Originaire du Mexique, Marta Randall est une autrice de SF méconnue en France. Malgré la parution de sept romans, un seul a été traduit en français (L’épée de l’hiver, OPTA, 1995) et son premier roman, Islands, a reçu le prestigieux prix Nebula en 1976. Les éditions du Passager Clandestin nous offrent, dans leur collection Dyschroniques, un texte inédit de l’autrice, écrit en 1979, qui fait écho à des enjeux sociétaux bien actuels : effondrement écologique, décolonialisme, domination technologique.
Autrefois, le paysage du Gouffre infini avait été, brièvement, une vision paradisiaque. Arrivés dans un lieu de sécheresse et de mort, les Terriens avaient peu à peu fait revenir la pluie, développé les cultures, fait fleurir la terre.
Alors que les Terriens ont fuit leur planète détruite pour se réfugier sur une terre plus accueillante, au bord du Gouffre infini, une nouvelle catastrophe vient chambouler la colonie qui prospérait depuis deux décennies. L’ultime terrienne de ce monde dévasté, Markowitz, entreprend un périple harassant vers l’Est, en quête d’espoir, accompagnée d’un jeune autochtone appartenant au premier peuple de planète.
En l’espace d’une génération périe, ils avaient changé la face de cet univers et les Péris s’étaient transformés avec lui. Ils avaient renoncé à suivre les migrations du gibier, car celui-ci demeurait désormais toute l’année sur le haut plateau, retenu par l’abondance de nourriture. Ils avaient cessé de fouiller l’immense plaine à la recherche de baies et de racines puisqu’elles poussaient alors en quantité. Ils avaient même oublié d’ensemencer les champs arides comme ils le faisaient avant chaque migration pour en récolter les cultures la saison suivante.
Dans ce court texte publié en 1979, Marta Randall met en exergue les désastres causés par le colonialisme et la domination d’une culture sur une autre. En arrivant au bord du Gouffre infini, les Terriens ont imposé leur civilisation et leur technologie aux Péris, premiers habitants qui vivaient selon leur mode de vie ancestral reposant sur le nomadisme. Mais là où les humains passent, la catastrophe n’est jamais loin. Aussi ressurgirent les cauchemars de la sécheresse, de la famine, de l’indigence. Les colons furent évacués vers d’autres lieux tandis qu’ils laissèrent les Péris derrière eux, démunis. Seule Markowitz, ultime Terrienne demeurant sur ce monde désormais désolé, marche en quête d’espoir, refusant d’abandonner celui qu’elle aime. Les Péris, autrefois nomades apprivoisés, se repaissent à présent du malheur humain, à l’image de celui qui suit la protagoniste, à l’affût de son agonie.
Le départ ne s’était pas passé comme elle l’avait imaginé, mais le résultat était le même et Markowitz, couchée dans la poussière, était peut-être le dernier humain de la planète.
Marta Randall n’écrit pas un texte de science-fiction anodin avec Le gouffre infini. Elle apporte un questionnement fondamental sur le décolonialisme en apportant des éléments de réflexion empruntés à l’ethnologie, l’anthropologie et l’écologie. La notice ajoutée à la fin du texte par la maison d’édition permet d’ailleurs de remettre le récit dans le contexte de l’époque et propose un éclairage bienvenue sur les choix scénaristiques de l’autrice.
Le feu devint braises et les braises devinrent cendres. Markowitz se leva tout à coup au milieu de ses biens et regarda vers l’est. L’obscurité était totale, sauf là-haut, où se tenait la danse infinie des étoiles.
Pertinent sans être inoubliable, Le gouffre infini a le mérite d’offrir un point de vue intéressant sur des questions contemporaines tout en proposant un récit de science-fiction oscillant entre planet-opera et anticipation post-catastrophe.

Fiche technique
- Autrice : Marta Randall
- ME : Le passager clandestin
- Traduction : Jacques Barret
- Parution : octobre 2025
- Prix : 7 euros le format papier, 3.99 euros le format numérique
- Pages : 80
- ISBN : 978-2-36935-705-6









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