J’étais impatiente de lire ce roman présenté par la maison d’édition comme un texte d’anticipation critique critique vis-à-vis des ultra-riches. Il faut dire qu’après avoir lu Heureux comme jamais, de Guillaume Chamanadjian, j’avais très envie de me plonger à nouveau dans un texte jubilatoire qui démonte les milliardaires prétentieux, d’autant plus si l’intrigue prend place dans un monde science-futuriste. Malheureusement, je n’ai pas du tout été sensible au récit de Jean Baret, et les raisons de ma déception sont nombreuses.
Pour commencer, quelque mots sur l’auteur. Jean Baret, avocat de profession, est un écrivain originaire de Marseille qui s’est fait remarquer avec sa trilogie Trademark, dont le premier opus, Bonheur[TM], est sorti en 2018 aux éditions Le Bélial’. Suivi de Vie[TM] et Mort[TM], la trilogie dénonce avec verve la société de consommation et le capitalisme. Il est également auteur de Le monde de Julia, paru aux éditons Mnémos sous le label Mu, écrit à quatre mains avec Ugo Bellagamba. Avec son roman Le dernier fils des Dieux, Jean Baret en revient à la critique de la société, cette fois-ci des ultrariches que le sort du monde n’atteint pas et qui se prennent pour les nouveaux Dieux sur Terre.
Le dernier fils des Dieux se veut être le journal intime d’un gosse de milliardaire pourri gâté qui raconte son enfermement après avoir été kidnappé par une espèce de sac de muscles mutique au visage dissimulé derrière un masque de catcheur mexicain. Dans le huis clos d’une salle sans fenêtres, nous découvrons ainsi la vie de ce jeune homme imbuvable à travers ses écrits. Jeune homme qui se sent nettement supérieur au reste du monde. Un père milliardaire et une vie de débauche où chaque chose désirée est obtenue. Ce fils à papa ne tient qu’à une seule chose dans la vie : lui-même. Ce jet-setter méprisant à l’extrême, cliché sur pattes d’un être dénué de toute empathie et sollicitude pour ses semblables qu’il considère comme de vulgaires marionnettes dont il use et abuse pour ses propres plaisirs.
L’argent, c’est le pouvoir: un peu pour des trucs, beaucoup pour briser des vies, énormément pour tordre la réalité. Le cours de morale m’a bien formé. Postmoderne, autofondé, je suis au-dessus de la morale, des lois, de Dieu – des trucs de ploucs.
Et c’est là que le bât blesse. A travers ce personnages méprisable, l’auteur veut faire passer un message anti-riches qui ne passe vraiment pas du tout. A la manière d’un Breat Easton Ellis et son Patrick Bateman, Jean Baret a voulu se doter d’un anti-héros à l’ambition sans scrupules qui n’arrive pas à la cheville du protagoniste d’American Psycho. Bien au contraire, on ne retiendra de son personnage qu’un fils à papa pourri gâté qui passe son temps à geindre sur sa pauvre condition. Il est vide, dépourvu de sens, ses motivations sont stériles, sa psychologie est trop pauvrement développée pour soulever une quelconque réflexion.
La situation dans laquelle se trouve le protagoniste est tout aussi invraisemblable. Séquestrer dans une pièce bétonnée sans fenêtres, sans eau ni nourriture, son seul salut viendra de son combat final pour la liberté avec le culturiste huilé qui lui sert de geôlier. Alors, je sais que dans la vie de tous les jours, Jean Baret est culturiste. Mais de là à intégrer ce personnage à l’histoire, j’ai eu vraiment du mal à comprendre l’intérêt. Les chapitres s’enchaînent et se ressemblent terriblement. Le gosse de riche chiale sur sa condition, regrette sa vie fastueuse, la drogue, l’alcool, la baise, le luxe, l’argent, il tente de se mesurer à Mr. Muscle, il se prend une branlée et retourne chialer sur son misérable lit. S’agit-il d’une métaphore de la vie qui te fout à terre, tandis que tu te relèves pour l’affronter à nouveau ? Peut-être bien, en tout cas, je n’ai pas aimé cet angle d’approche.
Le seul point positif, c’est qu’il est court, moins de 200 pages. Mais globalement, ce roman est décevant. Je n’y ai rien trouvé de ce qui était vendu par la maison d’édition. En résumé, on nous annonce un texte d’anticipation « visionnaire et politique », « à l’aube de l’effondrement des sociétés humaines mondialisées ». Je cherche encore. Il ne s’agit ni plus ni moins à mes yeux qu’un égotrip provocateur sans morale ni enseignement, dont la critique sociale est aussi inexistante que la remise en question du protagoniste. Le dénouement est tout aussi incompréhensible et décevant, le genre de fin qui m’a fait dire à voix haute « tout ça pour ça ? ». Bref, si vous souhaitez lire un récit jouissif qui propose une critique cinglante des ultra-riches et de la société capitaliste, lisez Heureux comme jamais, de Guillaume Chamanadjian. Mais honnêtement, laissez tomber Le dernier fils des dieux, sauf si votre curiosité l’emporte ! Mais je vous aurais prévenus…
Roman envoyé par les éditions Mnémos dans le cadre d’un service de presse non rémunéré.

Fiche technique
- Auteur : Jean Baret
- ME : Mnémos
- Parution : avril 2026
- Pages : 192
- Prix : 18 euros
- Format broché avec rabats et vernis sélectif
- ISBN : 978-2-38267-253-2
Résumé éditeur : À l’aube de l’effondrement des sociétés humaines mondialisées, un journaliste reçoit un étrange carnet, journal intime d’un jeune homme, héritier d’une fortune sans commune mesure et retenu contre son gré par un colosse silencieux dans une prison de béton.
Au fil des pages, il découvre la vie de débauche et l’arrogance de cette frange de la population qui agit comme les nouveaux dieux ; quelques-uns organisent par ennui, au sein d’un mystérieux club, des actions absurdes provoquant des désordres internationaux.
Mais quel lien peut avoir l’enlèvement d’un de ces ultra-riches avec le chaos généralisé en cours ?
Avec Le Dernier Fils des dieux, Jean Baret signe un nouveau roman d’anticipation saisissant, visionnaire et politique, qui nous interroge sur la place que nous laissons à une poignée d’individus jamais élus, mais bien décidés à gouverner nos vies.








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