« Chaque lecture est un acte de résistance  » Daniel Pennac

Super-héros et manipulation médiatique : bienvenue dans le futur dystopique de la Phenyx

Roman à quatre mains écrit par Sophie Jomain et Maxime Gillio, Phenyx est le dernier né de la collection science-ficiton des éditions Scrinéo. Un duo détonnant et même un peu improbable, il faut le dire, quand on sait que Sophie est une autrice reconnue dans la littérature fantastique contemporaine tandis que l’univers de Maxime est plutôt orienté polar. Et pourtant, ce n’est pas la première fois que les deux plumes croisent leurs univers puisqu’en 2018, Sophie et Maxime avaient publié Thérapie du crime aux éditions Pygmalion, un roman policier pétillant qui avait su conquérir le cœur d’un lectorat aussi bien habitué à lire du polar que de la romance. Avec Phenyx, les partenaires d’écriture signent une histoire dystopique young adult à la croisée des histoires de super-héros cabossés comme The Boys, des séries fantastiques à la Kyle XY (si vous n’avez pas la référence) et des anticipations pessimistes à la Hunger Games.

L’histoire de Phenyx prend place dans le cadre d’un futur pas si éloigné du nôtre, dans lequel des humains hybrides aux pouvoirs étonnants côtoient le commun des mortels. Une organisation a été créée pour contenir ces êtres hors normes, la Phenyx (pour « phénotype XY »). Une personne est en charge de maintenir la paix entre hybrides et non-hybrides : le Pacificateur. C’est un être supérieur en tous points, choisi par la Force pour ses capacités hors normes. Alors que le Pacificateur en fonction commence à montrer des signes de faiblesses, Ethan, un adolescent hybride, est désigné pour lui succéder sur le trône, peu importe s’il est d’accord ou non. Au cœur de la Phenyx, avec Mina à ses côtés, Ethan va découvrir les secrets les plus enfouis de l’institution toute puissante qu’elle aurait préféré garder cachés.

Tu sais ce que mon père m’a toujours répété sur l’apprentissage ? C’est que chaque décision que prend une autorité doit être développée, justifiée. Qu’on t’interdise de faire des choses, c’est un fait, mais il faut toujours expliquer pourquoi. Mais ici ? Pacificateur, intervenez ici ; Pacificateur, restez en dehors de ce conflit. Et point barre. Quand ce n’est pas évident, on ne nous justifie jamais le pourquoi ou le comment.

Je ne vais pas vous cacher que si Phenyx est un très bon roman de SF young adult, qui porte des valeurs de courage, de loyauté, de résistance, il a durement souffert de la comparaison avec The Boys. Pour quelqu’un qui a lu les comics et vu la série, il a été très difficile de mettre de côté la ressemblance entre les deux œuvres. Je dois dire que cela a un peu terni ma lecture car je m’imaginais un univers un peu plus unique et imaginatif, pas seulement une plongée au cœur d’un univers déjà-vu. Au final, on se retrouve avec une sorte de monde à la Garth Ennis (l’auteur du comics) avec des humains dotés de pouvoirs et d’autres non, une institution toute puissante qui fait la pluie et le beau temps, une surexposition médiatique qui sert à manipuler les masses et des supers-héros qui s’avèrent être eux-mêmes manipulés comme des pantins. A noter tout de même que The Boys est une œuvre extrêmement violente et brutale, tandis que Phenyx est bien plus adapté à un jeune public, à partir de 12-13 ans je dirais. C’est un point non négligeable qui oppose les deux récits et qui peut faire pencher la balance selon qu’on est ou non sensible à la violence graphique (et même très graphique).

Alors OK, je suis comme tout le monde et j’admire franchement les exploits de ce type, mais il y a un moment où je préfère les jeux derrière les paquets de Miel Pops aux infos crachées par les médias. C’est moins déprimant.|

Bien qu’il soit adressé à un jeune public, Phenyx est un roman qui multiplie les prises de position fortes. Le roman aborde des sujets puissants comme le contrôle des masses, le totalitarisme, les dérives du capitalisme, mais aussi des notions de consentement, trahison, ou comment rester fidèle à ses idées lorsqu’on se retrouve face à des choix cruciaux. Les notions de famille et d’amitié irriguent le texte de manière à montrer que ce sont des valeurs fondamentales même lorsqu’on est un super-héros. Des sentiments profondément humain, que l’on soit hybride ou non. Quelques écueils auraient tout de même pu être évités, sur le manichéisme des personnages qui scinde l’intrigue entre les méchants/les gentils, la romance que l’on sent pointer son nez assez rapidement ou encore l’explication plus que bancale sur la raison pour laquelle les femmes ne peuvent pas devenir Pacificateur. A mes yeux, un roman estampillé young adult ne doit pas pour autant abandonner la complexité de son univers et la profondeur de ses personnages. Les jeunes lecteurices sont tout à fait capables d’appréhender la nuance et d’apprécier des protagonistes qui s’extirpent des rôles caricaturaux.

Pour ce qui est des plumes de Sophie Jomain et Maxime Gillio, j’ai trouvé que les styles étaient habilement mêlées et qu’ils se fondaient aisément pour offrir une narration simple et agréable, un rythme efficace qui maintient l’attention et suffisamment de rebondissements pour donner envie de poursuivre. Je ne connais pas les plumes de Sophie et Maxime en dehors de cet ouvrage, je n’ai donc pas vraiment de point de comparaison, en revanche je pense que c’est tout à fait adapté pour un lectorat assez jeune, mais les fans de SF plus complexe et de plumes matures resteront probablement sur leur faim avec Phenyx.

Pour finir, j’aimerais ajouter quelques mots sur l’objet livre lui-même, pour lequel un grand soin éditorial a été apporté. Le grand format avec rabats dispose d’un jaspage bleu nuit estampillé du symbole doré de la Phenyx. La couverture, réalisée par O’lee graphiste, est dotée de dorures du plus effet. Le dos du livre arbore le titre de l’ouvrage en lettres dorées également, de quoi ravir les amateur.ices de belles bibliothèques !

En fin de compte, ce roman a été une bonne expérience de lecture, j’ai passé un moment agréable et au final, c’est tout ce qui compte, non ? D’autant plus que la fin ouverte laisse présager une suite à ce premier tome, sans oublier le sous-titre du roman, Révélation, qui pourrait laisser croire à un second opus. En tout cas, j’y crois !

Ouvrage reçu dans le cadre d’un partenariat non rémunéré avec les éditions Scrinéo.

Note : 3.5 sur 5.

Fiche technique

  • Titre : Phenyx
  • Auteur.ice : Maxime Gillio et Sophie Jomain
  • ME : Scrinéo
  • Couverture : O’lee graphiste
  • Parution : 12 mars 2026
  • Pages : 433
  • Prix : 19.90€
  • ISBN : 9782367406893

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