« Chaque lecture est un acte de résistance  » Daniel Pennac

Lame de la forêt, de Charlène Lefèvre : une fable de science-fiction écologique

Lame de la forêt est le premier roman de l’autrice Charlène Lefèvre, paru en avril 2025 en auto-édition, puis aux éditions de la Goutte Créative en juillet de la même année. Ce récit mêle à la fois science-fiction, réflexion sur la nature et l’écologie, impact de l’être humain sur son environnement et symbiose du vivant. L’autrice, docteure en astrophysique et ingénieure, explore dans son texte un futur lointain dans lequel une espèce végétale extra-terrestre, débarquée sur Terre il y a 1500 ans dans le but de protéger l’environnement, doit faire face à une espèce dangereuse et envahissante qui menace de détruire l’Almona, sorte de mère nature aux contours indéfinissables.

Vert. Vert mousse, vert tendre, vert-de-gris, vert profond. Il y a si longtemps que je souhaitais percevoir cette couleur. Devant moi, une nouvelle planète, dans son écrin ourlé de vert. Je la ressens, plus que je ne la vois, mais cette apparition provoque une pulsion incontrôlable en moi. C’est devant cette perspective grandiose d’un autre monde, dans lequel nous pourrons vivre en symbiose, que j’envoie un message vibrant à mes compagnes d’exode.

On suit dans cette histoire le personnage de Lysia, une bretteuse, sorte de créature mi-végétale mi-humanoïde venue des étoiles, qui part en quête d’une nouvelle lame végétale à laquelle se lier pour mieux défendre l’Almona. Présente sur Terre depuis 1500 ans, elle s’apprête donc à vivre un événement extrêmement important et douloureux, celui du choix de sa nouvelle point d’aloé. Sur cette Terre cependant, un danger rôde : les anaturas, qui détruisent tout sur leur passage. Ils ne sont ni plus ni moins que les derniers représentants des êtres humains, cette espèce invasive et belliqueuse qui cause tant de soucis à l’Almona.

Nous devons nous adapter à ce que nous savons, même quand nous ne le comprenons pas.

Lame de la forêt est un récit de science-fiction engagé qui explore les forces de la nature, le lien qui relie les espèces végétales entre elles et le chaos destructeur de l’humain. A travers ses personnages, Charlène Lefèvre fait un passer un message fort : la nature ne nous appartient pas. Le concept de l’Almona et de cette harmonie végétale apportent une profondeur philosophique au récit qui devient de cette manière une véritable ode en faveur de l’environnement et de sa sauvegarde. Les mots de l’autrice s’accordent parfaitement à l’intrigue qu’elle déploie dans son texte, le plume est très lyrique, posée, hyperbolique. L’univers construit est dense, malgré le peu de nombre de pages de l’ouvrage. On plonge immédiatement au cœur de l’intrigue sans y être vraiment préparé, mais cela permet à l’autrice de poser les enjeux d’emblée sans imposer de longueurs à son récit.

— Le peuple de l’almona a appris à parler votre langue, dans le but de communiquer avec vous. Ils méritent que vous dépassiez vos peurs. Vous devez lutter contre elles. Les humains doivent apprendre à cohabiter avec d’autres espèces. Le peuple de l’almona ne vous veut aucun mal. Tant que vous ne toucherez pas à la nature, vous ne risquez rien. Soit vous essayez de les écouter, soit vous mourrez sans savoir comment vous auriez pu survivre à l’aide de l’almona.

Malgré cette plongée immédiate dans l’univers dépeint dans le récit, toute l’intrigue est au final assez lente. En écrivant du point de vue d’un peuple végétal, l’autrice a allongé le temps, qui passe différemment pour une bretteuse que pour un être humain. On imagine aisément le peuple des Ents dans Le seigneur des anneaux, qui prennent leur temps, qui ne sont jamais pressés par les événements. Lysia et ses semblables m’ont fait penser à ces créatures végétales humanoïdes inventées par Tolkien, ou en tout cas, c’est de cette façon que je me les suis imaginés. Cette lenteur peut parfois frustrer cependant, car l’intrigue avance doucement. Les défis et enjeux sont un peu nébuleux, car une fois que Lysia a trouvé sa nouvelle lame, on ne comprend plus où nous mène l’intrigue. L’autrice se concentre un peu plus sur les relations entre les personnages, et notamment l’adaptation de Lysia à sa nouvelle lame, des moments que j’ai trouvés très intimistes et même assez touchants. Toute leur relation est basée sur la compréhension, la patience, le consentement, la communication. Lysia prend son temps pour essayer de comprendre sa nouvelle compagne de vie, et cela ne se fait pas sans difficultés. En revanche, concernant les autres personnages, j’ai eu un peu plus de mal à m’y attacher. J’ai trouvé leur intérêt bien moindre comparé à Lysia et sa pointe d’aloé.

Au final, Lame de la forêt est un texte profondément engagé en faveur de la nature et de l’environnement. En choisissant d’écrire une intrigue du point de vue d’un peuple végétal opposé à un peuple humain, Charlène Lefèvre se place du côté du monde végétal pour lui donner une voix. Plus qu’un roman écologique, c’est un conte environnemental qui sert à nous mettre en garde contre la folie destructrice de l’être humain, qui ne fait que se détruire lui-même en ravageant les écosystèmes. On aimerait cependant en lire plus, car la fin arrive bien trop vite, avec le sentiment que cet univers aurait pu être exploré plus encore.

Pour résumer, si vous aimez les textes de science-fiction assez courts et les récits en faveur de l’écologie, Lame de la forêt saura probablement conquérir votre cœur de lecteurice, comme il a conquis le mien. Et au vu de l’actualité mondiale au sujet de l’environnement, il est plus que nécessaire de lire ce genre de texte.

Note : 4 sur 5.

Fiche technique

  • Autrice : Charlène Lefèvre
  • ME : La Goutte Créative
    • Collection Imaginaire conscient
  • Parution : avril 2025
  • Pages : 204
  • Prix : 12.90 euros
  • ISBN : 978-2-9578296-6-8

Résumé éditeur : Seriez-vous prêts à partager la Terre avec une espèce destinée à la protéger ? Pour Lysia, la végétation est sacrée. Quinze siècles après son arrivée, la bretteuse doit affronter le plus grand des sacrifices : perdre sa lame végétale. Pour la remplacer, elle choisira une nouvelle pointe d’aloé véra, une expérience douloureuse et bouleversante qui la liera plus intimement à la nature, mais qui lui révélera aussi des dangers insoupçonnés. Pour comprendre les menaces qui pèsent sur la planète, Lysia devra aller à la rencontre de ce qu’il reste de l’humanité, dans un monde où l’équilibre n’a jamais été aussi fragile. Cadeau du livre au lecteur : Un récit de science-fiction court et captivant, alliant aventure et réflexion écologique. Un texte puissant qui nous invite à écouter la nature avant qu’il ne soit trop tard.

Une réponse à « Lame de la forêt, de Charlène Lefèvre : une fable de science-fiction écologique »

  1. Avatar de tampopo24

    Comme toi, je trouve très intéressant le choix du peuple qui a la parole et ayant déjà aimé des titres où la nature était un personnage central et senscient, j’ai très envie de découvrir ce texte aussi. Merci !

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