« Chaque lecture est un acte de résistance  » Daniel Pennac

Le restaurant des robots rêveurs : Annalee Newitz rembarre les ‘haters’ avec des nouilles

Le restaurant des robots rêveurs, paru sous le titre original Automatic Noodle, est un court roman de science-fiction de l’auteurice Annalee Newitz, que l’on pourrait qualifier de « cosy » sf. Paru en France en août 2026 dans la collection Les nouveaux millénaires des éditions J’ai Lu, le titre était très attendu par les fans de science-fiction à la Becky Chambers ou Lavie Tidhar, des romans qui prennent le temps et qui mettent en scène non pas des actions spectaculaire mais des tranches de vie, que celles-ci soient humaines ou non. Et je dois dire que je faisais partie de ces lecteurices qui l’attendaient de pied ferme ! J’ai eu la chance de le recevoir dans le cadre d’un service de presse et je l’ai dévoré en une journée.

L’intrigue se déroule à San Francisco, en 2068. Après avoir été mis en veille par son propriétaire, Staybehind se réveille de sa longue léthargie et découvre que le restaurant dans lequel il était utilisé a fermé ses portes. Il réveille à son tour ses collègues robotisés, Hands, Cayenne, Sweetie, et tous les quatre découvrent que les anciens propriétaires du restaurant ont fuit après avoir été impliqués dans une fraude, laissant de nombreux impayés derrière eux. Une idée folle germe alors dans l’esprit de nos quatre protagonistes : redonner vie au restaurant en proposant une nourriture de qualité et authentique pour rembourser les dettes laissées par leurs anciens patrons. Évidemment, tout ne va pas se dérouler comme sur des roulettes. Si la réputation du restaurant Authentic Noodle fait rapidement la Une du quartier, une vague de mauvaise notes vient ternir son image et fait plonger nos quatre amis dans le désarroi le plus total. Qui sont ces internautes laissant des avis négatifs ? Ont-ils déjà mis les pieds dans leur restaurant ? La réponse à leurs interrogations n’est pas à chercher très loin : les robophobes s’acharnent contre eux pour faire couler leur affaire.

Cayenne était au bord de l’apoplexie. Le déluge d’avis 1 étoile les avait précipités au bas de l’échelle. Au total, il avait fallu onze jours à SuzyQ et à ses followers pour les faire passer de 4,7 à 1,9 grâce à leurs critiques incendiaires.

Au fil de la lecture, on découvre ce qui est arrivé aux États-Unis. Sans trop vous en dévoiler, la Californie est désormais une nation indépendante des États-Unis. Les IAI (intelligence anthropique incarnée) ont elles-aussi obtenu leur indépendance, sous quelques conditions tout de même : interdiction de voter, interdiction de se reproduire, interdiction d’avoir un compte en banque. Mais ces IAI sont soumises à un fort rejet de la part de certains humains, qui les perçoivent comme une menace dans tous les pans de leur vie. Ainsi, la robophobie est devenue monnaie courante.

C’était pire avant la guerre, lorsqu’elle était esclave de la banque et obligée de répondre à chaque remarque déplacée par un sourire. Mais les humains étaient ainsi faits. Ils tenaient à vous faire part de leur opinion au sujet de votre corps, même si vous ne leur aviez rien demandé. Au moins une chose avait changé depuis l’Indépendance : grâce à ses droits civiques, elle pouvait contrôler ses expressions faciales. Maintenant, enfin, elle pouvait froncer les sourcils quand quelqu’un lui demandait ce qu’elle cachait sous sa jupe.

Il faut savoir qu’Annalee Newitz, en plus d’être romancier.ère, est aussi journaliste et éditeurice. Iel cofonde en 2002, avec sa compagne Charlie Jane Anders (autrice de nombreux romans elle aussi), le magazine Other, dédié à la contre-culture weird et aux identités marginalisées. Il n’est pas étonnant donc de retrouver ces questionnements dans ce roman, au travers de ce groupe de robots hauts en couleurs qui se fait cyberharceler par des robophobes qui considèrent que les IAI ne méritent aucun droit. J’y vois non seulement un plaidoyer en faveur des personnes marginalisées de par leur identité de genre aussi bien que pour les personnes racisées. Ce roman est une véritable bouffée d’oxygène qui remet à leur place les racistes, les homophobes, les transphobes de tous horizons et ça fait terriblement plaisir de lire ça.

Au-delà de son apparence colorée et cosy, le restaurant des robots rêveurs n’en reste pas moins un texte de SF engagé et militant à sa façon, grâce à une plume astucieuse et perspicace. L’intrigue en elle-même est très prenante et on se prend vite d’affection pour ces quatre robots cuisiniers qui veulent juste réaliser leur rêve. En ce sens, la traduction du titre (par Emmanuel Chastellière) est très bien trouvée, même si je dois avouer que le Automatic Noodle me plaît bien aussi car il est un pied de nez aux haters qui tentent de descendre le restaurant sur internet.

Contrairement à certains robots IAI, Staybehind ne croyait pas au mythe d’une intelligence hiérarchisée : à ses yeux, l’intelligence de ces convertisseurs, de même que celle de la décriée classe machine, valait tout autant que celle des individus dotés d’une «intelligence anthropique incarnée» (IAI), auxquels on avait accordé des droits civiques après la guerre. Pour Staybehind, le constat était simple : si on pouvait parler et ressentir, alors on était une personne. Point final.

Au final, le restaurant des robots rêveurs est un récit qui cache bien son jeu. Sous ses airs de cosy sf colorée, il s’avère être un véritable panégyrique LGBTQIA+ prônant l’inclusivité et le vivre ensemble. C’est un aussi un moment hors du temps qui met en appétit et donne envie de déguster un bon bol de nouilles biáng biáng bien chaud. Un délice.

Livre reçu dans le cadre d’un service de presse non rémunéré.

Note : 4.5 sur 5.

Fiche technique

  • Titre VO : Automatic Noodles
  • Auteurice : Annalee Newitz
  • Traduction : Emmanuel Chastellière
  • ME : J’ai Lu
    • Collection Les Nouveaux Millénaires
  • Parution : 26 août 2026
  • Pages : 190
  • Prix : 20 euros
  • ISBN : 9782290438855

Résumé éditeur : Dans un San Francisco en reconstruction, un groupe de robots oubliés se réveille, après un long sommeil, avec un rêve : ouvrir un restaurant de nouilles. Leur objectif : redonner vie à leur quartier. Mais quand le compte de leur établissement se retrouve noyé sous une pluie d’avis négatifs, l’existence de leur entreprise est menacée. Pour rester ouverts et faire face à un monde pas tout à fait pensé pour eux, ils devront en appeler à leurs amis, à leur communauté.

2 réponses à « Le restaurant des robots rêveurs : Annalee Newitz rembarre les ‘haters’ avec des nouilles »

  1. Avatar de Le Nocher des livres

    Il me tente bien, celui-là… Merci de cultiver ma curiosité.

  2. Avatar de Light And Smell

    Je n’aurais pas forcément pensé à un roman de sf cosy et engagé en voyant la couverture. J’aime bien l’idée d’utiliser la haine des robots pour évoquer celle de groupes d’humains marginalisés dans notre réalité.

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