« Chaque lecture est un acte de résistance  » Daniel Pennac

Le Pèse-Dieu, de Ian Soliane : un récit contemplatif sur le deuil

J’ai découvert ce récit de Ian Soliane aux festival Les Imaginales en mai 2026, durant lequel j’ai assisté à une conférence intitulée « La mort : d’un monde à l’autre, prendre soin des Âmes », à laquelle participait l’auteur. Très intriguée par son texte, je me suis empressée de me le procurer sur son stand une fois la conférence terminée. Il faut dire que c’est le genre d’ouvrage dont les thèmes m’attirent particulièrement : science-fiction, IA, vie après la mort, espace liminal etc. Cependant, ma lecture ne s’est pas révélée à la hauteur de mes attentes, et je vais vous expliquer pourquoi cela.

Ian Soliane lors des Imaginales 2026. Conférence « La mort : d’un monde à l’autre, prendre soin des Âmes », en compagnie de Nathalie Cirac et Justine Breton (de gauche à droite)

Le Pèse-Dieu est une nouvelle d’environ 160 pages qui a été publiée aux éditions Robert Laffont, dans la collection Ailleurs&Demain, en avril 2026. Son auteur, Ian Soliane, est écrivain et dramaturge. Depuis le début des années 2000, il compte à son actif plusieurs pièces de théâtres qui ont été jouées sur scène et des romans qui abordent des thématiques personnelles. Il se consacre depuis quelques années à la science-fiction, et notamment le rapport entre l’humain et la machine. On peut ainsi citer Basqu.I.A.t (2020, éd. Jou), Après tout (2024) et le plus récent, Le Pèse-Dieu.

Dans cette fable d’anticipation, on découvre que la conscience des personnes décédées est transférée dans Les Limbes, un espace numérique géré par une intelligence artificielle omnisciente appelée Xe. Un homme décide de son plein gré de se donner la mort pour intégrer Les Limbes, à la recherche de la conscience de sa fille disparue, sans même être sûr de pouvoir la retrouver. Dans cet étrange territoire liminal, il va errer aux côtés d’une IA appelée Bak, dans l’espoir de peut-être ramener sa fille parmi les vivants.

Mourir est une expérience incroyable. J’ai moi-même actionné le switch et libéré l’azote dans la capsule. Après trois respirations, j’ai perdu conscience, et mon cœur a cessé de battre. Pendant trente à quarante secondes, le temps du transfert, une délicieuse sensation de chute libre. Je pense : Je dois être en train de mourir, et de temps en temps, on m’appelle par mon nom. Quelqu’un dit mon nom. Enfin, quelqu’un dit quelque chose. Quand j’ouvre les yeux, ma tête est sur le sol et je suis étendu sur un tapis d’herbe, au milieu d’un jardin très semblable à celui de la mythologie chrétienne.

Ce qui me plaît dans ce genre de récit, c’est l’exploration d’espaces inconnus, placés au seuil de la perception humaine. Avec ces Limbes numériques, Ian Soliane invente un territoire bien loin des mondes qu’on imagine après la mort. C’est très monotone, sans relief, l’existence y semble suspendue dans un espace-temps indéfini. Cette représentation de l’après vie permet selon moi de proposer une piste de réflexion intéressante sur la mort, la conscience et les rapports entre humains et IA. Malheureusement, cette monotonie se ressent également dans la narration, qui devient vite redondante et sans grand intérêt. Le rythme est très contemplatif, mais il n’y a rien à contempler, mis à part des nuances de gris. Je ne m’attendais pas à une approche aussi lente et introspective, où l’on se retrouve dans l’esprit du protagoniste à la recherche de sa fille.

Jade est introuvable. Cette phrase s’est incrustée dans mon esprit. J’avance sur une large route de terre brune, mais la phrase est toujours là. C;’est l’instant où Bak me dit qu’il a peut-être une piste : il a capté d’étranges formes d’ondes cérébrales, à un niveau très faible, dans une delta-zone excentrée, et peut-être dois-je orienter mes recherches dans les environs. Une longue marche à travers une étendue de terrains plats, tandis que Bak me raconte quelques anecdotes concernant l’histoire des Limbes, qui est aussi la sienne.

J’ai été déçu de trouver aussi peu d’éléments science-fictifs dans le récit. Au final on parcourt un espace vide, dans lequel on croise de temps en temps d’autres consciences. C’est un parti pris de l’auteur, et malheureusement, cela n’a pas fonctionné pour moi. La nouvelle est au final un long huis clos dont on peine à voir le bout. Le personnage passe son temps à parcourir ce vaste territoire vide et à ressasser ses souvenirs. J’ai trouvé que cela tournait vite en rond et je me suis ennuyée assez rapidement. La thématique du suicide y apparaît en toile de fond, alors qu’elle est censée guider l’entièreté de l’intrigue, puisqu’il s’agit d’un père qui cherche des réponses au suicide de sa fille. C’est dommage de l’avoir mis de côté. Au final on suit un personnage qui tente de faire son deuil dans un monde froid et inhospitalier.

Ce que je sais, c’est qu’un matin, ma fille a pris la décision de s’écraser sur la chaussée en sautant du septième étage, c’est peut-être injuste de lui demander ça, mais j’ai besoin de savoir pourquoi, je n’ai pas le choix, et il y a eu ce jour, où ma femme m’a dit : en mourant, tu es peut-être fou, mais en ne mourant pas, tu le deviendras à tous les coups. C’est beau, cette phrase. C’est une phrase un peu débile, en fait.

Je comprends que certaines personnes aient beaucoup apprécié cette nouvelle. Elle a un potentiel très intéressant du point de vue SF, avec cette histoire de conscience transférée après la mort. J’aurais aimé que cet aspect soit un peu plus développé, il reste beaucoup trop en surface à mon goût. En revanche les thèmes du deuil, du suicide, sont abordés avec beaucoup de délicatesse, de retenue et de finesse. On sent dans les mots de Ian Soliane que c’est un sujet qui lui tient à cœur, qu’il aborde avec sa propre vision et sa propre sensibilité. Ce n’est pas un point de vue que je partage, mais je pense qu’il vaut tout de même le coup de s’y pencher. Car au final, la mort est la condition de la vie.

Note : 2.5 sur 5.

D’autres avis dans la blogosphère : L’épaule d’Orion, Quoi de neuf sur ma pile

Fiche technique

  • Titre : Le Pèse-Dieu
  • Auteur : Ian Soliane
  • ME : Robert Laffont
  • Parution : 16 avril 2026
  • Pages : 160
  • Prix : 15 euros
  • ISBN : 9782221282298

Résumé éditeur : Un voyage géographique, littéraire et émotionnel dans les Limbes, un au-delà virtuel où les morts se réveillent. Une fille s’est suicidée. Un père décide de descendre aux Limbes pour la sauver. Mais où demeure-t-elle ? Est-elle aussi seule qu’il le pense ? Et pourront-ils retrouver ensemble le chemin des vivants, du réel ? Faites qu’il y ait des réponses, espère le père.

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