« Chaque lecture est un acte de résistance  » Daniel Pennac

Des ombres sur le foyer : un récit post-apo au centre au logis

Grande pionnière de la science-fiction féministe des années 1950, Judith Merril est également l’une des première autrices à adopter un point de vue domestique dans un contexte apocalyptique. Des ombres sur le foyer, réédité en français aux éditions Argyll (trad. Alexane Bébin), dynamite les codes de la SF de l’époque en proposant un texte centré sur le foyer en pleine catastrophe nucléaire au lieu des exploits militaires ou scientifiques habituels.

Dans ce roman, la survie repose sur une mère au foyer, Gladys, qui doit protéger ses deux filles après l’attaque nucléaire subie par plusieurs grandes villes aux États-Unis. Sans nouvelles de son mari Jon et de son fils Tom, elle doit gérer son foyer dans le chaos radioactif, les difficultés d’approvisionnement, la menace de contamination, les dérives de la protection civile.

Maman, il pleuvait d’un seul côté de la rue ! D’abord, il y a eu un bruit bizarre, comme du tonnerre, mais différent, puis le soleil a brillé comme au crépuscule, enfin presque, et après il a fait sombre d’un coup, mais le nuage était très loin et après un moment il s’est mis à vraiment pleuvoir, seulement il pleuvait de l’autre côté de la rue et pas dans la cour.

Gladys ne sait rien des radiations, ni des stratégies militaires. Ce qu’elle connaît, c’est la peur des enfants qu’elle doit rassurer, les denrées alimentaires raréfiées qu’elle doit rationner, les rumeurs qui se propagent plus rapidement que l’air contaminé. Elle ne devient pas une héroïne, elle l’était déjà, sauf que personne ne la regardait. Judith Merril transforme le foyer en terrain de résistance.

Mais la guerre nucléaire n’efface pas les injustices. Elle la met au contraire sous les projecteurs. Aux côtés de Gladys, Veda, une femme noire employée par la famille comme domestique, devient le point focal des questions d’injustices raciales. Si elle sait reconnaître immédiatement les menaces au contraire de Gladys, c’est parce qu’elle vit depuis toujours dans un ordre social qui ne la protège pas. Pire encore, qui fait d’elle la coupable toute désignée. Veda n’a jamais eu le luxe de la naïveté. Judith Merril met en avant une cruelle réalité : la catastrophe ne rend pas les gens égaux. Elle expose au contraire à des violences raciales et de classe.

Pour ceux qui nous rejoignent, nous répétons : plusieurs bombes atomiques d’origine inconnue ont explosé près du port de New-York cet après-midi. La première explosion est survenue à 13h15, heure normale de l’Est. Elle a été suivie d’autres explosions pendant une période estimée à environ une demi-heure.

Entre alors en jeu la sororité. La catastrophe créé un espace où les barrières bougent : Veda n’est plus une simple employée de maison, elle devient une véritable alliée. Sa lucidité fait d’elle une stratège indispensable, elle sait survivre à l’autorité blanche puisqu’elle le fait depuis toujours. Son aide est précieuse pour Gladys qui organise la survie, qui s’adapte, qui s’oppose. Les tâches méprisées du quotidien des femmes deviennent centrales pour la survie du foyer. Nourrir. Soigner. Protéger. Des verbes d’actions qui posent ces femmes au coeur des exploits. C’est un texte audacieusement politique dans lequel le « care » devient résistance.

Des ombres sur le foyer nous rappelle une vérité, celle que L Histoire écrite par les hommes préfère effacer : ce sont les mains qui préparent les repas, soignent les enfants, organisent la survie, qui permettent au monde de tenir. Judith Merril fait du foyer le centre des luttes. Elle déplace la science-fiction patriarcale au coeur du foyer en donnant aux femmes la responsabilité de reconstruire l’ordre social. Au fond, Merril ne raconte pas l’apocalypse, elle raconte tout ce qui lui survit. Et ce sont les femmes qui sont les véritables architectes du futur.

Fiche technique

  • Auteurice : Cassandra Khaw
  • ME : Argyll
  • Pages : 320
  • Prix : 12,99€ – 24,90€
  • Parution : 03 octobre 2025
  • ISBN : 978-2-488126-24-3

One response to “Des ombres sur le foyer : un récit post-apo au centre au logis”

  1. Avatar de tampopo24

    Des sujets très intéressants, j’espère juste que l’écriture sera encore à mon goût parce que parfois j’ai un peu du mal avec ce qui date ^^!

Répondre à tampopo24Annuler la réponse.

Moi, C’est Anne-Charlotte

Bienvenue sur mon blog littéraire ! Ici, tu pourras lire des chroniques et revues livresques, tu trouveras mes bilans de lecture, des coups de cœur et des coups de gueule, de belles découvertes et de terribles déconvenues, en bref, tout ce qui fait vivre mon petit cœur de grande lectrice ! Bonne navigation sur mes océans littéraires 🌊

Découvre mes derniers posts sur Instagram

albin michel imaginaire amour ankama auto-édition avis lecture avis livresque BD bilan livresque blog littéraire chronique littéraire chronique livresque contemporain dark fantasy dyschroniques féminisme graphique IA intelligence artificielle label 619 le bélial lecture le passager clandestin littérature livres magie mythologie grecque nouvelle Novella oeuvre graphique polar retour lecture robert laffont réécriture SF thriller utopie éditions actusf éditions argyll éditions l'atalante éditions la volte éditions Le Bélial éditions le passager clandestin éditions mnémos éditions rivages éditions robert laffont

novembre 2025
L M M J V S D
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930