Avec Les chemins de Ji, tome 2 : La Souche perdue, Pierre Grimbert poursuit sa trilogie de fantasy héroïque en approfondissant les enjeux esquissés dans le premier opus La Branche romine, tout en élargissant sensiblement l’univers et les conflits qui gravitent autour de la mythique île de Ji. Si ce deuxième tome se montre parfois plus exigeant, il n’en demeure pas moins une lecture solide, confirmant le potentiel de cette nouvelle incursion dans le monde de Ji.
Les événements reprennent juste après la première aventure, séparant les protagonistes et les confrontant à des situations bien plus périlleuses encore. Ce deuxième tome adopte une structure plus éclatée et un rythme parfois moins effréné que le précédent, mais gagne en densité et en profondeur. L’auteur prend le temps d’explorer de nouveaux territoires, de multiplier les environnements et de faire voyager ses personnages à travers des espaces tantôt hostiles, tantôt déroutants. Chaque lieu traversé offre des épreuves supplémentaires, rappelant que le monde de Ji est vaste, imprévisible et dangereux pour ceux qui osent en percer les secrets.
Je crois que ce monde est déjà condamné. D’une certaine manière, il n’a jamais existé. Même les oiseaux que nous entendons chanter ne sont qu’un élément de décor, inspiré par nos souvenir.
La narration chorale reste l’un des points forts du roman. Les points de vue alternent efficacement et approfondissent les doutes, les peurs et les responsabilités qui pèsent sur chaque membre du groupe. Les personnages, déjà attachants dans le premier tome, gagnent ici en épaisseur. Danel, en particulier, cesse peu à peu d’être perçu comme un simple enfant à protéger. Sa véritable nature et l’ampleur de son pouvoir s’imposent comme une source d’inquiétude et d’espoir.
L’intrigue est riche en péripéties : magie, créatures étranges, poursuites et affrontements rythment la narration. Si certains passages semblent volontairement poser les bases de la conclusion à venir, au risque de ralentir légèrement l’action, l’ensemble reste solide et maîtrisé. Pierre Grimbert interroge avec justesse la notion de pouvoir, ses dérives et la responsabilité qu’il implique, donnant à cette aventure une portée plus réflexive qu’il n’y paraît au premier abord.
La plume de Pierre Grimbert se distingue par un équilibre maîtrisé entre efficacité narrative et richesse de l’imaginaire, au service d’une fantasy à la fois accessible et ambitieuse. Avant tout, son écriture est simple et limpide. Grimbert privilégie une langue lisible, sans surcharge stylistique, ce qui rend ses romans particulièrement immersifs. Les phrases vont à l’essentiel, même lorsque l’intrigue devient complexe ou que les points de vue se multiplient. Cette sobriété offre une précision redoutable. Chaque scène est pensée pour faire avancer l’histoire ou enrichir l’univers.
La Souche perdue s’impose comme un tome charnière, essentiel pour comprendre l’ampleur des enjeux et préparer le terrain du dénouement. Malgré quelques longueurs, le plaisir de lecture est intact et l’envie de connaître la suite demeure forte. Ce deuxième volet confirme donc le potentiel des Chemins de Ji et renforce l’attachement à ses personnages et à son univers foisonnant. Une lecture immersive et généreuse, qui laisse présager une conclusion à la hauteur des promesses de cette trilogie.

Fiche technique :
- Auteur : Pierre Grimbert
- ME : Mnémos
- Parution : août 2025
- Pages : 320
- Illustration couverture : Michal Kváč
- Prix : 22€ le grand format
- ISBN : 978-2-38267-211-2








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