Avec Chant des étoiles, second et dernier tome de la duologie Les Guerriers de l’Esprit, Ingrid Lemmer signe une conclusion ambitieuse qui confirme l’originalité de son approche dans le paysage SF francophone. À mi-chemin entre space-opera épique et exploration introspective, le roman réussit à conjuguer tensions galactiques, enjeux politiques et cheminement intime des personnages.
Alors que le premier tome Cri dans le chaos posait les fondations d’un univers complexe, Chant des étoiles en propose l’expansion et l’accomplissement (ma chronique du premier tome est à retrouver sur ActuaLitte).
Ingrid Lemmer déploie une narration polyphonique, donnant tour à tour la parole à plusieurs protagonistes. Chacun apporte une couleur différente : la diplomatie fragile et pleine d’espoir de Lune, le doute de Seli à la Connexion, la relation amoureuse d’Elyen-Si au coeur du chaos. Quel plaisir de retrouver ces personnages que j’avais tant appréciés dans le premier tome !
Le contrôle de l’esprit a une puissance inouïe et nous n’en exploitons qu’une toute petite partie, pour nous détendre et nous aider à prendre des décisions rapides. Or il permet bien plus, qu’il s’agisse de communiquer, de contrôler notre corps, ou encore nos rêves.
L’autrice parvient également à garder un bel équilibre dans son récit. L’intrigue avance, les alliances vacillent, mais jamais au détriment du développement intime. La guerre qui gronde dans le cosmos n’est finalement que le miroir amplifié des combats intérieurs que mènent ses personnages.
L’élément le plus singulier de la série reste sans doute la Connexion, cette forme de lien psychique qui traverse l’univers. C’est un outil narratif à la puissante symbolique. L’autrice explore à travers ce lien des thèmes peu souvent abordés avec autant de finesse dans un space-opera : la maîtrise de soi, le rapport à la peur, la responsabilité émotionnelle, la force des liens invisibles. Cette dimension presque méditative donne à Chant des étoiles une tonalité unique.
Ils établirent la Connexion avec une rapidité et une douceur déconcertantes. C’était comme plonger dans un lac à la température parfaite. La constellation s’étendait à perte de vue au-delà du carré qu’elle formait avec Ludan et les instructeurs. Ils étaient comme un radeau au milieu d’un océan de consciences. C’était surtout Ludan qui consolidait l’ensemble, les maintenait à flot. Eren et Yawan poussaient, unis, indissociables, leur donnant de la force, tandis que Gaeti apportait une harmonie, une unité. Tanka se sentait bien. Confiante.
Sur le plan narratif, l’ouvrage remplit ses promesses. Les enjeux du premier tome trouvent ici leur résolution sans excès spectaculaire, là où d’autres sagas multiplieraient les batailles ou les retournements. Ingrid Lemmer préfère la cohérence interne et le respect du parcours émotionnel de ses protagonistes.
Je te promets que je vais trouver ce qui s’est passé, même si c’est la dernière chose que je dois faire dans ma vie. Je vais trouver qui pousse le cri. Je vais faire une connexion à l’Ahiala. Je te le promets, Nahee.
Le rythme est volontairement modulé, il surprendra probablement les lecteurices habitués à une SF plus frontale. Mais c’est précisément dans cette alternance que se trouve la signature de l’autrice. C’est une lecture idéale pour celles et ceux qui aiment la science-fiction qui parle autant du cosmos que de ce qui nous habite, qui savent apprécier des récits où l’action ne cherche pas à écraser la sensibilité. Chant des étoiles est la conclusion maîtrisée d’une duologie sincère et lumineuse.
Un grand merci à Ingrid de m’avoir renouvelé sa confiance pour ce service presse non rémunéré.

Fiche technique :
- Autrice : Ingrid Lemmer
- Auto-édition
- Parution : octobre 2025
- Pages : 384
- Prix : format broché à 18.90 euros, format numérique à 4.99 euros
- ISBN : 978-2958033644









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