Je découvre la plume de Céline Denjean avec son roman Précipice et je dois dire que l’expérience fut réussie. C’est grâce à Nextory que je me suis intéressée à ce thriller, annoncé comme une enquête palpitante et addictive, et il faut dire que je suis une adepte des polars en audio. Je trouve que l’on plonge plus aisément dans la noirceur de ces textes lorsqu’ils nous sont narrés par de brillants conteurs, comme ce fut le cas ici avec Léovanie Raud dont la voix et le ton m’ont immédiatement agrippée à l’intrigue.
Il faut dire que tout commence fort : une femme ligotée dans sa baignoire, l’eau qui monte et menace la jeune femme de noyade. On sait dès le début que l’histoire sera sombre. Elle sera sauvée de justesse par un livreur de pizza, faisant fuir l’agresseur par la même occasion. Sur le carrelage, ce dernier a laissé un mystérieux tag : MPC-1. La major Louise Caumont, de la brigade de recherches de Tarbes, est chargée de l’affaire. On retrouve cette protagoniste dans le premier roman de la série policière de Denjean, Matrices, que j’ai écouté dans la foulée de Précipice. Très vite, Louise comprend que ce n’est peut-être pas un acte isolé : une autre victime est retrouvée morte dans une mise en scène similaire. L’enquête révèle un lien entre toutes les victimes. Elles ont toutes fréquenté le même lycée d’élite en 2001-2002. Autour de ce passé se cachent des secrets, des non-dits, et peut-être une vengeance qui remonte à plus de vingt ans.
L’adolescent se précipita dans la salle de bains et referma immédiatement le robinet de la baignoire. Le niveau du bain rougi par du sang avait atteint la bouche de Mme Ducuing et flirtait avec ses narines. Sans son aide, elle allait se noyer ! Dans une série de gestes maladroits et paniqués, il tenta alors d’attraper le corps immobile de la femme dont les yeux suppliants roulaient dans leurs orbites, témoignant qu’elle était parfaitement consciente. Mais le corps lui échappa à plusieurs reprises, et Mme Ducuing but la tasse. Après trois vaines tentatives d’extraction, l’adolescent parvint à ordonner ses idées. Il plongea son bras dans la baignoire et finit par trouver la bonde. Le siphon glouglouta et le niveau de l’eau commença à baisser.
Louise Caumont m’a beaucoup plu. Elle n’est pas là pour balancer des punchlines ou jouer les super-flics. Elle écoute, elle regarde, elle laisse parler. Et surtout, elle comprend que cette affaire ne se résoudra pas seulement avec un coupable tout désigné. Il n’y a pas de personnage vraiment sympathique dans Précipice. Les anciens élèves ont tous grandi, réussi, construit leur vie. Aucun n’a vraiment réglé ce qui s’est passé à l’époque. Ce qui est troublant, c’est qu’on comprend leurs mécanismes : minimiser, oublier, se dire qu’on n’était pas responsable.
D’un autre côté, elle a peur. Peur de perdre son meilleur ami, une part d’elle-même. Comme une amputation. Peur de changer. Muer. De trahir Thibault. D’aimer autrement, plus fort. D’aimer plus grand. D’aimer plus beau. D’aimer d’amour. Et de tout perdre. Peur aussi de ne pas changer. De rester l’amie fidèle et exclusive. Et de ne rien risquer, alors que la vie, quand même, c’est fait pour prendre des risques, pour vibrer, trembler, frissonner, avoir de la fièvre, de l’électricité dans les veines, sinon à quoi bon, à quoi bon, hein ?
Alternant entre flashback des années lycées en 2002 et l’enquête en 2022, la narration se construit de manière intelligente et astucieuse. L’autrice distille ça et là de petits indices de manière à entretenir un suspense qui m’a happée sans relâche. Il y a peu de temps morts dans l’intrigue et malgré l’épaisseur de l’ouvrage (plus de 600 pages pour la version papier et 15h d’écoute en version audio), on ne se rend pas compte des pages qui défilent. La plume de l’autrice est simple, elle ne s’encombre pas de fioritures et va droit au but. C’est d’une efficacité redoutable. On sent une écriture travaillée, une plume qui fait confiance à son lecteur et une véritable appétence de l’autrice pour le genre. C’est un style très concret qui retransmet avec une grande vraisemblance l’enquête de terrain. Céline Denjean a le souci du détail, elle prend le temps d’instaurer le climat, de planter son décor entre le Pays Basque et les Pyrénées. On s’y croirait.
Au fond, vivre, mourir, être ou disparaître, quelle importance ? ajoute Valériane, les yeux dans le vague. Dans l’immensité et la permanence de l’infiniment grand, nous ne sommes qu’un grain de poussière. Une infime respiration dans le souffle de vie éternel de l’univers.
Pour résumer, Précipice c’est une intrigue réellement addictive et un twist final fait éclater toutes nos certitudes en mille morceaux. Un polar brillant qui démontre le talent de Céline Denjean à nous mener par le bout du nez. Un sans faute !
Fiche technique
- Autrice : Céline Denjean
- ME : Michel Laffont
- Parution : février 2023
- Pages : 656
- Audio : Lizzie
- Narratrice : Léovanie Raud
- Parution : juillet 2024
- Durée : 15h03
- Formats et prix : broché 20.95 € – poche 9.70 € – ebook 4.99 €
- EAN : 9782266336444









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