Je ne savais pas bien à quoi m’attendre en lançant Noires sont les âmes perdues en livre audio sur Nextory, mais le titre m’intriguait beaucoup. Un roman de vampires dans le Paris de l’après Première Guerre mondiale, une héroïne qui escroque les gens, une histoire d’amour hors du temps. Autant vous dire que c’est à mille lieues de ce que j’aime habituellement. Pourtant, je me suis laissée emporter dans cette histoire avec aisance et entrain. Je ne connaissais pas encore Oriane Dardres avant de commencer le livre. Elle s’est d’abord fait remarquer avec La Laideur de la lune en 2024, un premier roman centré sur la figure du loup-garou, avant de confirmer sa voix avec Noires sont les âmes perdues, paru en janvier 2026. Elle sera également présente dans l’anthologie Eros Macabre, à paraître aux éditions Goater le 07 mai 2026.
Un arnaqueur était un miroir, et ses proies s’y contemplaient sans deviner que la glace devant eux était sans tain.
L’histoire de Noires sont les âmes perdues se déroule en 1919, dans un contexte marqué par la guerre et ses conséquences. Paris est abîmé, la population aussi. Le roman met bien en avant cette période : la misère, les maladies, mais surtout les traumatismes laissés par le conflit. Ce point est traité de manière sérieuse, notamment à travers le personnage de Simon, revenu du front profondément marqué. Son état est crédible et apporte une vraie dimension au récit. On sent que l’autrice a fait un travail approfondi sur le sujet pour être dans le vrai et c’est appréciable. L’autrice explique d’ailleurs avoir voulu s’éloigner des récits vampiriques classiques, notamment ceux où les héroïnes subissent l’histoire. Ce choix se ressent clairement dès le début.
On suit le personnage d’Adèle, une jeune femme qui enchaîne les arnaques pour survivre. C’est une protagoniste volontairement difficile à apprécier. Elle agit souvent par intérêt personnel et n’hésite pas à dépasser certaines limites. Pourtant, ses choix restent cohérents avec sa situation. Elle veut s’en sortir et aider son frère, même si ses méthodes posent question. Son évolution est progressive et reste logique. Le roman introduit ensuite Isaac, un vampire libéré par Adèle de façon totalement involontaire. Ici, le traitement du vampire est intéressant car il est loin des clichés habituels. Sa condition est montrée comme une contrainte, avec une vraie réflexion sur la faim, le contrôle et l’isolement. Isaac est un personnage posé, réfléchi, qui contraste avec Adèle. Leur relation est centrale dans l’histoire et fonctionne plutôt bien. La frontière entre humanité et monstruosité est régulièrement questionnée. Le texte montre que, dans un contexte de survie, les comportements peuvent devenir extrêmes, quel que soit le statut du personnage.
La plume de l’autrice est simple et efficace, elle fonctionne parfaitement pour un récit comme celui-ci. Elle va à l’essentiel et privilégie l’ambiance et les émotions, sans effets de style dégoulinant. Les descriptions restent accessibles, sans alourdir le récit. Le ton est globalement sombre et cohérent avec le sujet. En version audio, la narration est assurée par Adélaïde Poulard, et c’est agréable à écouter.
Le roman aborde plusieurs thèmes de manière assez claire : la survie, les inégalités sociales, les traumatismes de guerre, mais aussi les relations d’emprise. On voit comment un environnement dur peut pousser les personnages à se déshumaniser progressivement. Adèle en est un bon exemple : pour faire face à sa situation, elle coupe peu à peu toute forme d’empathie.
Le froid était atroce. Il rôdait sur ma peau, telles de minuscules araignées de glace s’insinuant sous le cocon de mes draps. Un blizzard faisait rage à l’extérieur, prêt à engloutir toute trace de vie pour ne recracher qu’une dévastation désolée. Ceux qui auraient le malheur de dormir dehors cette nuit mourraient, c’était une certitude.
Cependant, quelques éléments auraient pu être davantage développés, en particulier certains aspects liés au fantastique. La fin laisse aussi une impression de rapidité, avec des points qui auraient mérité plus de détails. Mais dans l’ensemble, c’est un roman qui tient ses promesses. Les personnages sont complexes, le contexte est bien utilisé, les thèmes abordés restent pertinents et l’approche de l’autrice apporte une vraie cohérence à l’ensemble. Une bonne découverte dans un ton young adult qui n’est habituellement pas ma tasse de thé mais qui a bien fonctionné !
Je tiens enfin à saluer le travail de l’illustratrice Celi’arts pour cette jolie couverture qui reprend à merveille les éléments du récit pour les transposer dans son dessin. On y retrouve une esthétique gothique remise au goût du jour qui attire l’oeil avec des éléments figuratifs comme les crânes ou les obus en arrière-plan, mais aussi au niveau des couleurs et l’accent mis sur le contraste avec le personnage d’Adèle, présente dans le monde réel mais contaminée par le surnaturel. Un beau travail qui mérite qu’on s’y penche !

Fiche technique :
- Autrice : Oriane Dardres
- ME : Naos
- Couverture : Celi’arts
- Parution : 21 janvier 2026
- Pages : 320
- Audio : Voolume
- Narration : Adélaïde Poulard
- Prix : 22€
- ISBN : 9782382672396








Laisser un commentaire