Publié en septembre 2025 chez Scrinéo, Pierre Bordage signe avec L’Arche de mère un texte de space-opera ambitieux et épique sur le papier mais qui m’a, malheureusement, laissé un goût amer.

Auteur de science-fiction français, Pierre Bordage a écrit des dizaines de romans et a reçu de nombreux prix littéraires, comme le Grand prix de l’imaginaire francophone ou encore le prix des Imaginales. L’auteur prolifique est à l’origine de sagas mémorables comme Les guerriers du silence, pour lequel il reçoit le prix Julia Verlanger en 1994, La trilogie des prophéties ou encore L’Enjomineur. Il est également l’auteur de nombreux romans indépendants et de nouvelles dont certains recueils sont publiés aux éditions L’Atalante.
L’humanité au bord du gouffre
La narration se concentre sur Yhué, jeune femme confrontée à une maladie incurable appelée « maladie des globules cannibales », dont le destin bascule lorsqu’elle rejoint l’Arche, un gigantesque vaisseau spatial dirigé par la mystérieuse Mère. Séparée de son amour, Sohann, Yhué va devoir faire face à la perte tragique de l’être aimé et du monde tel qu’elle le connaissait. À travers ce récit, Pierre Bordage explore des thèmes forts tels que la survie de l’humanité au bord de l’extinction, les relations humaines dans des situations désespérées et la quête de sens lorsque le futur est incertain. Le roman se concentre sur des aspects puissants et contemporains comme le handicap et la maladie, l’acceptation de la différence. Ces éléments constituent le point fort du récit.
Les humains ont tendance à tout évaluer à travers leur prisme, comme si leur interprétation du monde était la seule légitime. Ils confondent vision subjective et légitimité – mon expérience de l’univers est la seule acceptable, chaque être conscient doit donc penser la même chose que moi. Les grandes religions sont bâties sur ce modèle.
Personnages clichés et longueurs inutiles
Cependant, l’ensemble souffre de trop nombreuses faiblesses narratives pour contrebalancer les qualités précédentes. Les personnages ne m’ont inspiré aucune empathie. Yhué, héroïne centrale, et ses compagnons, sonnent creux et distants. Les figures secondaires, principalement féminines, tombent trop souvent dans la caricature. La figure de Mère, qui aurait pu être fascinante et charismatique, demeure peu incarnée, ce qui est dommage pour un personnage aussi central dans l’intrigue. Le texte souffre aussi de longueurs inutiles qui diluent la tension tragique et rendent certaines sections pénibles à lire.
On peut être calme et serein en plein combat, ou maussade et énervé dans son lit. On peut avoir une vie parfaite et une tristesse inconsolable en soi, ou dormir dans les rues crasseuses et populeuses et transportées avec soi un bonheur incommensurablement. On peut avoir tué plus de cent êtres conscients et demeurer paisible, ou n’avoir jamais tué personne et être plus exécrable qu’une rage de crocs. C’est dans l’adversité qu’on mesure ses forces et ses faiblesses.
Enfin, le dénouement se révèle trop simpliste à mon goût. Les antagonistes sont traités de manière binaire, sans nuances, et les conflits se résolvent de façon trop prévisible. Là où le roman aurait pu offrir une réflexion profonde sur la complexité de la psyché humaine et la moralité dans des situations extrêmes, il propose une fin qui manque de subtilité, donnant l’impression d’un règlement de comptes artificiel plutôt que d’une vraie résolution de l’intrigue.
Sohann admirait son courage, mais enrageait intérieurement contre le milieu médical incapable de soigner sa petite fée
L’Arche de Mère montre toute l’ambition de Pierre Bordage de mêler action, philosophie et réflexion humaniste, avec des thèmes puissants et contemporains. Malheureusement, le roman échoue à créer des personnages crédibles et attachants, et certaines maladresses scénaristiques sont venues ternir mon expérience de lecture.
Fiche technique
- Auteur : Pierre Bordage
- ME : Scrinéo
- Parution : septembre 2025
- Pages : 373
- Prix : 22 euros pour le grand format
- ISBN : 978-2-38167-380-6

* Ouvrage lu dans le cadre d’un partenariat non rémunéré avec les éditions Scrinéo









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