Une oeuvre graphique qui se déroule dans un monde médiéval sombre et violent en proie à des forces occultes traquées par l’Inquisition, il n’en faut généralement pas plus pour me convaincre. Deathbringer, premier ouvrage d’Ismaël Legrand paru aux éditions Delcourt en novembre 2025, est un one-shot obscur d’une grande maîtrise qui offre un récit de dark fantasy aussi habile dans son scénario que grandiose dans ses dessins.

L’objet livre est, en premier lieu, soigneusement travaillé. Les dorures apportent un bel effet de contraste avec la noirceur de la couverture. Le dessin qui illustre le titre est tout aussi énigmatique avec cet homme aux yeux révulsés et la tête nimbée d’une auréole, tel un Dieu funeste qui s’apprêterait à rendre son jugement. Les dizaines de cadavres morts-vivants semblent s’agiter autour de lui dans une position de supplication, comme s’il était capable de leur redonner la vie, ou tout du moins leur offrir le repos éternel.

Deathbringer, c’est d’un côté un guerrier solitaire affrontant des forces sépulcrales, de l’autre, une inquisitrice dotée de pouvoirs occultes. Au milieu, un capitaine de l’Inquisition qui cherche a empêcher un mal ancien échappé de sa prison magique de répandre la mort. Autour de ces trois personnages, Ismaël Legrand développe une intrigue digne des plus grands récits de dark fantasy, entre un Andrzej Sapkowski (The Witcher) et un Jean-Laurent Del Socorro (De vent et de colères).
Henge, sorcière aux puissants pouvoirs, a été recueillie petite fille par le capitaine Volostan qui l’a enrôlée à ses côtés pour servir la toute puissante Inquisition. Autrement dit, elle chasse des femmes qui, comme elle, possèdent un grand pouvoir, sans connaître réellement son passé et ses origines. Affligé d’une terrible malédiction, on découvre rapidement que Volostan sert avant tout ses propres intérêts pour se défaire de ce funeste sortilège. Dans sa quête pour trouver un remède au mal qui le consume, le capitaine n’a pas peur d’user du pouvoir d’Henge. Capable de lire dans les pensées avec un simple toucher, elle lui permet de traquer un à un les hérétiques qui se réclament du culte d’Anthédone. Cependant, Volostan a volontairement occulté une partie du passé d’Henge, et il se pourrait que son rôle dans cette histoire dépasse de loin tout ce qu’elle pouvait imaginer.
Ô porteur de mort ! Veilleur des sépultures, gardien des défunts, entendez notre appel ! Vous qui régnez parmi les ombres, là où errent les oubliés ! Le temps du passage est venu, le voile entre les plans est déchiré ! Recevez ce premier enfant, témoin de notre dévotion ! Réceptacle vierge de toute corruption qui rétablira la balance entre les mondes ! Gaal uhmnar ven mir ot midhratâr !


Le script de Deathbringer est porté par des dessins aussi sombres que son contenu scénaristique. Du noir, beaucoup de noir, un coup de crayon saisissant de réalisme qui donne de splendides planches vivantes, presque palpables. La finesse du trait restitue à merveille les émotions des personnages qui passent par toute une palette de troubles et de bouleversements. Des scènes parfois très graphiques s’offrent dans leur spectacle le plus cru et brutal, entre combats sanglants, bêtes informes remontées des profondeurs et séquences de sexe pas toujours consenti (TW : une scène de viol explicite). On est bien dans une dark fantasy, pas de doute. Mais sans trop en faire, Ismaël Legrand parvient à donner à son récit une véritable âme. Certaines planches sont de vrais chef d’œuvre que j’ai dévoré des yeux avec voracité. Si je devais tout de même trouver une petite critique à cette œuvre, c’est la fin ouverte qui m’a laissée perplexe. Peut-être qu’après toute cette noirceur, j’espérais une fin tout aussi sombre et désespérée. Sans en révéler le contenu pour éviter de vous spoiler, j’ai eu le sentiment que l’épilogue était de trop.

Deathbringer est incontestablement une œuvre de dark fantasy qui saura laisser une emprunte indélébile dans le cœur de tout.e fan du genre. Le soin apporté au scénario et le dessin travaillé dans le moindre détail offrent un ouvrage à la hauteur de ce que j’en attendais. La couverture ne ment pas ! Je suis d’ores et déjà impatiente de découvrir les futures œuvres d’Ismaël Legrand, si tant est qu’elles sont dans la même veine que celle-ci. Un bijou graphique à découvrir de toute urgence !
Fiche technique
- Scénario/dessins : Ismaël Legrand
- ME : Delcourt
- Parution : novembre 2025
- Pages : 200
- Prix : 25.50 euros en version papier / 17.99 euros en version numérique
- ISBN : 9782413078128









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