Je me lance dans les chroniques ciné ! Bon, je ne suis pas sûre d’en faire très souvent, mais j’ai visionné un film qui m’a donné envie de commencer. Tous les ans, en avril, à Toulouse depuis 2019, se tient le festival Grindhouse paradise, consacré aux longs et courts-métrages fantastiques-horrifiques. Pour la séance d’ouverture de l’édition 2026, les organisateurs nous ont offert en avant-première en France Saccharine, de Natalie Erika James. Et je dois dire que j’ai beaucoup aimé !
Synopsis (sans spoil) : Hana, une étudiante en médecine obsédée par son corps, se met à consommer des pilules au contenu douteux pour perdre du poids, libérant une force surnaturelle qui commence à la dévorer de l’intérieur.

Chronique (avec quelques spoils)
Saccharine est un long-métrage réalisé par Natalie Erika James, son troisième après Relic (2020), un film d’horreur psychologique, et Apartment 7A (2024), un préquel à Rosemary’s baby. La réalisatrice s’intéresse avec Saccharine à un tout autre type d’horreur cette fois, en proposant un body-horror qui intègre croyances bouddhistes et questionnements sur les troubles du comportement alimentaire. La protagoniste, Hana, est une étudiante en médecine qui, comme beaucoup de jeunes femmes, est obsédée par son physique et le poids indiqué sur la balance. Lorsqu’elle croise une ancienne amie obèse qui a réussi à perdre énormément de poids grâce à des pilules miracles, Hana décide de tester ce remède pour perdre les quelques kilos qui lui gâchent la vie. Cependant, lorsqu’elle décide d’analyser la composition de cette fameuse poudre contenue dans les gélules, elle tombe des nues. Des cendres humaines. Le pire, c’est que ça fonctionne terriblement bien ! Alors pas question pour elle d’arrêter en si bon chemin. Mais plus le temps passe, plus d’étranges phénomènes se produisent. Hana a le désagréable sentiment d’être observée.
Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le parallèle entre Saccharine et quelques romans de body-horror que j’ai beaucoup apprécié. Car le thème du corps des femmes dans la société est un sujet qui se prête particulièrement à ce sous-genre horrifique. Je pense en premier lieu à Anita, de Marilou Addison, paru dans la collection Cobayes aux éditions de Mortagne. Je pense également à Sweet harmony, de Claire North, aux éditions du Bélial’ ou encore Re:Start, de Katia Lanero Zamora, paru dans la collection RéciFs chez Argyll. On peut également évoquer le fameux The Substance, de Coralie Fargeat, sorti dans les salles en 2024, très graphique dans son body-horror mais qui aborde le thème du vieillissement des femmes dans le monde du showbiz. En toute honnêteté, j’ai préféré Saccharine, car je me suis non seulement sentie plus proche de l’héroïne mais aussi parce que j’ai préféré le rythme. The Substance souffre de quelques longueurs inutiles, tandis que Saccharine est bien mieux cadencé. Evidemment, on reste dans du body-horror un peu crade, bien que Saccharine propose un peu plus de retenue concernant les effusions de sang et de scènes horrifiques. On est plutôt dans le malaise et l’horreur psychologique que dans la monstruosité graphique.
Au-delà de l’horreur corporelle, Saccharine est un film qui interroge notre rapport à la nourriture et qui montre deux extrêmes. D’un côté le contrôle hyper restrictif, de l’autre, l’excès à outrance. Dans une interview pour Teddy Award, Natalie Erika James expliquait s’être inspirée de ses propres parents pour figurer ceux de l’héroïne de son film, mais aussi de quelle manière leur comportement vis à vis de la nourriture a impacté son propre rapport au corps et à l’alimentation. Le long-métrage évite au maximum les écueils grossophobes dans lesquels il aurait été assez simple de tomber. Il ne s’agit pas ici d’une énième attaque contre les personnes grosses et la toile de fond dressée par la réalisatrice propose une véritable réflexion sur la perception du corps dans la société.
Midori Francis, actrice aperçue dans Grey’s Anatomy ou Ocean’s 8, incarne à merveille le personnage d’Hana, une jeune femme qui se bat contre de nombreux démons. La dysmorphophobie, la boulimie, les troubles mentaux. Ces thèmes sont abordés de manière très frontales dans les images : gros plan sur la nourriture ingurgitée par la protagoniste, pesées quotidiennes sur la balance, et puis ce fantôme, obèse, qui harasse la jeune femme depuis qu’elle prend ses gélules miracles. Ce mauvais esprit vient comme une métaphore du monstre intérieur, cette petite voix impérieuse qui force les personnes atteintes de troubles alimentaires à adopter des comportements auto-destructeurs. Le fantôme fait également figure de hungry ghost, les esprits insatiables qui viennent s’en prendre aux vivants dans les religion bouddhistes et taoïstes. Même dans la mort, la nourriture reste un sujet incontournable.
La réalisation de Saccharine est très maîtrisée, sensorielle et organique. Rien n’est laissé au hasard dans les images, chaque semble avoir été réfléchi et pensé dans chaque détail pour offrir une expérience cinématographiques complète. Cette approche est prolongée par une photographie aux dominantes froides, parfois métalliques, qui évoque subtilement l’univers clinique et médical dans lequel évolue Hana. Ce parti pris confère aux images une distance presque aseptisée, renforçant le malaise latent. Certaines scènes atteignent ainsi une profondeur visuelle remarquable, flirtant avec une esthétique quasi picturale. L’ajout d’un léger grain vient troubler cette apparente maîtrise, introduisant une rugosité bienvenue qui contraste avec la froideur des teintes. De cette ambivalence naît un langage visuel pleinement cohérent, où mise en scène rigoureuse et traitement esthétique affirmé se répondent avec justesse.
Au final, Saccharine est le genre de film qu’il faut voir non seulement pour son propos de fond, mais aussi pour son esthétique travaillée et recherchée. Le film arrivera dans les salles en France le 27 mai prochain ainsi que sur la plateforme de streaming Shadowz. J’ai déjà hâte de le voir à nouveau !
Fiche technique :
- Titre : Saccharine
- Réalisation/scénario : Natalie Erika James
- Production : Carver Films
- Photographie : Charlie Sarroff
- Musique : Hannah Peel
- Durée : 1h52
- Genre : horreur psychologique, body-horror
- Pays : Australie
- Avec Midori Francis, Danielle Macdonald, Madeleine Madden, Robert Taylor








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