Les éditions ActuSF ont lancé le 12 mars leur nouvelle collection de textes courts intitulée Nagori (on en a parlé dans le dernier numéro de La Toile Cosmique). Pour inaugurer la collection, deux textes : Fragments d’un dieu mourant, de Jonathan Brychcy et celui dont je vais vous parler aujourd’hui, Des perles pour les truies, de la jeune autrice Maeve Spiral. Il s’agit d’un court récit de 128 pages au cœur duquel trois personnages aussi débauchés qu’attachants vont tenter de se faire une place au soleil. Pervenche, Théodebert et Baudouin sont tous les trois issus de la basse ville, les quartiers pauvres desquels il est quasiment impossible de s’élever socialement. Alors leur quotidien est fait de débrouille et de menus larcins, de turpitudes et de filouterie. Un personnage tire son jeu du lot : Pervenche, jeune femme aussi impressionnante par la carrure que par la taille, une géante tout en muscles et en force brute. Mais derrière cette carapace de biceps et d’abdos se cache un cœur, un tout petit cœur fragile qui bat d’un rêve : celui d’une vie paisible, loin de la misère de la ville basse. La vie des trois compères va basculer lorsque Baudouin leur présente le coup parfait, celui d’une vie, inratable, celui qui va leur permettre de sortir de la pauvreté et d’accéder aux beaux quartiers de la ville. Mais si le plan semble parfait, il n’est pas exempt de failles, et les trois amis vont le découvrir à leurs dépends.
L’histoire nous est contée du point de vue de Pervenche. Fille d’un boucher et d’une lavandière, on peut dire qu’elle passe difficilement inaperçue, on l’imagine aisément frôler les 2m de haut, avec un physique impressionnant, tout en muscles. Autant dire qu’elle se fait respecter dans la ville basse. D’ailleurs, cette description laisse peu de doutes :
Avant même d’avoir eu ses premières règles, elle dépassait dune bonne tête tous les garçons et les filles de son âge. Mais ce fût à l’adolescence que cela prit des proportions démesurées. De fait, Pervenche mesurait presque une toise et quelques pouces de plus ou de moins, ce détail n’était pas bien clair. Arrivée à l’âge où toutes les filles s’étaient fait courtiser et trousser au moins une fois, elle surplombait de toute sa hauteur les rares prétendants qui auraient pu tenter leur chance. Pervenche n’était ni douce ni docile, ce qui aurait, peut-être, pu équilibrer ses proportions. Elle n’était pas non plus
Si elle dégage une aura de puissance indiscutable, elle est aussi très vulnérable, et c’est ce côté profondément humain qui fait que l’on s’attache immédiatement à elle. A ses côtés, Baudouin et Théodebert semblent insignifiants. Pourtant, à eux trois, ils forment un trio soudé, prêts à n’importe quelle bassesse pour survivre dans les bas fonds. Leur rêve ultime, vivre dans les beaux quartiers, là-haut, loin de la misère quotidienne qu’ils côtoient malgré eux tous les jours. C’est avant tout de cela que l’autrice souhaite nous parler : de classes sociales, de la difficulté, voire l’impossibilité de s’élever socialement lorsque l’on est issu des plus basses strates de la société. Mais lorsqu’on a passé sa vie à traîner dans la boue des quartiers pauvres, comment ne pas aspirer à autre chose ? Sauf que le rêve semble presque inatteignable depuis les quartiers populaires.
Quand elle levait la tête vers les hauteurs, les belles demeures et les hôtels particuliers avec leurs jardins luxuriants semblaient nimbés d’une aura mystique. C’était comme si les riches et les pauvres se trouvaient séparés physiquement par une barrière vaporeuse. Pervenche se disait qu’il s’agissait bien plus d’un gouffre que d’un fin voile de batiste.
Maeve Spiral nous offre dans son récit une plume réjouissante et voluptueuse au ton romanesque et quelque peu vieilli, presque médiéval. L’emploi de mots et expressions désuets voire surannés nous plonge immanquablement dans l’ambiance médiéval-fantastique du texte. Les dialogues sont vifs, ardents, il y a comme un pétillement dans les échanges entre les personnages. L’autrice n’est pas avare en échanges, mais ils ne sauraient pas non plus empiéter sur la narration qui reste l’atout majeur de ce récit. Alors même qu’aucun chapitre ne vient ponctuer le texte et qu’il se contente d’une succession de scènes, on ne se retrouve jamais perdu au beau milieu d’un paragraphe ni même enseveli sous une montagne d’informations indigestes. L’ensemble est clair, limpide, l’intrigue se délie avec simplicité au fil des pages et c’est extrêmement agréable à lire. Malgré sa brièveté, le texte n’en oublie pas de poser des enjeux importants qui se résolvent d’une manière assez brutale je dois l’avouer. J’ai trouvé la fin quelque peu précipitée, hâtive. Sans vous révéler de quoi il retourne exactement, l’autrice réalise un bond dans le futur pour résoudre les événements et cela m’a indéniablement laissée sur ma faim, comme si l’intrigue restait en suspens. Ce n’est pas le dénouement que j’avais envie de lire ! Et je rêve désormais d’un « spin-off » sur la nouvelle vie de Pervenche (les personnes qui ont lu l’ouvrage comprendront ce que je veux dire).
Pour conclure, je vous invite fermement à découvrir cet ouvrage de la nouvelle collection Nagori. Si vous aimez la fantasy, les ambiances médiéval-fantastique et les personnages atypiques et attachants, ne tardez plus et lisez Des perles pour les truies de Maeve Spiral !
Fiche technique
- Autrice : Maeve Spiral
- ME : ActuSF
- Parution : mars 2026
- Collection : Nagori
- Couverture : Melchior Ascaride
- Pages : 128
- Prix : 10.90€
- ISBN : 978-2-37686-721-0








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