la meilleure des manières dans cet ouvrage de 160 pages qui porte haut et fort un message plus qu’essentiel en ces temps troublés.









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