« Chaque lecture est un acte de résistance  » Daniel Pennac

Mu Ming de retour au catalogue Argyll avec deux novellas de fiction spéculative

Découverte récente de la scène science-fictionnelle chinoise, Congyun Gu, sous le nom de plume Mu Ming, fait partie de cette génération d’autrices venues du monde de la technologie et qui réinventent le futur d’un point de vue humain. Née à Chengdu en 1988, formée à l’intelligence artificielle et passée par le monde de la programmation aux États-Unis, elle écrit des textes dans lesquels le numérique s’immisce dans les affects.

Un corps interfaçable

Loin des space operas spectaculaires ou des dystopies géopolitiques, son oeuvre s’attache à l’intime, ce que la technologie révèle de nos fragilités, nos désirs, notre besoin d’être reconnus. Chez Mu Ming, la machine devient le miroir paradoxal de notre humanité. Colorer le monde, suivi de Qui possède la lune ? (trad. Gwennaël Gaffric) s’inscrit pleinement dans cette démarche. La science-fiction est utilisé comme moyen de ressentir le futur, comprendre comment l’imaginaire technologique façonne notre rapport au monde, à la beauté, aux souvenirs.

Découpé en deux courts récits, ce nouvel opus de la collection RéciFs des éditions Argyll offre une réflexion intéressante sur la technologie et notre subjectivité. Dans la première nouvelle, Colorer le monde, Mu Ming s’attache à matérialiser les longueurs d’ondes comme des traces visibles de souvenirs, d’émotions, de désirs. Le corps est perçu comme une interface : à travers lui, la perception peut être modifiée, renforcée, chaque personne peut à tout moment se reprogrammer. Ce n’est pas seulement notre regard sur le monde qui modèle celui-ci, mais aussi notre façon de le nommer. La réflexion autour du langage démontre que ce dernier joue un rôle non négligeable dans la façon dont on perçoit le monde. Car si on cesse de le nommer, disparaît-il pour autant ? Est-ce notre perception individuelle du monde qui lui donne une réalité ou est-ce le regard porté par le collectif qui façonne nos façon de percevoir le réel ? Tout part de la description faite par Homère dans l’Odyssée de la couleur « vineuse » de la mer. Or, Homère était aveugle. Comment a-t-il pu décrire avec autant de précision une chose qu’il ne voit pas ? Comment a-t-il pu lui donner une réalité ?

Réalité et virtualité

La deuxième nouvelle de l’ouvrage m’a cependant laissée beaucoup plus perplexe. le récit se concentre sur les notions universelles de création, de perte et de solitude. A travers le personnage de He Xiaolin, l’autrice navigue entre chair et numérique, des thèmes récurrents dans ses écrits. La protagoniste est une artiste silencieuse, plongée dans le travail minutieux de la modélisation 3D. Bracelets myoélectriques, interfaces neuronales, mondes en réalité mixte, l’histoire dessine un futur technologique plausible dans lequel la création et la propriété intellectuelle sont réinventées. La matérialité se transforme en expérience et la subjectivité devient une valeur. Au-delà de la technologie, Mu Ming ne cesse de revenir à l’humain. Le rapport au corps, les relations familiales, la maternité, les marques physiques de la vie forment un contrepoint à la froideur numérique.

Un récit dense mais confus

Le tout donne cependant un texte assez confus, que la profusion des éléments narratifs et le style riche ne parviennent pas à rattraper. NFTs, réalité mixte, bracelet neuronal, dream boxes, les temporalités se chevauchent, les souvenirs se mêlent aux projections futuristes et les digressions philosophiques se glissent entre les scènes du quotidien. On se sent parfois dérouté dans ce flottement perpétuel entre réel et virtuel, cela exige un effort constant pour naviguer entre les différentes couches de sens et les multiples dimensions narratives.

Ces novellas se clôturent chacune dans un flou entre réalité et virtualité où le geste créatif se mêle à la mémoire et à l’imagination. Le style de Mu Ming, dense et fragmenté, reflète cette confusion volontaire en jouant sur les temporalités et les perspectives. À travers sa prose foisonnante, elle explore la singularité et la sensibilité humaine, laissant flotter un sentiment de mélancolie lumineuse.

Fiche technique

  • Autrice : Mu Ming
  • ME : Argyll
  • Pages : 128
  • Parution : 07 novembre 2025
  • Prix : 4,99€ – 9,90€
  • ISBN : 978-2-488126-04-5

2 responses to “Mu Ming de retour au catalogue Argyll avec deux novellas de fiction spéculative”

  1. Avatar de tampopo24

    Mince, j’ai le souvenir d’une écriture foisonnante mais lisible et surtout poétique et onirique dans son précédent texte qui m’avait emmené bien loin.
    J’espère ne pas me sentir trop perdue dans cet univers virtuel foisonnant et fragmenté. En tout cas, c’est sûr, je testerai, je l’ai acheté les yeux fermé !

    1. Avatar de Anne-Charlotte

      Alors il faut savoir que je n’ai toujours pas lu Le bracelet de jade ^^’ Donc je ne peux pas faire de comparatif.
      En tout cas, j’ai aimé Colorer le monde, c’est un très beau récit qui délivre un message qui m’a beaucoup parlé.
      Qui possède la lune ?, en revanche, je l’ai trouvé plus confus et j’ai eu mal à tout bien saisir. Peut-être que c’est aussi parce que je l’ai lu alors que j’étais aux Utopiales et que j’étais sur-stimulée de tous les côtés !

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