Le choeur immortel portera toutes les voix (traduction de Mathieu Prioux) est le troisième opus de la série consacrée aux aventures de Danielle Cain, écrit par l’autrice, musicienne et militante féministe américaine Margaret Killjoy et publié en juin 2026 aux éditions Argyll. Cette novella fait partie de la collection RéciFs, qu’on ne présente plus, tant elle a su conquérir le cœur des lecteurices d’imaginaire depuis ses premières parutions.
Dans ce troisième ouvrage, on retrouve notre bande de punks préférés, après avoir affronté un cerf rouge sang aux pouvoirs surnaturels dans L’agneau égorgera le lion et des morts revenus à la vie dans Les morts posséderont la Terre. Danielle et ses amis, toujours en cavale après leurs mésaventures du tome précédent, profitent d’une pause au coin du feu pour se raconter les histoires de celleux qui ne sont plus là pour les conter. Clay, Rebecca, Ancre, et tous les autres qu’ils ont laissé derrière eux. Trois histoires ponctuent ce tome, qui se veut comme une respiration entre des événements plus intenses. Ainsi, l’autrice nous propose des histoires teintées de surnaturel narrées par Jeudi, Vautour et Danielle, sorte d’imbrication narrative dans un métarécit lui aussi soumis à des événements suraturels. Il se trouve que c’est le soir d’Halloween et que la bande est poursuivie par une sorte de vache démoniaque dont les beuglements lugubres parviennent jusqu’à eux tandis qu’ils racontent leurs histoires.
Quelque chose d’autre, d’inconnaissable, n’arrêtait pas de beugler dans le lointain. On aurait dit un cor de guerre. C’était sans doute une vache. Je n’avais pas grandi près d’une ferme, mais Brynn, Jeudi et Jugement, si, et les trois convenaient que ça ne ressemblait pas au cri d’une vache, et en même temps que c’en était probablement une.
Des trolls dans l’Oregon, de sombres fées dans le Missouri, un amour magique à Miami, les histoires contées par les trois amis prennent place dans des États-Unis gangrenés par la haine, l’homophobie, la transphobie. Raconter celleux qui ne sont plus, c’est faire vivre le souvenir de qui ielles étaient mais aussi de leur lutte, de leur droit d’exister et d’être qui ielles veulent. C’est par une approche profondément inclusive et anarqueer que Margaret Killjoy dépeint ses personnages et les situations auxquelles ielles font face. Leurs idéaux de justice sociale, de liberté, mais aussi la violence à laquelle ielles sont confronté.es démontrent que la menace sous-jacente peut exploser à tout moment. La part surnaturelle dans les écrits de Margaret Killjoy sert toujours le récit. Tout comme le cerf Uliski dans L’agneau égorgera le lion, Le choeur immortel portera toutes les voix offre l’image d’une créature à la fois banale et inquiétante, portée par un message sans équivoque. La vache me rappelle ce slogan anarchiste et antimilitariste « Mort aux vaches » remontant au XIXème siècle, alors que les gendarmes étaient comparés à ces animaux dociles, une façon aussi de les dévaloriser en utilisant un animal aussi banal que la vache pour les désigner. Dans le texte, il s’agit plutôt d’un énorme taureau noir aux proportions démesurées qui vient manger les restes alimentaires déposés en hommage aux esprits, et qui repart une fois le festin terminé. Une façon peut-être de démontrer que le pouvoir armé s’est repu des corps de celleux qui nous ont quitté.
« À nos amis qui ne peuvent plus chanter avec nous sur cette Terre, mais qui ont pris leur place dans le chœur immortel qui porte toutes les voix. »
Pour Margaret Killjoy, cet opus était l’occasion de poser/pauser ses personnages et leur offrir une petite bulle de tranquillité avant de repartir dans de folles aventures. Pour moi, la novella a peut-être manqué un peu du dynamisme auquel je m’étais habituée avec les deux précédents tomes. J’ai trouvé l’aspect magique un peu en retrait par rapport à ce que l’autrice nous avait d’ores et déjà proposé dans ses précédents écrits et je m’attendais à vivre de nouvelles aventures surnaturelles aux côtés de mes punks préférés. En revanche, la plume de l’autrice est toujours aussi agréable à lire, elle donne corps aux mots dans un style vivant et énergique. On sent qu’elle porte une grande tendresse à chacun de ses personnages en revenant sur leurs histoires, et notamment Clay, à qui Danielle était très attachée, dont on sait qu’il est décédé dès L’agneau égorgera le lion et qu’il lui manque énormément.
Je ne pense pas que ce tome signe la fin des aventures de Danielle Cain étant donné que le groupe va poursuivre sa route une fois le soleil levé. Je serai donc au rendez-vous pour le futur opus qui, je l’espère, saura contenter mon appétit plus que celui-ci.

Fiche technique :
- Autrice : Margaret Killjoy
- ME : Argyll
- Collection : RéciFs
- Parution : 05 juin 2026
- Pages : 144
- Prix : 11.90 euros format poche avec rabats
- EAN : 9782488126557
Résumé éditeur : Toujours en cavale, Danielle Cain et son équipe d’apprentis chasseurs de démons se planquent désormais dans les contrées sauvages de l’Idaho, près d’un bois d’où, toutes les nuits, retentissent de terribles rugissements.
Alors, pour se tenir éveillés, Danielle, Brynn et les autres se racontent tour à tour des histoires de trolls, de fées et de violences policières. Des histoires pour se souvenir de celles et ceux qui ont lutté et ne sont aujourd’hui plus là. Des histoires au coin du feu pour être ensemble et éloigner les ombres menaçantes.








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