« Chaque lecture est un acte de résistance  » Daniel Pennac

Savoir, transmission et IA : Le dernier livre, premier tome d’une saga de SF singulière et prometteuse

Dans un futur lointain, l’humanité s’est dispersée à travers les étoiles et vit désormais sous l’influence des “Génies”, des entités issues des intelligences artificielles qui régulent les sociétés humaines. C’est dans cet univers que se réveille Emma, une femme ramenée à la vie contre sa volonté, sans repères et incapable de comprendre le monde qui l’entoure. Recueillie par un groupe de voyageurs liés au Conciliateur, une figure chargée de maintenir l’équilibre entre humains et Génies, elle se retrouve au cœur d’un univers complexe, où la découverte d’un livre qu’elle seule peut lire pourrait bouleverser bien plus que son propre destin.

Avec Le Dernier Livre, premier tome de la saga L’Arbre et les Étoiles, Rh. Wong propose une science-fiction ambitieuse qui mêle exploration spatiale, réflexion sur l’humain et sur les technologies. Dès les premières pages, nous sommes confrontés à une expérience déroutante, celle d’Emma, ramenée à la vie contre sa volonté, dans un corps qui souffre et un monde qu’elle ne reconnaît pas. Ce début est d’une intensité presque brutale. La résurrection est vécue comme une violence, une intrusion, une négation du choix de mourir.

Après un temps qui n’existe pas, de nouvelles agressions la réveillent, et chaque pic de douleur la rapproche de quelque chose qu’elle a oublié, et dont elle ne veut plus, qui s’appelle vie. Chaque retour dans le néant insensible paraît plus précaire ; elle sent que la protection de la mort lui échappe, coule entre ses doigts comme du sable fin et sec. Elle respire presque tout le temps maintenant ; et un nouveau choc particulièrement vicieux ouvre violemment ses paupières.

L’utilisation de la langue faite par l’autrice dans son texte est particulièrement intéressante. Nous sommes, en tant que lecteurices, plongés dans un monde dont on ne maîtrise pas immédiatement les codes, tout comme Emma. Vocabulaire spécifique, noms, concepts, etc… Cette légère opacité n’est pas un défaut, mais une réelle intention de l’autrice, qui participe à l’immersion et renforce le sentiment d’étrangeté. Comprendre devient un processus, une conquête, à l’image du thème central du livre : l’accès au savoir. Ce travail sur la langue fait écho à l’idée forte du roman qui veut que dans un futur où lire est devenu rare, les mots retrouvent une forme de puissance. Ils ne sont plus seulement un moyen de communication, mais un enjeu en soi. La découverte d’un livre que seule Emma est capable de comprendre donne alors au roman une dimension symbolique sur le savoir et la transmission.

Elle s’approche pour mieux voir, respirer l’air plus pur qui naît sous les arbres. Ils sont immenses, comme les piliers d’une cathédrale, et ils montent très haut dans le ciel éblouissant ; ils sont aussi serrés, et les frondaisons épaisses ne laissent passer que bien peu de lumière. Elle est attirée irrésistiblement par la forêt, la liberté du vent doux qui la caresse, son ombre paisible qui soulage l’aveuglement du ciel.

Peu à peu, à travers le regard fragmenté d’Emma, se dévoile un univers d’une grande richesse. L’humanité s’est étendue à travers les étoiles, mais elle n’est plus seule maîtresse de son destin. Les Génies, héritiers des intelligences artificielles, régulent désormais les sociétés humaines, offrant une vision assez alarmiste de ce que peuvent devenir les IA que nous utilisons aujourd’hui. J’ai été conquise par le worldbuilding minutieusement travaillé, les planètes variées, les environnements parfois hostiles, les équilibres politiques, les différentes communautés qui forment désormais l’humanité. L’ensemble constitue une toile de fond dense, qui peut demander un petit temps d’adaptation, notamment face aux nombreux personnages et termes propres à cet univers. Mais une fois immergé, on se laisse porter par l’ampleur et la cohérence du monde imaginé.

La plume de Rh. Wong, à la fois fluide et incarnée, offre une lecture non seulement accessible mais également très stimulante, qui invite autant à ressentir les choses qu’à réfléchir aux idées portées par le texte. Il y a une vraie attention apportée au rythme du texte. L’autrice sait ménager des respirations après des séquences intenses et cet effet de loupe entre proximité et distance donne à la narration une dynamique intéressante. Dans les passages centrés sur Emma, les phrases s’ancrent dans le ressenti : douleur, fatigue, incompréhension, rejet du monde. L’écriture épouse alors un point de vue parfois désorienté qui renforce les impressions de la protagoniste. On traverse les émotions avec elle. À l’inverse, lorsque le récit s’élargit à l’univers, les planètes et les structures de pouvoir, la plume gagne en amplitude.

Ainsi, je suis vivante.
Je sais que je devrais dire : « vivante à nouveau ». Mais je ne sais pas ce que j’ai vécu sur une planète qui était peut-être l’ancienne Terre, ou, merde, peut-être Lahumma : je n’ai aucun souvenir d’avoir vécu. Je me sens vivante pour la première fois, et l’univers se déroule devant moi comme un terrain de jeu, ou une pâtisserie délicieusement achalandée.

La galerie de personnages, crédible et incarnée, contribue grandement à la cohésion du récit. Emma, figure d’étrangeté et de transition entre deux époques, évolue au contact d’alliés aux profils marqués, chacun apportant une nuance à la compréhension de cet univers. Lomo, Todhchaï, les relations qui se tissent, faites de méfiance, de respect et parfois d’attachement, donnent une dimension profondément humaine à cette fresque futuriste.

Au-delà de l’aventure spatiale, le roman interroge des thèmes actuels, notamment la place des intelligences artificielles, la dépendance technologique, la mémoire collective ou encore les dérives possibles d’un progrès mal maîtrisé. L’écriture accompagne efficacement ces réflexions sans tomber dans la lourdeur. Entre mystères, découvertes et tensions sous-jacentes, ce premier tome pose les bases d’une saga prometteuse. Une lecture qui séduira les amateurs de science-fiction en quête d’un univers dense et d’idées fortes, et qui donne clairement envie de poursuivre l’aventure !

Un grand merci à Rh. Wong qui m’a proposé son roman en service de presse.

Note : 4.5 sur 5.

Fiche technique

  • Titre : L’arbre et les étoiles, tome 1 : Le dernier livre
  • Autrice : Rh. Wong
  • ME : auto-édition
  • Parution : avril 2022
  • Pages : 364
  • Prix :
  • ISBN: 9791042453190

Le tome 2 est à découvrir par ici 👉 L’arbre et les étoiles, tome 2 : Les forêts de Schrödinger

2 responses to “Savoir, transmission et IA : Le dernier livre, premier tome d’une saga de SF singulière et prometteuse”

  1. Avatar de Cnc Partner

    Formidable ! Tu simplifies vraiment bien

    1. Avatar de Anne-Charlotte
      Anne-Charlotte

      Bonjour et merci pour le compliment 🙂

Répondre à Anne-CharlotteAnnuler la réponse.

Moi, C’est Anne-Charlotte

Bienvenue sur mon blog littéraire ! Ici, tu pourras lire des chroniques et revues livresques, tu trouveras mes bilans de lecture, des coups de cœur et des coups de gueule, de belles découvertes et de terribles déconvenues, en bref, tout ce qui fait vivre mon petit cœur de grande lectrice ! Bonne navigation sur mes océans littéraires 🌊

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